«Borg/McEnroe» rejoue un match légendaire

CinémaRetour sur les liens maudits entre le sport et le cinéma.

Sverrir Gudnason (à g.) affronte Shia LaBeouf dans le film.

Sverrir Gudnason (à g.) affronte Shia LaBeouf dans le film. Image: DR

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C’est le combat de deux titans. La finale du tournoi de Wimbledon 1980. Elle opposait deux géants du tennis mondial, deux stars hors catégorie. Le Suédois Björn Borg, dieu viking taciturne assiégé par des fans en délire devant son hôtel, comme n’importe quelle star de la pop. Et l’Américain John McEnroe, rageux, teigneux, copieusement sifflé par un public qu’il ne se privait pas d’insulter. Deux styles, deux écoles, deux caractères. Deux mondes. Sans suspense – l’issue de la rencontre est connue, y compris par les néophytes –, Borg/McEnroe est davantage un film sur la construction d’une légende que sur un sport. Et c’est sans doute ainsi qu’il faut procéder. Les films sur le tennis, en effet, ne sont pas légion. Mais le hasard du calendrier fait que deux fictions sur le thème débarquent coup sur coup dans nos salles. Borg/McEnroe, de Janus Metz Pedersen, et The Battle of the Sexes, de Jonathan Dayton et Valerie Faris. Si le sujet du premier est aisé à deviner, le second, sur lequel nous reviendrons le 22 novembre lors de sa sortie, évoque le combat de la tenniswoman Billie Jean King en faveur des droits des femmes sur les courts. L’histoire du cinéma offre peu d’exemples de films autour de ce sport. On citera Smash d’Anthony Harvey (1979), Hors jeu: une histoire de tennis de Danny Leiner (2007) ou Hard, Fast and Beautiful d’Ida Lupino (1951). Mais qui les a vus? Et là, on touche du doigt un problème récurrent. Le sport au cinéma ne fait pas recette. Jamais? Non, la Formule 1 semble échapper à la malédiction, mais elle est bien la seule. Encore que Rush, de Ron Howard, récit du combat acharné entre Niki Lauda et James Hunt (Daniel Brühl et Chris Hemsworth), n’ait pas eu le succès planétaire escompté à sa sortie en 2013.

La force du direct

Pour expliquer cette malédiction qui perdure, il faut sans doute rappeler quelques évidences. L’attrait du sport, qu’il s’agisse d’une retransmission télévisuelle ou non, repose sur le direct. Sur la simultanéité entre la rencontre et le spectacle à l’issue incertaine qu’elle offre. Cette dramaturgie n’est fictionnellement pas reproductible, sinon à la condition de ne plus tabler sur le suspense ou l’effet de surprise. Pour les mêmes raisons, visionner un match en différé ne présente le plus souvent aucun intérêt. Pourtant, les premiers matches, de football, de tennis ou autres, furent filmés par et pour le cinéma. Les spectateurs, dans les années dix ou vingt, découvraient ainsi des buts et des victoires sur grand écran sans que les résultats des rencontres ne leur soient forcément parvenus. Plus tard, la fiction s’empara du genre, si l’on peut dire. Mais un sport aussi populaire que le base-ball aux États-Unis n’engendra aucun film mémorable. Après, on peut lister des dizaines de pellicules dans le milieu du sport, ou en contenant une séquence célèbre, on aura toutes les peines du monde à trouver de grands titres. Hormis peut-être en boxe, discipline dont la cinégénie indéniable inspira aussi bien Scorsese (Raging Bull) que Clint Eastwood (Million Dollar Baby), sans parler de cette saga devenue culte que reste la série des Rocky. Quid des autres disciplines?

Du cyclisme au base-ball

En 2015, Stephen Frears partait sur les traces de Lance Armstrong, champion déchu du sport cycliste dans The Program. Sans faire de grandes vagues. Clint Eastwood, en 2009, parlait de l’apartheid et du rugby dans son formidable Invictus qui rendait aussi hommage à Mandela. Sur le basket, Spike Lee restait à la surface de son sujet dans le déjà oublié He Got Game, en 1998. Le grand John Huston, lui, tentait de tisser des liens entre football et Seconde Guerre mondiale dans un A nous la victoire! (1981) comptant même Pelé au générique. Las, c’est un de ses moins bons films. On lui préférera la véhémence d’un Jean-Pierre Mocky qui s’attaque à la bêtise du supporter lambda dans un A mort l’arbitre! qui fit grincer quelques dents en 1983. L’athlétisme et les Jeux olympiques ont leurs Chariots de feu (Hugh Hudson, 1981) et le golf Tin Cup (Ron Shelton, 1996), ce qui est peu reluisant. L’hippisme se décline avec Jappeloup (Christian Duguay, 2013), et l’alpinisme sert à peine de toile de fond à Everest (Baltasar Lormakur, 2015). Le base-ball et la boxe restent les disciplines les plus prisées au cinéma. Mais vu l’impact réduit du premier en dehors des États-Unis, la plupart des films n’ont jamais franchi les frontières, au propre comme au figuré. Borg/McEnroe devra capitaliser sur la popularité du tennis, l’un des sports favoris du public, particulièrement en Suisse où il possède ses idoles. Bonne chance!

(TDG)

Créé: 07.11.2017, 17h50

La critique

Une légende en devenir

Toute ressemblance avec des personnages existant ou ayant existé est optionnelle. Le Borg/McEnroe de Janus Metz Pedersen cherche de toute évidence la crédibilité. Sverrir Gudnason, interprète peu connu du premier, est troublant de mimétisme. Et pour camper McEnroe, la production a choisi le comédien le plus teigneux possible, Shia LaBeouf. Très bon choix. L’acteur n’a guère besoin de se forcer pour paraître odieux et l’adéquation entre le rôle et son interprète est presque naturelle. Cet atout certain donne du sel à un film où tout se joue lorsque les deux acteurs/joueurs se croisent. C’est de leur opposition que naît la fiction, que ses enjeux se dessinent, et de leur éventuelle complicité qu’elle se referme.
De tennis il est aussi question. La finale de Wimbledon 1980 occupe même un bon tiers du film. Mise en scène sobrement (comment faire autrement?), elle joue sur le réalisme plus que sur l’émotion, tentant au passage de saisir la mythologie d’une légende en train de se former. Le spectacle est convenable, sans génie.
Les amateurs de tennis y trouveront-ils leur compte? On en doute. Les autres devraient en revanche y prendre grand plaisir.

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