Des portraits sensibles émergent furtivement «Face au miroir»

CinémaDans le documentaire de Matthias Affolter, un salon de coiffure mobile accueille des sans-abri. Poétique et captivant.

On entend aussi, en voix off, la coiffeuse Anna.

On entend aussi, en voix off, la coiffeuse Anna. Image: DR

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D’abord il y a la rue. Dans une Bâle couverte par la brume, un vieil homme aux cheveux longs farfouille dans un carton déchiré. Il y déballe un costume de père Noël, un chapeau rouge, juste de quoi égayer les passants qui achèteront peut-être son journal. Puis vient la parole. Cet homme, Urs, s’installe sur une chaise face au miroir, dans un salon de coiffure improvisé au foyer de jour des sans-abri de la ville.

Alors que la coiffeuse Anna Tschannen se met au travail, les langues se délient, un peu par hasard, le temps d’un coup de ciseaux, d’un passage de main dans les cheveux, d’un doigt qui frôle une oreille. Urs a fait quelques économies pour partir en Afrique, il en a marre de la Suisse. Silence. On fera aussi la connaissance de Markus, qui vient de retrouver un appartement et qui craint encore une fois de le perdre, d’Arnold qui a tout lâché à la suite d’une séparation douloureuse et qui peine à renouer avec son fils. Et de Lilian, choisissant de vivre seule, indépendante, encore rongée par les violences passées du père.

Rencontres entre deux mondes

«Dans le miroir», documentaire de Matthias Affolter coécrit avec Anna Tschannen, raconte ces moments furtifs, ces rencontres entre deux mondes a priori séparés mais qui se rejoignent le temps d’une transformation. Il y a le regard porté face au miroir, à soi-même. Mais aussi celui qui apparaît face caméra, alors que se raconter allume l’espoir, éveille les perspectives, brise la solitude. Alors que peu de mots se disent, les histoires surviennent malgré tout, dans cet endroit hors du temps où chacun vit une nouvelle naissance.

Il y a enfin le partage, celui des lieux dans lesquels les protagonistes errent la journée. Et la nuit: dehors aussi la caméra est conviée, retraçant les parcours avec ceux qui les enchaînent. Il fait froid, il faut avancer. La honte y est évoquée, celle d’être vu ici ou là. Markus s’arrête sous un pont. «C’était sous cette arche. Plus jamais. Regardez, on y voit même du matériel.» Bouleversant de sincérité, le documentaire n’expose aucune prétention formelle, laissant juste le temps aux images de révéler l’indicible. Parfois le pur bonheur ou la profonde tristesse se cachent dans un petit clin d’œil.


Carouge, Cinéma Bio Tous les soirs à 20h, salle Patricia Plattner. www.cinemabio.ch

Créé: 18.02.2020, 20h44

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