Abdellatif Kechiche divise la Mostra avec le fascinant «Mektoub, my Love»

Cinéma Il s’agit du premier volet, de trois heures, d’une œuvre qui en comportera plusieurs. C’est l’un des chocs de cette 74e Mostra.

L’acteur Shaïn Boumedine, charismatique dans le nouveau film d’Abdellatif Kechiche, «Mektoub, my Love: canto uno».

L’acteur Shaïn Boumedine, charismatique dans le nouveau film d’Abdellatif Kechiche, «Mektoub, my Love: canto uno». Image: DR

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Il en va ainsi des grands films. Ils ne font jamais l’unanimité. Ou alors rarement. Abdellatif Kechiche en sait quelque chose. A l’obtention de sa triple Palme d’or cannoise pour La vie d’Adèle en 2013, une polémique autour du traitement infligé à ses actrices avait surgi dans la foulée. Quelques années plus tôt, en 2010, la présentation à Venise de Vénus noire avait divisé les festivaliers et laissé les jurys indifférents. Pas un seul prix pour cet immense film. L’expérience va-t-elle se réitérer cette année? Rien ne l’exclut.

L’accueil réservé à Mektoub, my Love: canto uno, mélange d’applaudissements nourris et de sifflets, laisse présager de nouvelles dissensions autour de la démarche de Kechiche. Et cela d’autant plus que le film est arrivé au Lido précédé d’une polémique qui remonte au mois d’avril, soit à peu près au moment où a été dévoilée la liste des films choisis pour Cannes. Là, pas de Kechiche. A cause d’un contrat liant le réalisateur à France Télévisions, qui l’avait signé pour la réalisation d’un film. Le problème, c’est qu’il a beaucoup tourné et qu’il a de la matière non pas pour un seul film, mais pour deux, ce qui contrevient au contrat initial. Hier, lors d’une conférence de presse un rien houleuse, Kechiche expliquait l’affaire en termes simples: «Il s’agit d’une œuvre en plusieurs volets. Les deux premiers ont été tournés. J’espère à présent réaliser le troisième après Venise.» Etrange sentiment, que suggère cette trilogie, ou tétralogie selon le nombre de volets finaux, en train de se faire.

Fluidité sidérante

Le premier volet, Mektoub, my Love: canto uno, est donc en compétition pour le Lion d’or vénitien. Et il s’agissait clairement du film le plus attendu du concours. Et l’un des plus longs, 180 minutes. A durée exceptionnelle, horaire hors-norme. C’est à 8 h 15 du matin que le film a été dévoilé dans une salle pas tout à fait comble, la fatigue ayant eu raison de bon nombre de festivaliers. Dès les premiers plans, l’évidence s’impose. Comme dans La vie d’Adèle, comme dans Vénus noire, comme dans La graine et le mulet, Kechiche ne va pas nous lâcher ni se détacher de ses personnages.

Il filme la vie d’un groupe de jeunes, dans le sud de la France en 1994, avec une fluidité sidérante, travaillant sur la durée et les visages dans un mouvement torrentiel qui ne s’arrête jamais, et qui raconte l’amour, l’amitié, la famille, les jalousies et les déceptions au sein d’une bande au sens large. Du foisonnement naît le naturalisme, des acteurs jaillit une vérité. La vérité de Kechiche, implacable gestionnaire de séquences, immense directeur d’acteurs (et tant pis s’ils en souffrent durant le tournage, comme certains le racontent ensuite), génial découvreur, voire accoucheur de talents. Mektoub, my Love, c’est donc avant tout l’éclosion de plusieurs actrices douées et belles comme le jour – citons Ophélie Bau et Lou Luttiau – et de jeunes comédiens plus radieux que le soleil, à l’image du héros du film, le charismatique Shaïn Boumedine, dont le regard fixe le point de vue de tout le film.

Saisir l’insaisissable

Mais c’est aussi une manière unique de dire le destin, de mettre en scène le karma, de saisir l’insaisissable, ce tourbillon de la vie qui a parfois des airs de liberté. On en ressort essoufflé, frustré que cela ne dure pas plus longtemps, d’autant plus que l’histoire semble s’arrêter au milieu de rien. Puis on se dit qu’on n’a pour ainsi dire jamais vu cela ailleurs et que Kechiche est décidément unique en son genre. On ignore quand le film sortira, s’il sera primé – évidemment qu’il mérite le Lion d’or! Et si le deuxième volet sera rapidement monté. Et encore moins si son financement est assuré. La présence au générique du producteur genevois Michel Merkt, honoré le mois passé à Locarno, devrait certes nous rassurer. Pour l’instant, le miracle, c’est que ce film existe.

(TDG)

Créé: 07.09.2017, 18h05

Aronofsky, désastreux

Avec Kechiche, Darren Aronofsky était l’autre grand attendu de Venise sur ce Lido où il avait remporté le Lion d’or en 2008 pour The Wrestler. Mother! (ou plutôt mother! avec un «m» minuscule) est pourtant de loin son pire film. C’est une ratatouille horrifique avec Jennifer Lawrence et Javier Bardem, couple pris dans un cauchemar suintant les effets spéciaux à défaut d’autre chose. Sans structure préétablie, cette assommante cacophonie se réduit à des platitudes gore, à des portes qui claquent et à des comédiens qui grimacent. On aurait espéré des injections surréalistes ou, à défaut, un film d’horreur dans la lignée de La maison du diable de Robert Wise. Mais le soufflé se dégonfle. Voilà, pour l’instant, le film le plus hué de la Mostra.
De son côté, Hirokazu Kore-eda, qui fréquente les grands festivals depuis de nombreuses années, n’a toujours rien remporté. Ni Lion, ni Palme, ni Ours. Sandome no satsujin (The Third Murder) inversera-t-il la tendance? C’est une option qui satisferait a priori tout le monde. Très classique dans sa forme, avec ses cadrages rigoureux, sa mise en scène impeccable et son rythme assorti au jeu des comédiens, The Third Murder est une variation sur un genre casse-gueule, le film à procès. Quand bien même les séquences au tribunal sont au fond peu nombreuses. On se balade dans la neige, dans des bureaux plus ou moins accueillants, dans un parloir où auront lieu quelques retournements… L’un des films les plus aboutis de ce maître japonais. Ainsi fait, Kore-eda est presque assuré d’être primé.
P.G.

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