Capturer le temps, des mots à la toile

PeintureChristian Robert-Tissot ouvre les portes de son art. Visite.

Rencontre avec Christian Robert-Tissot, ici dans son atelier à Satigny.

Rencontre avec Christian Robert-Tissot, ici dans son atelier à Satigny. Image: LAURENT GUIRAUD

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Ce n’est pas une bonne idée de demander à Christian Robert-Tissot de jalonner son parcours de repères… L’artiste peintre en donne tout au plus deux ou trois du bout des lèvres. Pourquoi cette gêne à vouloir séquencer sa carrière? «Je ne suis pas très bon en découpage ni en forme de hiérarchisation du temps. J’ai réalisé des œuvres dans les années 80-90 que je n’ai pas poursuivies et que je reprends aujourd’hui. Je devais probablement savoir que j’allais avoir du temps plus tard pour les reconsidérer.» Son travail n’est pas lié à la notion du temps: «Ce dernier est difficilement appréhendable parce qu’il faudrait le voir dans son entier pour mieux le comprendre. Pour moi, les allers et retours sont récurrents.»

Peindre au verso

Deux thématiques intéressent Christian Robert-Tissot depuis le début: la radicalité de la peinture monochrome et les mots. Pour sa dernière exposition, il a peint le texte depuis l’arrière du tableau, le faisant apparaître par imprégnation à travers la toile: «J’aime l’idée que l’énoncé vienne d’un autre endroit que la peinture monochrome pour se retrouver finalement sur la même surface.» Et pourquoi le texte? «Les mots dans la peinture sont une autre limite qui, avec celle du monochrome, m’intéresse. Comme une possibilité de joindre le dicible et l’indicible.» Un peu comme l’artiste Ben, qui écrit des phrases blanches sur fond noir? «Nullement. Ben utilise sa calligraphie pour peindre ce qui lui passe par la tête. Moi j’utilise des typographies existantes pour peindre des mots ou des ensembles de mots repérés dans mon univers.»

Christian Robert-Tissot a travaillé dans treize ateliers différents tout au long de son parcours de peintre. Il occupe actuellement un nouvel espace dans la zone industrielle de Satigny, un atelier magnifique, et quasi immaculé si ce n’est la présence de quelques rares œuvres. Un manchot en attente de couleur, quelques toiles en cours de réalisation, posées à même le sol, une œuvre d’Olivier Mosset, une grande table de travail, un meuble de rangement pour les estampes, un bureau ancien pour l’ordinateur, un grand et sobre canapé noir pour la réflexion et des étagères bien ordonnées se partagent l’espace.

Feu à l’atelier

L’atelier de Christian Robert-Tissot est contigu aux deux ateliers de Stéphane Dafflon et Christian Floquet arrivés aussi en avril dernier. C’est une belle opportunité qu’il fallait saisir, souffle-t-il, et en plus, il y a affinités: «Pouvoir confronter tous les jours des idées pas uniquement sur l’art ou nos œuvres respectives, notre voisinage est un atout très positif dans une journée. Tout en échangeant sur les techniques, les couleurs, etc., on pratique aussi la critique de nos travaux, d’autant plus importante aujourd’hui qu’elle a presque totalement disparu des médias.»

Alors à quoi riment ces changements incessants d’atelier? «Probablement qu’après deux à trois ans dans le même espace, il y a une nécessité pour moi d’en changer. Deux de mes ateliers ont brûlé en 1991 et 2001. Ce dernier a anéanti tous mes travaux et archives. Je me suis retrouvé dépossédé de façon radicale… Je me suis alors rendu compte que changer d’atelier me permettrait de me retrouver dans la situation de 2001 où tout redevient possible. Le déménagement est une occasion de trier et de vérifier si les choses ont une nécessité absolue de m’accompagner. C’est une manière de me régénérer alors que mon travail s’obstine à être le même. Finalement, ces différents lieux n’ont que très peu influencé ma production. Je considère l’atelier comme un des outils de l’artiste et non comme un lieu d’accumulation encombrante.» Et demain? «Je suis surtout motivé par ce que je n’ai pas encore fait, mes futures pièces, la suite de mon travail.»

Son environnement actuel devrait largement l’y aider.

Note: Expo Boundroundsound de Christian Robert-Tissot, galerie Joy de Rouvre, 1, rue des Moraines, jusqu’au 30 janvier. (TDG)

Créé: 17.12.2014, 15h02

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