La boulimie de tourner a entraîné Eileen Hofer à Cuba

CinémaLa cinéaste genevoise a filmé une légende de la danse dans «Horizontes». Rencontre.

«On me reproche parfois de m’éparpiller. Je ne rentre dans aucune case, et je sais que c’est assez mal vu en Suisse.»

«On me reproche parfois de m’éparpiller. Je ne rentre dans aucune case, et je sais que c’est assez mal vu en Suisse.» Image: GEORGES CABRERA

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«Je dois être schizophrène», plaisante-t-elle autour d’un thé. Il est vrai que la Genevoise Eileen Hofer est pour le moins polyvalente. On l’a connue comme attachée de presse, puis comme journaliste dans différents médias. «Les relations publiques, c’est pour gagner ma vie.» Aujourd’hui, c’est à la cinéaste qu’on s’intéresse. Et pour cause! Son dernier opus, Horizontes, sera dès mercredi à l’affiche au Bio. Très étonnant, ce documentaire, qui relève plus de l’essai poétique que du témoignage filmé, parle de danse et d’une de ses légendes. Alicia Alonso. Figure culte de la scène cubaine pour avoir dirigé le Ballet national, elle est plus ou moins aveugle depuis l’âge de 19 ans et a dû danser une grande partie de sa vie dans le noir.

Un entourage difficile

«Je ne connais pas spécialement le monde de la danse. C’est une amie qui m’a raconté l’histoire de cette femme qui a dû apprendre à danser dans les ténèbres. Pour moi, il y avait là un message universel. Donc nous sommes partis à Cuba pour la rencontrer. Mais nous avons mis un mois à la trouver. Elle était comme un fantôme. Puis la première fois où je l’ai vue, elle descendait les marches d’un escalier, et pour moi, ça a été le choc. Elle me rappelait Norma Desmond, le personnage de Sunset Boulevard de Wilder.» C’est à ce moment-là que le film a pris corps dans l’esprit d’Eileen Hofer. «Alicia devenait la représentation du crépuscule du castrisme. En revanche, son entourage a posé beaucoup de difficultés. Eux voulaient qu’on filme des scènes à la gloire d’Alicia. De mon côté, je désirais des choses plus intimes. Pour la convaincre, il a fallu des semaines. Et ce que vous ne savez pas, c’est qu’il y avait douze personnes derrière la caméra. Avec elle, il est impossible d’avoir de l’intimité. C’est une diva et elle le reste. Pour compléter, j’ai utilisé énormément d’archives. Dont des documents que le Musée de la danse possédait.»

Tourné en 2012 et 2013, Horizontes s’est fait sans rien. «Nous sommes d’abord partis à Cuba à trois et sans argent. Au retour, nous avons attendu des aides qui ne sont pas venues. Puis nous y sommes retournés l’année suivante. Après, il y a eu un an de montage. J’avais pas mal de matériel, y compris des sons seuls, des interviews que j’avais réalisées avant. Mais je voulais construire le film sur des non-dits, en refusant toutes les interviews face caméra. C’est aussi pour ça que j’ai filmé deux autres personnages de danseuses. Une très jeune qui se projette en danseuse étoile et une plus âgée qui prend le relais.»

Un film avec Linda de Suza

Aujourd’hui, Eileen Hofer passe sans transition du journalisme à la réalisation. «On me reproche parfois de m’éparpiller. Je ne rentre dans aucune case, et je sais que c’est assez mal vu en Suisse. Mais switcher ne me pose aucun problème. On m’a aussi souvent reproché de ne pas avoir fait d’école.» Est-ce pour cela que l’OFC n’a jamais soutenu les projets de la jeune femme? Difficile à dire. «De toute façon, j’ai la boulimie de tourner et j’aime faire des choses simples et rapides. Pour moi, un travelling, c’est une chaise et des roulettes.» Depuis 2007, la cinéaste genevoise n’a guère arrêté. «J’ai fait six ou sept courts métrages. Plus deux longs. Et un truc hybride de 28 minutes.» Parmi ces projets, il y en avait un avec la chanteuse Linda de Suza, Soap Opera in Wonderland, en 2010. «Je me souviens qu’on avait galéré pour la retrouver, qu’elle avait accepté presque tout de suite et qu’elle était ingérable.»

«Horizontes» d’Eileen Hofer, dès mercredi au Bio.

(TDG)

Créé: 28.09.2015, 20h01

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