Catherine Deneuve, actrice sans polémique

Paroles, parolesDans «L’adieu à la nuit» de Téchiné, qui sort mercredi, elle découvre que son petit-fils s’est radicalisé et s’apprête à faire le djihad. Cas de conscience pour une grande comédienne.

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Deneuve et Téchiné, c’est une longue histoire. Depuis 1981 et «Hôtel des Amériques», elle est devenue l’une de ses actrices fétiche. La revoici dans «L’adieu à la nuit», cette fois face à Kacey Mottet-Klein, qui incarne son petit-fils. Non pas pour une histoire de famille, mais dans le cadre d’un sujet beaucoup plus grave, celui du djihad et de la conversion à l’islam. En deux mots, Alex vient quelques jours chez sa grand-mère, Muriel, avant de s’envoler pour le Canada, où il compte s’installer. Sauf qu’il ment. Que sa destination n’est pas le Canada. Muriel le découvre par hasard: Alex s’est converti à l’islam et a décidé d’aller faire le djihad. Comment va-t-elle réagir? C’est tout l’enjeu de ce film, qui a été présenté en février à Berlin, et qui nous avait permis de rencontrer Catherine Deneuve pour un entretien.

C’est la première fois que vous tournez avec Kacey Mottet-Klein, jeune acteur suisse. Était-il timide à l’idée de vous rencontrer?

Peut-être, mais je ne l’ai pas senti. Je l’avais vu dans plusieurs autres films. Il est performant, sa présence est magnifique. Mais sur ce tournage, je l’ai peu vu en dehors des prises. Cela dit, j’ai adoré travailler avec lui.

La relation que vous avez développée avec Téchiné au fil des films facilite-t-elle votre travail?

Indéniablement. En même temps, il m’explique toujours tout dans les moindres détails. C’est sa méthode.

C’est ce qui vous plaît chez lui?

Pas uniquement. Téchiné est quelqu’un qui ne juge jamais et j’aime ça. Il ne manipule pas ses personnages, ni ses acteurs, il les aime tous.

Comment définiriez-vous votre personnage, Muriel?

Comme une femme brisée. Ce qu’elle découvre conditionne le film. Découvrir que son petit-fils est extrémiste, c’est comme apprendre que quelqu’un qu’on aime possède un autre visage.

Quel est votre point de vue politique sur la question?

En général, je ne le donne pas. Ce qu’évoque le film est dangereux et la problématique m’intéresse.

Par rapport à la France, vous voulez dire?

Pas seulement. En France, il y a cette volonté de déradicaliser. Mais cela concerne tout le monde, pas un seul territoire, ni une seule religion. L’islam n’est pas aussi violent qu’on le dit et de toute façon, pour moi, «L’adieu à la nuit» n’est pas un film sur la religion.

Qu’aimez-vous dans la vie?

Être entourée de mes proches. En revanche, je déteste les réseaux sociaux, qui pour moi représentent un danger. L’anonymat et ce qui se cache derrière est quelque chose de terrible. C’est la face sombre de l’individu. J’ai été célèbre avant l’existence des réseaux et je vois bien les dégâts que peut causer chez certains cette obsession pour la célébrité.

Vous avez vous-même été au centre d’une polémique en ayant revendiqué la «liberté d’importuner» pour les hommes en pleine affaire «Me Too».

Oui, mais c’était hors contexte. Aujourd’hui, tout est hors contexte. Les phrases sont isolées, les choses mal comprises.

Que pensez-vous de la parité?

Je ne vois pas pourquoi la femme aurait moins de droits. Donc j’encourage la parité.

Craignez-vous le futur?

Surtout pour tout ce qui touche au climat. La décadence est terrible. On ne se rend pas forcément compte de la situation. J’en ai parlé avec un cinéaste qui est allé au pôle Nord et m’a avoué que c’était encore plus effrayant que ce qu’on craignait.

La psychose du terrorisme vous effraie-t-elle aussi?

Avant tout parce qu’elle rend difficile ce qu’on appelle le vivre ensemble. On le sent énormément à Paris. Les gens ont des peaux, donc des couleurs différentes, et ils ont tendance à se méfier les uns des autres.

En somme, vous regrettez la tranquillité de la France d’avant, du moins de celle des années 70?

Je ne le formulerais pas ainsi. Mais dans les années 70, on pouvait encore rêver. Nous avions davantage de raisons d’être optimistes. Aujourd’hui, j’ai l’impression que les gens sont de plus en plus vulnérables.

On devrait vous revoir cette année dans le nouveau film d’Hirokazu Kore-eda, qui avait remporté la Palme d’or à Cannes en 2018. Que pouvez-vous en dire?

Que c’était intéressant de parler à quelqu’un qui pratique un autre langage. Il a lu le scénario avec les techniciens, puis avec l’ensemble des acteurs.

Vous êtes toujours enthousiaste à l’idée de vous embarquer dans un nouveau film, dans une nouvelle aventure?

Je reste une femme très enthousiaste, oui. On peut en avoir marre de certaines choses, dans la vie, c’est humain, et cela arrive à tout le monde, mais les films, cela me plaît toujours.

Créé: 20.04.2019, 21h08

Une star qui met en scène son existence

Une star qui a du franc-parler. Elle a peu de barrières, Catherine Deneuve. C’est ce qui rend peut-être cette star si proche. Récemment, elle déclarait au micro de Yann Barthes, sur le plateau de «Quotidien», que l’humoriste Vincent Dedienne, avec qui elle doit bientôt tourner, était «ennuyeux et pas très agréable». Sauf qu’il s’agissait d’une blague et que tout était faux. Preuve que la star n’a pas le sens de l’humour dans sa poche. Même si elle avait peu apprécié cette une de «Charlie Hebdo» la représentant en colis suspect sur la Croisette lors du Festival de Cannes 2015. On se rappelle en revanche de cette vidéo délicieuse où elle snobe une certaine Nabilla à un défilé de Jean-Paul Gaultier. Attitude qui sera suivie, quelque temps plus tard, de déclarations ciblées dans le «JDD»: «Il n’y a plus de stars en France. Une star est quelqu’un qui doit se montrer peu et rester dans la réserve. Avec l’introduction du numérique, il y a une intrusion de tout, partout, tout le temps. On voit énormément de gens très célèbres, qui ont des millions de followers et qui n’ont absolument rien fait.» Du bon sens et rien d’autre! Catherine Deneuve, la tête sur les épaules, certes, mais aussi très avisée lorsqu’elle accepte des rôles qui accréditent ce statut de grande actrice, voire de grande dame, expression qu’elle n’aime guère. «Nous dépendons du succès d’un film, c’est tout. Si le public le boude, il n’y a plus de grande dame», nous expliquait-elle à Berlin. Et le succès est souvent relatif. Au box-office français, son film le plus vu est «Astérix et Obélix: Au service de Sa Majesté». Le reste de sa filmographie, heureusement, nous rassure. André Téchiné, François Ozon, Luis Buñuel, François Truffaut, Philippe Garrel, Manoel de Oliveira, Lars von Trier, Jacques Demy, Jean-Pierre Melville sont parmi des dizaines d’autres les grands cinéastes qui l’ont dirigée et qui ont fait ce qu’elle est aujourd’hui. Une femme curieuse, qui défile pour Gaultier, chante du Gainsbourg ou du Michel Legrand et traverse la vie comme s’il s’agissait d’un film, mettant en scène son existence.

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