Louise Chevillotte, une actrice est née

Cinéma Repérée alors qu’elle est encore au Conservatoire, la jeune comédienne irradie dans «L’amant d’un jour» de Philippe Garrel.

Louise Chevillotte illumine le dernier film de Philippe Garrel.

Louise Chevillotte illumine le dernier film de Philippe Garrel. Image: Laurent Guiraud

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Elle est apparue sur un écran au mois de mai, durant le Festival de Cannes. Louise Chevillotte, premier rôle, premier film. Et non des moindres. L’amant d’un jour, de Philippe Garrel. L’un des grands moments de la Quinzaine des réalisateurs. Une grâce poétique, des comédiens incandescents, fixés dans un noir et blanc superbe, pour une histoire d’amour et d’amitié qui se dérobe à toute définition.

«Philippe Garrel ne cherche pas la perfection, mais une forme de vérité qui s’apparente à de l’abandon.»

Le film est désormais à l’affiche au Grutli, et pour en parler, la comédienne précitée a fait le voyage jusqu’à Genève. «Mon rapport à l’image est tout neuf. Philippe Garrel est venu à moi en me repérant au Conservatoire de Paris. Je sais que cela le rassure de faire appel à des élèves étudiant l’art dramatique. La première fois qu’on s’est vus, il y avait aussi Esther Garrel qui était présente. Nous avons répété ensemble durant des mois. Mais je ne savais pas si je serais prise. Car d’autres actrices étaient en lice.» On le sait, la méthode Philippe Garrel est particulière. Radicale. Sans concession. Une seule prise par plan, un tournage dans la stricte chronologie et surtout en 35 mm malgré l’avènement du numérique. Louise Chevillotte confirme tout cela. «Il ne fait qu’une seule prise, c’est vrai, mais on répète en revanche durant neuf mois. Au moment du tournage, je n’ai pas senti la mise en scène. Mais on regardait les rushes, Esther et moi. Cela nous permettait de construire ensuite le film dans nos têtes. Les prises uniques, chez Garrel, correspondent à de la vie augmentée. Il ne cherche pas la perfection, mais une forme de vérité qui s’apparente à de l’abandon. Chez lui, la vérité des corps et des visages prime. Il nous dit juste de ne pas monter sur scène, de ne pas jouer en fonction de la caméra, en somme. Et de laisser la vie couler à travers nous. Et comme vous dites, il continue à être fidèle au 35 mm. En revanche, il monte en numérique.»

Les répétitions avec Esther ont d’ailleurs particulièrement enrichi le film, puisque les deux comédiennes ont ressenti des sentiments très proches de ceux de leurs personnages. «Il y avait un double rapport d’intrusion, aussi bien dans le scénario qu’entre nous. Dans le film, ces deux femmes auraient pu tomber dans une sorte de rivalité, mais Garrel ne jouait pas du tout cette carte. Finalement, l’amitié occupe une grande place dans le film et je ne m’y attendais pas du tout. En fait, Garrel avance sur les chemins de l’inconscient.»

Tourné en juillet 2016, après neuf mois de répétition, L’amant d’un jour a été dévoilé à Cannes, où Louise Chevillotte est venue trois jours. Mais c’est au mois de juillet prochain qu’elle terminera le conservatoire. «J’aimerais continuer à faire du cinéma mais être renommée me rendrait triste. Ce n’est pas quelque chose qui m’intéresse. Je crains un peu ce qui est alimentaire. La première fois que j’ai vu le film, j’ai pleuré durant deux jours. Il faut s’apprivoiser. C’est aussi cela, le travail de comédien.»

«L’amant d’un jour» Cinémas du Grütli Cote: ***

(TDG)

Créé: 08.06.2017, 18h33

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