«Cabaret» et sa sombre lumière

ScèneLa plus noire des comédies musicales de Broadway se déploie au Galpon, dans une mise en scène de Daniel Esteve.

Metteur en scène, scénographe et chorégraphe, Daniel Esteve signe la nouvelle production des Hautes Écoles de musique 
de Genève et Lausanne, après avoir œuvré il y a deux ans à la scénographie de «Kiss me Kate».

Metteur en scène, scénographe et chorégraphe, Daniel Esteve signe la nouvelle production des Hautes Écoles de musique de Genève et Lausanne, après avoir œuvré il y a deux ans à la scénographie de «Kiss me Kate». Image: LAURENT GUIRAUD

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C’est l’histoire d’un rebond artistique qui a touché des territoires aussi disparates que la littérature, le théâtre et la comédie musicale – déclinée sur scène et grand écran. Avant que le succès planétaire ne rattrape «Cabaret», grâce au film signé Bob Fosse en 1972, l’œuvre a longtemps triomphé sur les planchers de Broadway, en charpentant son histoire avec le recueil de nouvelles «Berlin Stories» (1945) de Christopher Ischerwood. «Cabaret», c’est donc tout cela. Un pilier protéiforme, solide et sombre dans le patrimoine des comédies musicales.

Que dit sa trame? Elle fait croiser les menues histoires des protagonistes, leurs passions sentimentales et leurs échecs, avec la grande histoire d’un Berlin des années 30 crépusculaire, au seuil du grand désastre. La Haute École de musique de Genève, avec celle de Lausanne, s’y attelle deux ans après avoir réenchanté «Kiss me Kate» de Cole Porter. La nouvelle production porte la signature de Daniel Esteve, qui nous parle de ce projet ambitieux.

Comment regardez-vous cet objet scénique, cinquante ans après sa création à Broadway?

Il incarne tout d’abord un rêve d’enfant qui se réalise enfin. La HEM m’a proposé cette opportunité sur un plateau et j’en ai été absolument ravi. Avec «Cabaret», je renoue ainsi avec des souvenirs qui remontent à loin, lorsque j’ai vu pour la première fois le film de Bob Fosse. La comédie, elle, je l’ai découverte bien plus tard, à travers des enregistrements puis sur les scènes de Broadway, en 1995. Sa beauté? Elle est dans les musiques de John Kander et les textes de Fred Ebb, qui parviennent à restituer les atmosphères d’une époque. On est à Berlin dans les années 30, on l’entend et on le perçoit immédiatement. C’est si bien fait et si juste!

Sur quelles idées avez-vous basé votre approche?

Je me suis demandé s’il fallait une fois encore se contenter de se reposer sur la trame, dans laquelle on trouve les vicissitudes d’une chanteuse logeuse, le croisement de deux histoires d’amour, la vie d’un cabaret, le tout sur fond de montée du nazisme. J’ai opté pour une voie particulière, en questionnant cette période de l’histoire qui me hante et me fascine depuis très longtemps déjà. Je me suis arrêté en particulier sur ce contexte qui a rendu possible l’avènement du nazisme. Si on s’attarde sur l’épilogue du livret, on ne peut éviter de se demander ce qu’il adviendra des protagonistes. On suppose que, pour des raisons diverses, ils vont tous partir vers les camps. Mon axe de mise en scène est orienté sur ce point précis.

Quels défis pose cette pièce aux jeunes interprètes des hautes écoles?

Il y a le chant, tout d’abord, qui est bien éloigné de l’art lyrique. Pour accompagner et préparer les voix dans le style particulier de la comédie musicale, les étudiants ont suivi des workshops qui ont donné des résultats très probants. Il n’empêche, après ce coaching, il fallait encore faire de tous ces chanteurs des comédiens convaincants. C’est ce à quoi je me suis attelé dès les premières auditions. On ne peut pas passer à côté du jeu et de son importance: s’il n’est pas à la hauteur, la pièce ne marche pas. Ici, non seulement les scènes sont courtes, mais elles disent aussi beaucoup de choses qui ne sont pas nécessairement écrites. Ce sous-texte implique un travail intense à la mise en scène.

Comment avez-vous joint le jeu aux couleurs musicales?

En plaçant l’orchestre dans un endroit assez surprenant. Et puis en m’inspirant des deux versions de 1966 et 1995, qui se ressemblent beaucoup. Nous avons donc constitué une formation instrumentale assez berlinoise, qui affiche des sonorités plutôt «trash», loin du swing américain. L’atmosphère recherchée est celle du petit bordel allemand, sans paillettes ni glamour.

Vous avez donc banni tout geste virtuose auprès de l’orchestre?

Oui, absolument. Il faut que ça grince. Les musiciens ont tout de suite adhéré à ce concept et parviennent très bien à traduire cette intention. Au fond, l’orchestre est aussi un personnage.

Pourquoi «Cabaret» demeure si populaire?

J’ai l’impression que la comédie musicale est inconnue du grand public. Ce n’est pas le cas du film, où l’on croise deux acteurs exceptionnels: Liza Minnelli et Joel Grey. Dans la scène finale par exemple, Minnelli se transcende littéralement, elle retrouve l’innocence d’une jeune de 15 ans; avec ses grands yeux, elle nous dit tout de ses échecs. Et puis il y a cette image extraordinaire, inoubliable, où elle accompagne à la gare son amoureux, Brian. Ils se séparent pour toujours et, au lieu de l’embrasser, elle lui serre la main puis fait des signes en se tournant à jamais. C’est tout le génie du réalisateur Bob Fosse. Cela a marqué toute une époque.


«Cabaret»,
comédie musicale mise en scène par Daniel Esteve, une coproduction de la HEM de Genève, la HEMU de Lausanne et du Théâtre du Galpon,
Au Théâtre du Galpon du 17 au 29 sept,
Réservations sur: galpon.ch
Âge conseillé: dès 16 ans

Créé: 16.09.2019, 18h52

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