Passer au contenu principal

Cindy Van Acker déploie ses archers sur cinq positions clés des Eaux-Vives

Avec «Shadowpieces», la chorégraphe et artiste associée à la direction de l’ADC trace un parcours en cinq sublimes soli.

Matthieu Chayrigues dessine ses pleins et ses déliés au temple des Eaux-Vives, deuxième station de l’itinérance.
Matthieu Chayrigues dessine ses pleins et ses déliés au temple des Eaux-Vives, deuxième station de l’itinérance.
MEHDI BENKLER

Elle ne faiblit pas. Continue d’ajouter, pièce après pièce, de nouvelles lettres à cet alphabet qu’elle trace sans relâche, comme mue par une sorte de foi mystique. Idéogrammes dont le sens croît en échappant à la lecture. Cindy Van Acker aurait pu peindre ou composer de la musique: il se trouve qu’elle danse et, surtout, qu’elle fait danser.

De formation classique, la jeune Belge a d’abord dansé au Ballet royal de Flandre, avant d’intégrer le Grand Théâtre à Genève. Depuis 1994, elle crée ses propres chorégraphies en s’inscrivant dans une mouvance contemporaine qu’elle sature d’abstraction. Au nom de sa compagnie Greffe, fondée en 2002, elle a signé des épures telles que «Corps 00:00», qui lui valut la reconnaissance internationale, «Anechoic», son chef-d’œuvre pour 53 jeunes interprètes dévoilé en 2014 au Bout-du-Monde, ou «Speechless Voices», qui s’inspirait en 2018 des toiles de Michaël Borremans. En 2017, Anne Davier la choisit pour tenir avec elle les rênes de l’ADC, ce qui fait notamment de Van Acker un nouveau héraut du Pavillon de la danse dont l’ouverture est attendue pour septembre 2020, place Sturm.

Désormais investie d’une mission institutionnelle, la chorégraphe dispose les cinq soli de «Shadowpieces», défloré mardi dans le cadre de La Bâtie, sur le chemin qui mène de la salle des Eaux-Vives à la future adresse de l’ADC, aujourd’hui en chantier. Les cinq opus, d’une durée d’un petit quart d’heure chacun, marquent également une étape dans le processus de création d’un travail au long cours, «Without References», qui regroupera les interprètes de onze soli au final, lors d’une création prévue l’automne prochain à la nouvelle Comédie.

Station initiale, donc, sur la scène au fond de la cour de l’école des Eaux-Vives. La soliste Daniela Zaghini y a choisi, parmi le panel de musiques proposées par Cindy Van Acker, celle de l’artiste sonore Rioji Ikeda, flux extatique découpé en 49 postures. On serait tenté de multiplier ce chiffre par deux, puisque l’ombre de la danseuse, portée par le projecteur, redouble son corps de caractères opaques successivement dessinés sur le sol.

Place des Eaux-Vives. À l’intérieur de l'église Saint-Joseph, une déambulation collective plus tard, c’est Matthieu Chayrigues, androïde hiératique, qui enchaîne ses pleins et ses déliés sur une composition de Morton Feldman. Les membres supérieurs, comme souvent chez la chorégraphe, concentrent une éloquence qu’on croirait empruntée à un immémorial art martial.

Troisième halte, dans la cour de la ruelle du Couchant. Le musicien Louis Schild y matérialise sur le manche de sa basse une danse pour avant-bras – toujours eux – faite de frottements, croassements et autres feulements. Inspirée, la soixantaine de festivaliers s’ébranle ensuite pour rejoindre l’esplanade du Museum, où Laure Lescoffy balaie à son tour son ombre sur la crépitante électro du Suédois CM von Hausswolff. Elle a beau être menue, son geste est bien celui d’une archère. Enfin, destination finale au pied de l’église russe: Maya Masse soulève la poussière en tournoyant plus triomphalement sur l’orgue de J.-S. Bach, grossie d’une voix atonale qui décoche des flèches vers l’Orient.

----------

www.batie.ch

Cet article a été automatiquement importé de notre ancien système de gestion de contenu vers notre nouveau site web. Il est possible qu'il comporte quelques erreurs de mise en page. Veuillez-nous signaler toute erreur à community-feedback@tamedia.ch. Nous vous remercions de votre compréhension et votre collaboration.