Agnès Jaoui: «Mes courbes m'ont attiré de la sympathie»

CinémaAprès son rôle de membre du jury à Cannes, elle rayonne en quinqua «transparente» pour la société dans «Aurore».

«Aurore» se prend sa ménopause, le jeunisme, la grossesse de son aînée et le départ de sa cadette dans la face avec une dignité exemplaire.

«Aurore» se prend sa ménopause, le jeunisme, la grossesse de son aînée et le départ de sa cadette dans la face avec une dignité exemplaire. Image: DR

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On l’avait quittée sur le tapis rouge cannois, on la retrouve chez elle, dans cet appartement parisien très coloré, où les objets chinés forment un joyeux bric-à-brac qui rappelle qu’Agnès Jaoui (52 ans) aime toucher à tout. Le pied de la table lâche, elle en rigole. Touref (diminutif de tour Eiffel), le chat de la maison, prend ses aises sur la nappe. A côté du beau tigré, le scénario du film – coécrit avec le complice de toujours Jean-Pierre Bacri – que l’actrice-réalisatrice-chanteuse s’apprête à tourner en août. Mais avant ça, elle parle avec attachement d’Aurore, une comédie jubilatoire à la gloire des femmes mûres de Blandine Lenoir (Zouzou), qui sort aujourd’hui.

Chouette, on va pouvoir parler de son âge avec une femme!

Oui! C’est tellement débile de dire: «Ça ne se fait pas de demander son âge à une femme»! Sinon on ne le demande pas aux hommes non plus. C’est comme quand les féministes – que j’adore, par ailleurs – s’offusquent de l’usage du «Mademoiselle». C’est tellement plus joli que «Madame», qui fait tout de suite prout-prout. C’est injuste, «Monsieur», c’est toujours beau.

Il y a une dizaine d’années, dans «Libération», vous disiez: «Vieillir me fait chier!» C’est toujours le cas?

Certainement. Enfin, j’hésite… Ce film m’a forcée à beaucoup réfléchir sur le sujet. Disons que l’expérience ne me plaît pas spécialement, il y a des choses mieux. Mais, d’un autre côté, je ne supporte pas les vieux qui se plaignent d’être vieux. Je trouve ça pénible. C’est comme ça, autant l’accepter. Je me dis aussi ça de moi à moi: «T’es comme tout le monde, tu vieillis.» Et c’est finalement assez rigolo parce que même les plus riches, les plus beaux, les plus intelligents finissent tous par vieillir. C’est une expérience à traverser dont la seule alternative est la mort!

La bande-annonce du film

Le passage de la femme désirée à la femme transparente est terrible.

Affreux, parce que même si on n’a pas forcément envie d’être excitante au-delà d’un certain point, parce que c’est plus avilissant que valorisant, certains regards sont agréables parce qu’on se sent exister. Mais je crois qu’à n’importe quel âge on a juste envie d’être considérée.

On parle beaucoup du jeunisme au cinéma, mais il est partout.

Oh oui. Au cinéma, il est juste plus exposé. On a presque plus de chance que les autres, parce que être connu ajoute parfois un peu de sex-appeal. L’un est le miroir de l’autre. C’est surtout insupportable pour les femmes qui misent tout là-dessus.

Vos courbes sont présentées comme appétissantes plutôt que repoussantes.

Oui, c’est le deuxième enseignement de ce film et de… ma vie. Comme toutes les femmes j’ai toujours cherché à faire du 36 sans y parvenir et, au final, mes kilos, je ne les ai pas acceptés, je les ai oubliés. Et dès ce moment, j’ai attiré la sympathie de beaucoup de femmes, sans parler du désir des hommes qui est resté.

Le public projette son attachement pour «Aurore» sur vous, qui aviez pourtant une image d’intouchable…

Cela me fait très plaisir. Il y a un amour particulier pour cette femme, pas pour moi. Ce qu’elle traverse arrive à nous toutes et n’est jamais raconté, ce qui est fou. Je reviens du Festival de Cannes et croyez-moi que ce n’est pas avec ces femmes qui ont des corps de 12 ans que l’on va parler ménopause! Bref, revenons à Aurore. Elle est incroyable, parce que malgré tout ce qu’elle subit, elle ne se plaint pas. Je suis allée dans les cinémas qui projetaient le film en avant-première et, comme toujours, nous en parlons avec les spectateurs après. Et là j’ai senti qu’il se passait quelque chose. Les femmes se levaient et disaient: «Bonsoir, j’ai 62 ans et…», «Bonsoir, j’ai 57 ans et…» ou «Bonsoir, j’ai 23 ans, mais ma mère…» Personne ne leur avait dit de dire leur âge. C’était comme une réunion des invisibles anonymes!

Un brin de solidarité féminine.

C’est ça, parce qu’on est souvent encore plus chiennes entre nous. Et avec nous-mêmes. Nous sommes des victimes consentantes de ces diktats. Blandine, elle, qui est toute mince, est franchement admirative de mes kilos en trop. Non, on ne va pas dire en trop… de mes formes!

Vos tenues décolletées ont fait jaser à Cannes…

Ah oui, elles m’ont d’ailleurs valu une remarque sèche d’Agnès Varda croisée dans un ascenseur. Cannes, c’était une expérience très rigolote du point de vue de la féminité. Je suis passée par plein d’états. Je voulais jouer à la princesse, me coller une fausse moustache, j’ai même eu très envie de me pointer toute nue…


Comédie (France, 129 min, 10/14) ***

Créé: 21.06.2017, 09h54

Sur le tapis rouge cannois, Agnès Jaoui s’est amusée à jouer avec son apparence. (Image: EPA)

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