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Les «chefs-d’œuvre» de Topor décochent leurs flèches

En sélectionnant leurs belles feuilles de l’artiste décédé en 1997, les Cahiers Dessinés assument.

"Equilibristes", dessin paru dans le New York Times en 1972.
"Equilibristes", dessin paru dans le New York Times en 1972.
ADAGP Paris

Dur, dur de suivre un créateur touche à tout aussi compulsif que renversant sans finir la course à travers son œuvre à bout de souffle! Mais bonne nouvelle, les Cahiers Dessinés ont le scalpel subtil et, depuis 2014, ils ont pris l’habitude de disséquer l’homérique polyvalence de Roland Topor (1938-1997), circonscrivant une première fois le «dessinateur de presse», une autre «le voyageur du livre» et une autre encore, sa version du monde.

La dernière publication délimite aventureusement un nouveau périmètre: les «Chefs-d’œuvre I» du maître de la férocité poétique. Mais comment choisir? Aussi efficace que le trait du génial dessinateur qui se délectait de choquer la pudeur comme d’atomiser le conformisme, le titre de l’ouvrage promet une balade kaléidoscopique. Elle est chapitrée, invite l’effroi, agrège les foules, s’arrête sur les stratagèmes. Délimitée aux œuvres noir-blanc, elle parle aussi de caprices, d’amour et de politique.

A la rencontre des dimensions du rêve

Clair, précis, proche de celui des maîtres graveurs, le trait aspire dans les profondeurs de la digression à la rencontre des dimensions du rêve. La Grande Faucheuse taille une coupe à un vieillard, une libertine en guêpière pose devant un âtre où brûlent des restes humains, un oiseau médecin picore dans le cerveau de ses patients: rivalisant de majesté planche après planche, le style Topor, assumé depuis son premier dessin de presse à l’âge de 20 ans, rend la balade addictive. On en redemande!

Le chiffre «I» accompagnant le titre de l’ouvrage limite la frustration, indiquant que l’immersion ne s’achève pas avec la dernière des 203 illustrations. Il y en aura d’autres, d’autres rires grinçants, d’autres, d’autres envolées virtuoses arrêtant le temps linéaire pour entrer dans celui de l’inconscient sans jamais se dérober à leurs responsabilités d’aiguilleur. «Un dessin réussi de Topor, on peut le trouver laid et même repoussant, on peut ne pas le comprendre, écrit Julie Bouvard dans la préface, mais on ne peut s’en défaire.» Cette publication en donne la preuve.

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