Besson se trouve une nouvelle nana

CinémaLe sexagénaire lance «Anna», fidèle au prototype de l’héroïne guerrière sur lequel le cinéaste producteur a bâti un empire aujourd’hui en péril. Pas sûr que la dure à cuire lui sauve la mise.

Signaler une erreur

Vous voulez communiquer un renseignement ou vous avez repéré une erreur ?

Pauvre Anna, qui aura bien besoin de sa science de la castagne pour venger son boss Luc Besson. À peine sur les écrans, le film homonyme se prend une brutale raclée critique. La charge, note le «Los Angeles Times», s’alourdit «des problèmes judiciaires hors-champ de Besson, étant donné qu’Anna est une femme qui se défend après une vie passée à être abusée par des hommes».

Même sans allusion aux accusations de harcèlement sexuel dont a été victime le réalisateur, désormais innocenté, la presse outre-Atlantique, à l’image du «Guardian», fustige «la fadeur écrasante, le manque de créativité, l’incapacité à chorégraphier une scène d’action».

Mais Anna, espionne russe détournée par les services secrets américains, agent double au charme flingueur, tueuse de sang-froid, aligne ses arguments. Avec un scénario qui rebondit en longueur façon matriochkas emboîtées, des acteurs qui cachetonnent avec autodérision, de Helen Mirren à Cillian Murphy, cette série B d’espionnage honore son contrat et finira sans déparer sur une plateforme de téléchargement. Sans toucher à un défi aussi costaud que «Valérian» ni déclencher la bombe narrative de «Lucy», ce divertissement de consommation courante peut même tenir d’honnête carte de visite au patron de studios.

À 60 ans frappés, Luc Besson reste une énigme dans l’industrie du divertissement. Le manitou d'EuropaCorp aligne des produits commerciaux du type «Taken», «Transporteur», «Arthur et les Minimoys», etc., boulottés en masse, à côté de propositions pointues d’auteurs, Bertrand Bonello, Tommy Lee Jones et autres Benoît Jacquot. Lui-même, en tant que réalisateur, oscille entre ces extrêmes avec des inspirations inégales, mais toujours en pompant l’air du temps. En 2014, le long-métrage de science-fiction «Lucy» a conquis 56 millions de spectateurs, film français le plus vu autour du globe. Mais en 2017, l’adaptation de la BD «Valérian», griffée par Pierre Christin et Jean-Claude Mézières, au budget pharamineux de 200 millions de dollars, a plombé la société. Soumise à une procédure de sauvegarde jusqu’au 13 novembre pour assainir un déficit aggravé (88,9 millions d’euros en 2018-2019), EuropaCorp se débat dans la tourmente financière.

L’homme du Girl Power

Les mêmes doutes semblent travailler l’artiste Besson. Désormais, les ambitions du cinéaste auteuriste, qui au début des années 80 prenaient à la gorge avec «Le dernier combat» en Cinémascope noir et blanc, puis splashaient une génération dans «Le grand bleu», semblent révolues pour toujours. L’autodidacte développe son empire en le diversifiant à l’international après «Le cinquième élément», crée à Paris la Cité du cinéma.

Le manitou ne reste fidèle qu’à ses chères guerrières musclées. Atypiques dans les années «Nikita», ces drôles de dames sont désormais légion dans le 7e art d’action. Cela n’empêche pas Anna et ses consœurs d’agiter d’interminables gambettes comme les branches de compas sur la carte géopolitique du monde. La comparaison avec les demoiselles de François Truffaut s’arrête là. Surdouées au niveau cérébral et physique, ces ambassadrices du Girl Power tendance «Badass», de Jeanne d’Arc à Adèle Blanc-Sec ou Aung San Suu Kyi, pansent souvent des blessures intimes suintant la solitude et l’aliénation. Fusionnant fiction et réalité, leur Pygmalion les épouse parfois, puis leur offre des films en cadeau de rupture. «Les filles sont restées longtemps un mystère pour moi, confiait Luc Besson, enfant unique et solitaire. J’ai comblé le déficit en leur inventant de beaux rôles.»

Action (Fr., 118’, 16/16). Cote: V

Créé: 10.07.2019, 10h43

La rédaction sur Twitter

Restez informé et soyez à jour. Suivez-nous sur le site de microblogage

La bande à Besson

«Nikita», 1990


Après la rebelle Helena de «Subway», alias Isabelle Adjani, Anne Parillaud, muse du cinéaste,flingue les clichés machos. César de la meilleure actrice. DR

«Léon», 1994


L’orpheline Mathilda et son pot de fleurs éclipsent presque «le nettoyeur» incarné par Jean Reno. Le thriller à gages propulse une actrice rare, Natalie Portman, 13 ans. DR

«Le cinquième élément», 1997


Milla Jovovich se recycle, passant de top model à égérie de Besson. Séparée, elle garde la voie fantastique, de «Resident Evil» à «Hellboy». DR

«Jeanne d’Arc», 1999


Comme Orson Welles, qui offrit à Rita Hayworth «La dame de Shanghai» en guise de cadeau d’adieux, «Jeanne d’Arc» sublime la beauté de Milla Jovovich. DR

«Adèle Blanc-Sec», 2010


Adaptant le classique BD de Tardi avec fidélité, servi par
Louise Bourgoin, Besson songerait à une récidive en série sur la détective féministe de la Belle Époque. À suivre. DR

«Lucy», 2014


Besson greffe sa guerrière Scarlett Johansson sur une S.-F. maligne. Une drogue dope le corps de Lucy, qui se venge des mafieux coréens qui l’exploitaient. Plus gros succès français à l’étranger, devant… «Taken 2» et «Le cinquième élément». DR

Publier un nouveau commentaire

Nous vous invitons ici à donner votre point de vue, vos informations, vos arguments. Nous vous prions d’utiliser votre nom complet, la discussion est plus authentique ainsi. Vous pouvez vous connecter via Facebook ou créer un compte utilisateur, selon votre choix. Les fausses identités seront bannies. Nous refusons les messages haineux, diffamatoires, racistes ou xénophobes, les menaces, incitations à la violence ou autres injures. Merci de garder un ton respectueux et de penser que de nombreuses personnes vous lisent.
La rédaction

Caractères restants:

J'ai lu et j'accepte la Charte des commentaires.

No connection to facebook possible. Please try again. There was a problem while transmitting your comment. Please try again.

Caricatures

Elections: le PLR impute sa défaite à Maudet
Plus...