Boustifaille lyrique chez les Amis

ThéâtrePour Noël, «Le Festin de saint-pierre» marie Mozart et poisson.

Tandis que Vincent Aubert prépare sa tambouille en direct, deux chanteurs d’opéra surgissent au gré de ses digressions.

Tandis que Vincent Aubert prépare sa tambouille en direct, deux chanteurs d’opéra surgissent au gré de ses digressions. Image: ISABELLE MEISTER

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L’art culinaire et l’art lyrique se font de l’œil à quelques mètres du vôtre. Depuis les fauteuils combles du Théâtre des Amis, à Carouge, la proximité est telle, en effet, que les airs d’opéra font rissoler vos tympans pendant que les légumes étuvés enchantent vos narines. Ce double régal sensoriel est le cadeau de Noël servi par Raoul Pastor, maître de céans, et concocté par un Vincent Aubert qui porte les toques à la fois d’auteur, de metteur en scène, d’interprète, de chanteur parfois, et enfin de chef.

Ce n’est pas la première fois que cet acteur fétiche de l’hôte Pastor signe un spectacle musical. Au Transsibirskaïa donné l’an passé, il enchaîne Le Festin de saint-pierre avec les mêmes ingrédients russes: la soprano Larissa Rosanoff, le baryton Sacha Michon, la pianiste Ludmilla Gautheron, et ses propres zigues en cuisinier mélomane.

Epices et harmoniques

L’intitulé sonne familier? C’est qu’il reprend en le vulgarisant ce Festin de Pierre qui complétait le titre du Dom Juan de Molière. Celui-là même qui résonne avec Don Giovanni, l’opéra de Mozart. La résonance est du reste le ressort principal de cette pièce associative. Tandis que le protagoniste découpe les patates douces qui accompagneront son poisson, sa langue saute du coq à l’âne au gré des lacets que lui inspirent ses amours opératiques. Outre Wolfgang Amadeus, seront tour à tour convoqués Gaetano (Donizetti) ou Jacques (Offenbach). Mais également Johnny ou Jean Ziegler, qui autorisent à Aubert l’ostentation de ses dons d’imitateur.

Le temps qu’il officie à son piano de cuisson, donc, le lyricomane digresse – un tic bien connu du gourmet. Football, littérature, modernité, Ulysse ou djihadisme transitent dans sa passoire. Or, comme on est au théâtre, ses divagations se matérialisent. Sous la forme de corps chantants, qui surgissent ici ou là entre les murs de son coin cuisine. Si son épouse, en salivant, ne fait guère davantage que boire ses paroles débridées, elle compense son inactivité dramatique en jouant du piano. Ainsi, chaque fois que le duo de solistes fait son apparition, elle accompagne ses arias comme les carottes les produits de la pêche.

Contrairement aux trouvères, le public ne goûtera pas aux saint-pierres mijotés par Vincent Aubert. Pas plus que les spectateurs du Peau d’Ane de Jacques Demy ne dégustaient son gâteau d’amour. Non, le plat, pour l’audience, réside dans sa préparation. Et à la fin du spectacle, elle n’en est pas moins repue.

Le Festin de saint-pierre Théâtre des Amis, jusqu’au 30 déc., 022 342 28 74.

Créé: 09.12.2016, 19h18

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