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Le charme du chapeau melon

Première série d’espionnage de la télévision, «The Avengers», en français «Chapeau melon et bottes de cuir», est aussi flamboyant qu'emblématique des «swinging sixties».

Contesté initialement par les producteurs de «Chapeau melon et bottes de cuir», Patrick Macnee (ici avec Diana Rigg) va vite devenir l’icône d’une série flamboyante.
Contesté initialement par les producteurs de «Chapeau melon et bottes de cuir», Patrick Macnee (ici avec Diana Rigg) va vite devenir l’icône d’une série flamboyante.
DR

En ce temps-là, Patrick Macnee n’arborait pas encore le chapeau melon qui allait le rendre célèbre. Pas davantage de bottes de cuir dans le studio de la chaîne britannique ABC, où l’on répète le premier épisode de The Avengers. Bien avant de devenir culte en mêlant l’esprit vieille Angleterre à un humour volontiers surréaliste, la première série d’espionnage de la télévision balbutie ses fondamentaux en ce mois de novembre 1960. Personne ne se doute que Les vengeurs (le titre en version originale), traduit en français par la géniale formule Chapeau melon et bottes de cuir, va s’avérer aussi flamboyant qu’emblématique des swinging sixties.

La vedette du feuilleton se nomme pour l’heure Ian Hendry. C’est sur lui qu’ABC entend capitaliser. Patrick Macnee n’est alors qu’un comédien de seconde zone, qui vient de mettre sa carrière entre parenthèses en coproduisant une série documentaire consacrée à Winston Churchill. En coulisses, les producteurs songent même à renvoyer celui qui deviendra l’icône de The Avengers. Ils trouvent que le personnage secondaire qu’il interprète, un certain John Steed, manque singulièrement de relief. Il faut dire qu’il est fringué à la Bogart, clope au bec, pistolet au poing, dans le genre agent secret faussement ténébreux. «On m’a demandé de trouver une idée pour donner du caractère à John Steed», racontera en 2010 Macnee au magazine Guide Loisirs, cinq ans avant de tirer définitivement sa révérence. L’acteur anglais songe notamment à son père, parfaitement habillé en toutes circonstances, et qui ne sortait jamais sans son chapeau melon. Bonne pioche. «Les téléspectateurs ont tout de suite adoré.»

Tension sexuelle

Et pas seulement eux. Les scénaristes de la série, de même que les différents metteurs en scène, se surpassent. On s’éloigne vite du thème original – un médecin veut venger la mort de sa fiancée tuée par des trafiquants de drogue – pour aller vers le pop art, la parodie voire la loufoquerie. «L’air de rien, quelque chose de nouveau est en train de naître, entre les thrillers d’espionnage de Ian Fleming et une vision de l’Angleterre surréaliste et dérangée», note David Fakrikian sur l’indispensable site lemondedesavengers.fr. Diffusée en direct dès le 7 janvier 1961, la première saison récolte de très bons taux d’audience.

Mais The Avengersne décolle réellement qu’en 1962. Ian Hendry, l’acteur principal, a jeté l’éponge, pour tenter sa chance au cinéma. Promu sur le devant de la scène, Patrick Macnee voit arriver Honor Blackman, impeccable dans le rôle de l’anthropologue Cathy Gale. La tension sexuelle induite entre les deux personnages ravit les téléspectateurs. Détail qui a son importance, Cathy Gale porte des combinaisons de cuir. «Il s’agit d’une décision pratique suggérée par Macnee, l’actrice déchirant souvent ses vêtements lors des combats dans les premiers épisodes», explique David Fakrikian.

Le mythe prend forme, entre autres grâce à la musique du générique conçue dès la quatrième saison par Laurie Johnson. Une quatrième saison qui voit s’imposer Diana Rigg, dans le rôle d’Emma Peel. Celle qui aujourd’hui interprète la retorse Olenna Tyrelle au sein de la série Game of Thrones remplace Honor Blackman, partie séduire James Bond au cinéma dans Goldfinger. «Diana était la meilleure comédienne de son époque. Elle a apporté une autre dimension à Chapeau melon et bottes de cuir, commente Macnee en 2010. La belle entente dure deux saisons, avant que Diana Rigg, sous-payée par la production, ne parte elle aussi sur le grand écran, (James Bond girl dans Au service secret de Sa Majesté) puis au théâtre shakespearien.

Une autre dimension

Linda Thorson la remplace pour une sixième et dernière saison. Tara King, son personnage de jeune fille espiègle et provocante, fait également merveille au cours d’épisodes considérés comme les plus extravagants de la série. En plein succès, mais devenue trop onéreuse aux yeux des producteurs, The Avengerss’arrête en 1969… pour renaître en 1976. Un producteur français amène les fonds nécessaires à une relance. Macnee est toujours là, flanqué désormais d’un duo, Joanna Lumley (Purdey) pour le charme, Gareth Hunt (Gambit) pour les scènes d’action. Le temps de deux saisons, The New Avengers, plus réaliste, incarne la désillusion des années 70. Un projet de reprise avorté en 1987 et un film discutable en 1998 avec Ralph Fiennes dans le rôle de John Steed n’y changeront rien. Le cœur n’y est plus.

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