Avec «En guerre», Vincent Lindon a de nouveau les armes pour gagner

Festival de CannesPlus qu’il ne l’incarne, le comédien «est» le syndicaliste engagé et pugnace dans le très grand film de Stéphane Brizé, en lice pour la Palme d’or.

Vincent Lindon lors de la conférence de presse d’«En guerre», le nouveau film de Stéphane Brizé, aligné en compétition au Festival de Cannes.

Vincent Lindon lors de la conférence de presse d’«En guerre», le nouveau film de Stéphane Brizé, aligné en compétition au Festival de Cannes. Image: Reuters

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«Je ne pense pas être assez bon pour composer un personnage. Je me demande simplement: si moi j’étais lui, qu’est-ce que je ferais ? Et j’incarne. C’est ce qui m’intéresse. Je ne sais pas interpréter des caractères trop loin de moi », explique Vincent Lindon, héros d’«En guerre», le nouveau Stéphane Brizé aligné en compétition.

Plus qu’incarner, le comédien «est» Laurent Amédéo, porte-parole d’une intersyndicale luttant contre la fermeture brutale de son usine. Il nous emporte et nous bouleverse par son engagement, sa conviction, sa pugnacité, son sens de la morale, son plaidoyer poignant pour la justice et le respect dans ce très grand film qui a eu droit à une ovation de 15 minutes lors de sa présentation publique.

Si on devrait pour le moins le retrouver au palmarès, Vincent Lindon peut largement prétendre à un deuxième prix d’interprétation, après une performance aussi remarquable, sinon davantage que celle qui l’a sacré meilleur acteur il y a trois ans pour «La loi du marché» du même Stéphane Brizé. On ne change pas une équipe qui gagne.

La dimension humaine face à la dimension économique

Une fois de plus, le réalisateur se penche sur un drame social en explorant, à travers le combat des employés, les mécanismes économiques qui mènent à des fermetures d’usine. Elles deviennent très conflictuelles dans la mesure où la colère des victimes désespérées se nourrit de l’humiliation et de l’injustice subies. Car en l’occurrence il ne s'agit pas de se débarrasser d’une affaire en déficit mais d’une usine rentable qui ne correspond pas aux visées des actionnaires en voulant toujours plus. Une situation loin d’être rare

Opposant la dimension humaine à la dimension économique en nous montrant la disproportion colossale des forces en présence, Stéphane Brizé nous plonge immédiatement dans le bain avec l’annonce de la liquidation du site français devenu la filiale d’un groupe allemand. Et décrit le désespoir des 1100 salariés qui en feront les frais, tandis qu'ils étaient en train de négocier pour sauver l’entreprise.

«La réalité nourrit ma fiction»

Laurent Amédéo dénonce alors violemment le mensonge des patrons, l’accord bafoué, les promesses non tenues. La grève est décidée, le ton monte, le conflit s’amplifie, les ouvriers crient toujours plus fort, sans arriver à se faire entendre du pouvoir qui les ignore, nie leur souffrance. Ou les divise pour mieux régner. C’est la guerre. Et comme toutes les guerres, celle-ci engendre des tragédies.

Pour Stéphane Brizé, le désir de son film, «politique dans le sens étymologique du terme, je ne suis le porte-parole d’aucun parti, d’aucun syndicat», vient notamment de la fameuse affaire de la chemise déchirée du DRH d’Air France en 2016. «La réalité nourrit ma fiction qui vient à son tour éclairer le réel, en donner une idée. Le cinéma le permet, contrairement aux reportages télévisés, qui n’ont pas le temps de la nuance et ne peuvent que rapporter les faits avec quelques images, un commentaire et des bouts d’interviews». (TDG)

Créé: 16.05.2018, 16h19

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