À Cannes, le sexe et la sexualité dominent

CannesDe manière romancée ou hard, du superbe «Plaire, aimer et courir vite» d’Honoré, au dérangeant «Sauvage», plusieurs films abordent ce thème.

En compétition officielle, une histoire d’amour entre deux hommes dans la France des années 90 fournit la trame du superbe nouveau film de Christophe Honoré, «Plaire, aimer et courir vite».

En compétition officielle, une histoire d’amour entre deux hommes dans la France des années 90 fournit la trame du superbe nouveau film de Christophe Honoré, «Plaire, aimer et courir vite». Image: Keystone

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À Cannes, les films parlent volontiers de politique, de l’état du monde et de thématiques sociales dans l’air du temps. Un peu moins cette année où, dans l’ensemble des sections, le thème de la sexualité, voire du sexe, occupe la part centrale de plusieurs métrages. Différents exemples en fournissent la preuve ces derniers jours. En compétition officielle, une histoire d’amour entre deux hommes dans la France des années 90 fournit la trame du superbe nouveau film de Christophe Honoré, «Plaire, aimer et courir vite». Il faut dire que la grâce simple et aérienne qui s’en dégage plonge à la fois dans les ressorts de la tragédie grecque tout en renouant avec une forme de dramaturgie de l’immédiateté saisissante. Vincent Lacoste et Pierre Deladonchamps y sont formidables, et Honoré évite miraculeusement tous les thèmes qu’on craignait de trouver dans un film qui ne dévie jamais vers le sociétal plombé. Un miracle applaudi à tout rompre qui sortira en Suisse dans quelques jours.

Sodomie dérangeante

De son côté, «Sauvage», premier long-métrage de Camille Vidal-Naquet, projeté à la Semaine de la critique, a créé un très gros buzz. Cette plongée dans l’enfer de la prostitution masculine est une œuvre sans concession dans laquelle son auteur ne cherche jamais à expliquer, contextualiser, ni justifier ce qu’il montre. Son personnage principal vend son corps et quête un amour impossible dans une sorte de chemin de croix horrifique qui lui fait subir les pires outrages qui puissent exister dans ce milieu-là. C’est âpre et naturaliste, mais aussi par instants glauque et dérangeant. L’une des séquences du film, un plan sexe à trois se terminant par une sodomie avec un objet confinant à la séance de torture, a même provoqué des haut-le-cœur et fait fuir quelques spectateurs outrés. En attendant, voici un film brut de décoffrage, tripal et animal, dont on devrait bientôt reparler, même si aucun distributeur suisse ne s’y est encore intéressé et que l’objet s’adresse à un public résolument averti.

Pendant ce temps-là, dans la section «Un certain regard», les ados d’«À genoux les gars» d’Antoine Desrosières – deux filles et deux garçons – détaillent leurs désirs amoureux et ne parlent que de fellations, de sextapes et de chantage, dans un langage très cru et pas toujours audible. Les comédiennes du film ont d’ailleurs écrit leurs propres dialogues sur un canevas d’improvisation. Tout cela est cependant foutraque et lassant, voire galvaudé. Dans le même registre, la présence à Cannes de «Rafiki», de la cinéaste Wanuri Kahiu, romance lesbienne très colorée et premier degré, ne doit probablement sa présence qu’à son origine – le Kenya – et à l’interdiction dont le film fait l’objet dans son pays.

(TDG)

Créé: 11.05.2018, 22h02

Du vent dans les palmes

De Bazin à Debussy, notre langage crypté

Dialogue de sourds et d’initiés. «Le Godard, tu vas à l’officielle de vendredi?» «Non, ça va être le cirque, faut se pointer deux heures avant sans être sûrs d’entrer. De toute façon, y a une Bazin juste après.» «Moi je rentre pas à Bazin avec ma bleue. Sans compter que je dois faire la queue après pour le chinois à Debussy.» Vous ne comprenez rien? C’est normal. C’est à peu près en ces termes que les journalistes dépêchés à Cannes évoquent les projos du Godard, «Le livre d’image». Il y en a plusieurs et certains risquent de tweeter tout de suite, quitte à griller l’embargo. Pendant ce temps, Fabrice Aragno, assistant de JLG et coproducteur du film, me prévient qu’il a laissé un livret du film au stand suisse à mon intention. Le gymkhana cannois continue.
P.G.

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