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Brigitte Rosset se fait une semaine de «jeune»

La «Carte blanche» de l’humoriste propose une grouillante typologie de caractères.

Brigitte Rosset, son nain, sa vis et tous les personnages invisibles qu’elle convie sur le mouchoir de poche du Crève-Cœur.
Brigitte Rosset, son nain, sa vis et tous les personnages invisibles qu’elle convie sur le mouchoir de poche du Crève-Cœur.
LORIS VON SIEBENTHAL

Au printemps 2017, la sémillante Aline Gampert propose à Brigitte Rosset une Carte blanche pour occuper librement la nanoscène de son théâtre colognote, Le Crève-Cœur. Six mois plus tard, des applaudissements unanimes couronnent un solo conçu comme une mise en abyme, l’actrice y racontant le processus de sa propre création, lors d’un jeûne collectif qu’elle a suivi en Provence. On la cueille au lendemain de la première, soulagée par le verdict populaire: «On n’a pas un public, au Crève-Cœur. Dans la proximité terrifiante du lieu, on a 62 personnes devant soi, comme une classe d’élèves à convaincre!» souffle-t-elle en guise de ouf.

Après vous être concentrée sur un vécu personnel parfois douloureux, dans «Suite matrimoniale…» ou «Smarties, Kleenex et Canada Dry», vous vous amusez de la notion de carte blanche dans ce nouveau seule en scène. Vos problèmes se sont envolés?

Je n’avais pas prévu de création au moment où Aline Gampert m’a fait son invitation. C’est la demande qui a créé le spectacle, dans ce cas. Assez vite, j’ai écarté l’idée d’une compilation d’extraits de mes précédents solos. J’ai préféré utiliser la proposition comme un laboratoire de création, et me mettre en scène dans ma démarche de travail, en éclairant ses coulisses. Oui, tout va bien aujourd’hui dans ma vie. Je ne crois pas pour autant qu’il faille souffrir pour créer. Mon inspiration reste au plus proche de ce que je vis: dans ce sens ce projet à part ne s’éloigne pas tant des précédents.

Votre semaine de jeûne, c’était de l’investigation pure, ou vous poursuiviez aussi des buts plus existentiels?

J’avais aussi d’autres motivations. Je voulais me vider pour mieux me remplir. Parfois, il faut faire table rase, on a besoin d’un reboot. Mais l’expérience était dingue, et très propice à en tirer un spectacle. D’ailleurs le naturopathe qui organise le stage va venir le voir.

Invitée sur le plateau, vous y invitez à votre tour les personnages fictionnels de vos spectacles passés, comme Jean-Pierre et Anne-Marie. À force de les jouer, vous leur avez donné vie?

Je ne m’en débarrasse plus! J’y pense à tout moment. Il faut dire aussi que certains de mes spectateurs me les redemandent. Avec son côté positif, bon enfant, Jean-Pierre veut absolument faire partie de ma nouvelle pièce. J’ai beau le chasser, il finit par être très présent avec ses revendications!

Comment avez-vous travaillé avec Christian Scheidt, qui vous met en scène, et Sybille Blanc qui apporte son regard également?

Pendant que je jouais avec Christian La Locandiera (Quasi comme), je lui lisais les premières versions de mon texte. Au fur et à mesure du dialogue, celui-ci s’est affiné. Ensuite, en filage, de nouvelles trames se sont imposées, les choses se corrigent d’elles-mêmes, sous le regard plus rationnel de Sybille, et plus déjanté de Christian.

Vous menez de front une carrière de comédienne et d’humoriste: vous avez besoin de cette alternance?

L’une nourrit l’autre, oui. Quand je joue avec d’autres comédiens, je me réjouis de parler à quelqu’un de réel! Et j’apprécie la rencontre avec le texte, ainsi qu’avec le metteur en scène. Dans mon métier d’interprète, les deux genres ne changent pas grand-chose, même si mon écriture est celle d’une actrice, pas d’une auteure.

N’êtes-vous pas surtout une observatrice hors pair?

À 15 ans, je voulais devenir photographe! C’est vrai que j’aime la richesse de l’espèce humaine: on n’est pas deux à se ressembler. Sans arrêt, je vois des démarches, des mimiques, que j’enregistre et que je ressors un jour ou l’autre. Ça me permet de sortir de mon cadre.

Vous restez simple et modeste malgré les distinctions, dont le Prix d’Actrice exceptionnelle que vous a attribué l’Office fédéral de la culture en 2015…

Si le prix m’a flattée, sa dénomination m’a fait bien rire! Mais c’est le doute qui me fait avancer. Un soir de première, j’ai l’impression que je vais accoucher! Mon métier exige une remise en question constante, un éternel recommencement. On n’est jamais sûr d’être suffisamment connecté aux gens, de pouvoir rencontrer un écho auprès d’eux.

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