François Yang enquête sur ses origines et en tire un film

Cinéma«L’âme du tigre», sous couvert de fiction, évoque la disparition de son frère cadet

François Yang: «La mort de mon frère cadet a été un traumatisme. Mon film en découle.»

François Yang: «La mort de mon frère cadet a été un traumatisme. Mon film en découle.» Image: Laurent Guiraud

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En 2007, il avait réalisé un saisissant documentaire, Des bleus dans la police, remarqué notamment à Visions du Réel (Nyon). Une immersion dans le milieu de la police genevoise, une chronique emboîtant le pas à trois hommes qui font leurs débuts sous l’uniforme. Depuis, le Romand François Yang a tourné plusieurs autres films, des sujets pour Temps présent, des courts-métrages. Mais L’âme du tigre marque ses débuts dans le long-métrage de fiction. Sorti mercredi, ce premier film suffisamment tenu et captivant – un jeune homme part enquêter sur son frère qui vient de mourir dans d’étranges circonstances et renoue en même temps avec ses origines chinoises – nous a donné l’envie de rencontrer son auteur.

On ne sait presque rien de vous. Quel a été votre parcours?

Je suis né en 1978 à Fribourg, où j’ai vécu vingt ans. Durant mes années de Collège, je suis parti aux Etats-Unis, où j’ai pris des cours de photo, de théâtre, de cinéma. C’est à ce moment que j’ai commencé à m’intéresser au cinéma. C’est aussi durant cette période que mon frère cadet nous a quittés. Cette expérience de la mort a changé ma vie. Il y a eu à la fois un déclic et un traumatisme.

D’où le sujet de «L’âme du tigre», qui parle précisément de ça, même si les lieux sont différents?

Oui, mais je ne l’ai pas écrit tout de suite. Avant, je me suis inscrit à la Femis (Ecole nationale supérieure des métiers de l’image et du son), écrit un court-métrage sur un jeune qui perd son père. J’ai aussi réalisé un film pour Temps présent, qui parle d’une famille partie pour un mariage au Cameroun. Et puis il y a eu l’impact des Bleus dans la police, qui a beaucoup plu et a été pas mal diffusé.

Et comment en êtes-vous arrivé à «L’âme du tigre»?

C’est en Chine, lors d’un voyage, que j’ai écrit le premier jet d’une fiction. Au départ, elle était beaucoup plus policière. On a reçu ensuite la bourse SSA, puis un producteur s’est intéressé au projet, et j’ai signé avec lui pour le développement. Avec ce film, il y a aussi quelque part l’envie de chercher mes racines. D’ailleurs, nous avions été sélectionnés dans un atelier qui m’a permis de rencontrer ma directrice de casting.

Le casting de ce film a-t-il été difficile?

Surtout très long à mettre en place. Mais les difficultés ont été multiples. Au point que pour convaincre certains partenaires financiers, j’ai dû réaliser un court-métrage. Grâce auquel les institutions m’ont fait confiance. C’est finalement en 2014 qu’on a su que le film pourrait se faire. Je l’ai tourné en 2015 et la première copie était prête en 2016.

Le sujet était fixé dès le départ et en rapport avec la disparition de votre jeune frère, visiblement.

Dans toute œuvre, je pense qu’il y a une part personnelle. Mon choix, c’était d’aller au plus vite au cœur du sujet. C’est pour cette raison que la partie suisse du film, celle où le héros apprend le décès de son frère, est assez courte. L’enquête qu’il mène s’inspire de mes propres investigations familiales. D’ailleurs, le surnom de mon frère, lorsqu’il était plus jeune, c’était «Petit Tigre». C’est fou, je n’avais jamais fait le rapprochement avant votre interview.

Ce long-métrage vous a-t-il donné goût à la fiction?

Totalement. C’était une chance et une grande joie. Mon film a d’ailleurs été tourné à Genève, au Grand-Saconnex. Et tous les Asiatiques qu’on y voit habitent à Genève. Depuis, je caresse l’envie d’un deuxième projet, avec les mêmes producteurs. Il abordera une thématique écologique.

Votre film sort la même semaine que plusieurs grosses productions plus visibles. Etes-vous conscient de ce handicap?

Oh oui! Je vois bien la difficulté qu’il y a à sortir certains films aujourd’hui. Il y a une énorme compétition. Le fait qu’il passe dans une salle, sur un grand écran, et qu’il soit vu me rend déjà heureux en soi.

Quelles sont vos références en matière de cinéma?

Je suis assez éclectique. J’aime les films d’auteur à condition qu’ils aient une histoire à raconter. Frances Ha de Noah Baumbach est le type de films que j’adore. Sinon, en vrac, je suis fan de romans policiers, de James Gray, de films asiatiques, par exemple Yi Yi d’Edward Yang, où il est aussi question d’un deuil familial. (TDG)

Créé: 16.03.2017, 19h57

Une existence qui bascule

Tout commence à la montagne, sur des pistes de ski immaculées et enneigées. C’est pourtant dans une nuit parisienne et humide que tout (ou presque!) s’achève dans L’âme du tigre. Entre ces deux points, ces deux moments du film, il y a le parcours d’un jeune homme tout à fait normal dont l’existence vient de basculer. Parce qu’il vient d’apprendre la disparition de son frère, fauché abruptement dans une jeunesse qu’on peut supposer éternelle. En quelques minutes, ce premier film de François Yang nous fait changer de paysage. Là aussi sans crier gare.

Comme s’il s’agissait déjà de nous faire épouser le point de vue de son héros, englouti par un destin qu’il veut à la fois maîtriser et mettre à jour. Durant son enquête, il ira de révélations en surprises, et Yang exploite judicieusement un motif parfois utilisé dans le film noir. Tout en gardant la main sur un style suffisamment personnel pour qu’on puisse parler d’œuvre d’auteur. Sans fracas, François Yang, qu’on connaissait déjà un peu pour son travail dans le documentaire, prouve que le cinéma suisse peut aussi compter sur lui.
Les Scala

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