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À 83 ans, Ken Loach garde tout son mordant

Dans «Sorry We Missed You», le cinéaste démontre «l’ubérisation» du travail et ses ravages. Implacable.

Kris Hitchen, authentique, comme toujours chez Loach.
Kris Hitchen, authentique, comme toujours chez Loach.
Film Coopi

À Newcastle, Ricky trouve un job de chauffeur-livreur, franchisé mais «indépendant». En fait, ce bosseur doit suivre les cadences infernales et autres diktats de la maison mère. Et tout déraille pour ce bon type, patient, volontaire. Son fils ado sèche l’école pour taguer avec ses potes, sa fille angoisse et refait pipi au lit, sa femme Aby, Mère Courage et visiteuse pour personnes âgées, craque. Comme un méchant jeu de dominos, les incidents anecdotiques s’abattent sur la toile familiale, effilochent les liens.

À 83 ans, le Britannique Ken Loach pouvait laisser penser qu’il avait tout dit quant à son militantisme forcené. Et même qu’il avait tout gagné, estime populaire, triomphe critique, honneurs cannois de toutes envergures, jusqu’au record encore rare sur la Croisette, d’être couronné d’une paire de Palmes d’or.

Rien ne l’a usé pourtant, le routard syndicaliste cogne avec la vigueur estomaquante d’une bleusaille découvrant ses premières manifs. Ses héros ordinaires n’arborent aucun stigmate de déchéance prévisible, alcoolisme, violence, délinquance, etc. Le Britannique saisit leur chute inexorable dans un mouvement qui les entraîne, balbutiants, asphyxiés, tout juste encore assez vivants pour se débattre avant de sombrer dans des gouffres économiques toujours plus incertains.

La fin ouverte de «Sorry We Miss You» apparaît alors, terrifiant aveu d’impuissance.

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Drame

(G.-B., 100’, 16/16) Cote: **

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