Ava, l'effrontée du XXIe siècle

CinémaPour son premier film remarqué à Cannes, Léa Mysius dresse un beau portrait d’ado. Rencontre avec la réalisatrice.

Ava (Noée Abita) ou la lutte d’une adolescente contre les conformismes


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Quand on signe un premier long-métrage à 28 ans, pourquoi donc se simplifier la tâche? Léa Mysius tourne ainsi avec de la vraie pellicule, choisit une débutante et un chien noir pour les deux rôles principaux. Lupo, le berger allemand, a d’ailleurs obtenu le Grand Prix du jury au Palm Dog 2017 de Cannes, qui récompense les meilleures performances de nos amis à quatre pattes. Véridique.

Mais la vraie révélation d’Ava, présenté et encensé lors de la Semaine de la critique sur la Côte d’Azur, c’est Noée Abita. Qui, du haut de ses 16 ans et pour son premier rôle, campe une jeune effrontée au regard noir qui en a 13. Atteinte d’une rétinite pigmentaire qui lui fait petit à petit perdre la vue, elle décide de bouffer la vie plus vite et plus loin que prévu.

«On sentait que ce métier d'actrice la démangeait»

«Avec une camarade de classe, Noée Abita a fait l’école buissonnière pour venir au casting, confie la réalisatrice. Cela a tout de suite été une évidence pour le rôle principal. On sentait que ce métier d’actrice la démangeait. Son port altier et son regard buté contrastaient avec sa voix d’enfant. J’avais trouvé le visage que j’imaginais. Il a fallu lui apprendre à travailler son corps pour se fondre dans un personnage fermé qui ne lui ressemble pas. Lui faire rentrer les épaules, par exemple. J’aime bien diriger des acteurs non professionnels. Dans une approche physique, moins intellectuelle.»

Il y a un peu, beaucoup, passionnément de la jeune Léa Mysius dans le film. «Même si j’écris au fil de la plume, il y a forcément passablement de moi en Ava, confesse celle qui fut coscénariste sur Les fantômes d’Ismaël d’Arnaud Desplechin. Avoir, adolescente, des relations compliquées avec sa mère, c’est assez courant. A 13 ans, j’ai aussi fugué avec un Gitan. Enfant, j’ai souffert d’allergies aux yeux. J’ai d’ailleurs travaillé le scénario une semaine dans le noir à cause de migraines ophtalmiques.»

Tourné sur pellicules
Quant au choix du 30 mm, «on dit que c’est trop cher par rapport au numérique. Mais cette contrainte de ne pas tourner plus d’une heure et demie par jour est une chance. Il suffit de ne pas être angoissé par les bobines qui défilent. Dans un tel film, ne pas pouvoir travailler avec des noirs profonds n’aurait pas eu de sens. L’image doit avoir de la poésie, de l’épaisseur. En la sous-exposant, la pellicule réagit par exemple comme Ava, lorsque sa vision se rétrécit.»

Reste aussi les paysages. Ceux des Landes. Mais surtout ceux du Médoc dans lesquels Léa Mysius a grandi et où pousse désormais le FN, en bordure d’une mer sauvage. «Dans ce paysage de bout du monde, plus personne ne réagit à la montée de l’extrême droite. Pas même la jeunesse.» Elle donne alors un beau rôle à Juan Cano, débusqué lors d’un casting sauvage sur l’une des cinquante aires des gens du voyage visitées: «Faire de la place à un Gitan andalou dans un film, c’est déjà un acte politique, non?» (TDG)

Créé: 15.08.2017, 20h37

La réalisatrice, Léa Mysius a forgé le personnage principal à partir de ses propres expériences.

Critique

Solaire dans les ténèbres

Personne ne voit très clair dans le jeu d’Ava. Avec une liberté foutraque, l’histoire glisse de l’ode naturaliste au conte fantastique, tente le western, la romance «lolycéenne». Heurtée, la structure colle à l’errance de son héroïne homonyme qui sait qu’au bout de cet été meurtrier, elle sera devenue aveugle. La réalisatrice elle aussi baisse la lumière. Au départ, la torpeur de l’été adoucissait les contours des vacances. Peu à peu, la station balnéaire, ballons et parasols de plage, se décolore. Un chien au poil noir accapare les faveurs de la Lolita. Un Gitan aux yeux noirs pique son cœur. Des flics en tenue aussi noire que leurs desseins rôdent. Voilà que la mère d’Ava, à la gaîté perdue, prend un amant… noir. Celui-ci se fond à son tour dans le paysage. Conséquence de la maladie des yeux, de la maladie d’amour, tout s’embrouille dans le magma de la cécité physique et mentale. Comme des jets de lave éructent colère, plaisir, terreur animale, sexualité balbutiante. Les intuitions et les sentiments bouillonnent dans le chaudron de l’adolescence. Au premier film, la Française Léa Mysius prend le pari de rétrécir le champ de vision pour préciser son but. «J’ai peur de mourir sans jamais rien avoir vu de beau», confie Ava à son journal.

Cécile Lecoultre

Drame, France, 14/16

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