Fred Baillif, du cinéma à l’existence de Dieu

CinémaLe nouveau film du cinéaste genevois est présenté cette semaine au FIFDH. Rencontre.

Fred Baillif: «Il existe d’autres manières de faire des films et je veux me battre pour le prouver.»

Fred Baillif: «Il existe d’autres manières de faire des films et je veux me battre pour le prouver.» Image: Georges Cabrera

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En novembre 2014, alors qu’on connaissait son travail dans le documentaire, notamment avec «La bande du parc», on découvrait «Tapis rouge», sa première incursion dans la fiction. Et là, ce fut le choc. La révélation d’un cinéaste, Fred Baillif. Aujourd’hui, il dévoile son second long-métrage au Festival du film et forum international sur les droits humains (FIFDH), «La preuve scientifique de l’existence de Dieu». Titre intrigant pour un film explosif. À ne pas rater dans la semaine qui vient – il passe encore plusieurs fois. Et de notre côté, la volonté de faire le point avec un réalisateur genevois parmi les plus doués.

Comme dans «Tapis rouge», «La preuve…» mélange documentaire, fiction, fausses archives. Pourquoi cette structure?

Parce que je prends énormément de plaisir en travaillant de cette manière, c’est-à-dire avec des comédiens amateurs, trouvés lors de castings sauvages. C’était le cas avec les jeunes de «Tapis rouge». Pour «La preuve…», ça a été pareil. Mais pour les amener au film, j’ai fait des ateliers avec eux durant deux ans. J’essaie ensuite de reproduire au tournage ce qui me plaît dans les ateliers.

Comment avez-vous trouvé les comédiens amateurs pour ce film?

C’est un groupe d’anciens militants qui sont venus me voir pour que je fasse un film sur eux.

Mais il y a aussi des jeunes, et même un enfant, dans ce groupe.

Oui, je les ai intégrés aux autres. Ils ont tous travaillé des impros autour du thème de l’amitié.

Il y avait déjà un groupe dans «Tapis rouge», comme dans «La bande du parc». D’où vient cette fascination?

De mon passé de basketteur. J’étais meneur de jeu. Et quelque part, je le reste. J’adore la dynamique de groupe. C’est très stimulant et suggère plein de ficelles dramaturgiques. Après, ils me font confiance car ils ne connaissent pas l’histoire que je vais raconter. Ce rapport de confiance se construit sur plusieurs années. Je fais un cinéma social, à mon sens.

Mais comment avez-vous réussi à convaincre Irène Jacob et Jean-Luc Bideau

de rejoindre l’aventure?

Irène avait vu «Tapis rouge» à New York. Elle avait tellement aimé qu’elle m’a dit qu’elle jouerait dans mon prochain film. Pour Jean-Luc, c’est un peu pareil. Il connaissait mes documentaires. Sauf que le travail en impro n’était pas sa tasse de thé. Malgré tout, il a improvisé sur le texte que je lui ai donné.

Comment le film s’est-il monté?

Avec l’aide de la RTS et de Cinéforom. Il a coûté 400 000 francs.

L’Office fédéral de la culture n’a rien donné?

Non, je n’ai jamais eu leur soutien, alors que je fais des films depuis vingt ans.

Vous ne vous estimez pas assez soutenu?

Au niveau local, ça va. Mais pas au niveau fédéral. J’aimerais me battre pour qu’ils acceptent ma méthode de travail, en impro et sans scénario, et comprennent qu’il existe d’autres manières de faire des films.

Et pourquoi ce titre?

Tous mes personnages viennent d’horizons différents. Pareil pour les militantismes, ils ont des motivations différentes. Ce qui les relie, c’est l’amitié. Pour moi, l’amitié est la preuve scientifique de l’existence de Dieu.

(TDG)

Créé: 10.03.2019, 21h15

Critique

La logique dans le chaos

Du cinéma qui brasse le réel tout en basculant dans la fiction. À moins que ce ne soit l’inverse. Soit un cinéma qui malaxe la fiction pour mieux recomposer le réel. Il y a quelque chose d’irréductible dans les films de Fred Baillif.

Et ce n’est pas un hasard si «La preuve scientifique de l’existence de Dieu» reproduit le miracle ressenti à la vision de «Tapis rouge». Il y a là une manière d’empoigner le chaos pour y déceler une logique. Pour raconter comment un groupe de militants suisses se retrouvent autour d’un projet de film sur leur passé et finissent par repartir au combat pour un monde sans armes, Baillif s’autorise mises en abyme, rimes visuelles, scènes arrachées au réel dans une mise en scène parfaitement en accord avec son sujet. Le film fonctionne à l’instinct tout en étant extrêmement précis dans son montage.

Le mélange des comédiens amateurs aux autres passe comme lettre à la poste. Ce Baillif est décidément trop doué pour en rester là. Vivement le prochain film!

FIFDH/jeudi 14, samedi 16, dimanche 17 mars

Pascal Gavillet

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