Bonello, secrets et peurs autour de «Nocturama»

Cinéma Le cinéaste est venu au FIFDH parler de son film, encore inédit en Suisse

Bertrand Bonello: «Ce qui m’a inspiré, c’est le climat qui sévit à Paris, comme si quelque chose allait exploser.»

Bertrand Bonello: «Ce qui m’a inspiré, c’est le climat qui sévit à Paris, comme si quelque chose allait exploser.» Image: LAURENT GUIRAUD

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Cette année, le Festival du film et forum international sur les droits humains (FIFDH) s’est distingué aussi grâce à ses invités. Plus prestigieux, plus diversifiés que d’habitude. Entre les comédiens de Kaurismäki, le cinéaste Raoul Peck et l’actrice Angelina Jolie, même si elle n’a fait qu’un passage éclair de vingt minutes pour découvrir l’installation de Rithy Panh, le quota était rempli. Il convient de rajouter à ces noms celui de Bertrand Bonello, venu pour un débat-rencontre autour de son dernier film, Nocturama. Nous avons pu le croiser.

La crainte des polémiques

Et s’indigner avec lui du sort réservé à Nocturama, immense film formel hélas jamais distribué en Suisse – et pour cause, les droits se trouvent chez Netflix – et refusé à Cannes en 2016 en raison de ses coïncidences avec une actualité récente, celle du 13 novembre 2015 pour ne pas la nommer. «De Cannes, personne ne m’a appelé ensuite. J’ai juste cru comprendre que le festival ne souhaitait pas de polémique. Je pense qu’il avait peur que ce soit mal perçu, en raison de la ressemblance avec des événements récents.»

En effet, pour faire simple, Nocturama met en scène une douzaine de jeunes en train de préparer des attentats dans Paris. La première partie, de jour, dévoile un étrange ballet entre tous les personnages sillonnant la ville, créant une géométrie parallèle à celle du métro. La seconde partie, de nuit, les filme à l’intérieur d’un centre commercial, après les événements, se cachant sans savoir si la police est ou non sur leurs traces. Ce qui sidère dans ce film, c’est le travail sur les corps, l’absence délibérée de toute psychologie, de toute explication rationnelle, le tout soutenu par une mise en scène fulgurante de bout en bout dans sa capacité à transcender le quotidien et à le faire dévier vers une forme d’abstraction inédite. «Le travail de construction est complexe, avoue Bonello. Mais tout est dessiné à l’avance. Chaque plan est écrit, chaque changement d’axe est prévu. Pareil pour la musique, elle n’est pas composée après puis apposée sur telle ou telle séquence. Lorsque je filme quelqu’un qui marche, cela ne consiste pas seulement à le suivre avec la caméra d’un point A à un point B. La durée et la longueur du trajet ont leur sens. Il faut que le plan fonctionne. Un mètre de plus ou de moins peut tout faire foirer. Sans parler du fait que je tourne en décors naturels, sans garde-fous, avec le risque que des vraies personnes interviennent et s’immiscent dans l’image.»

La difficulté fut d’ailleurs de toutes les séquences. Extérieurs comme intérieurs. Pour les plans dans le métro, Bonello a dû composer avec un nombre invraisemblable de contraintes. «La richesse du métro me fascine. Pour y tourner dans des conditions réelles, il faut respecter quelques règles. Par exemple, l’équipe de tournage doit se composer au maximum de huit personnes afin de ne pas déranger les usagers. Et deux personnes de la RATP sont là pour surveiller. Pour tourner un plan entre Concorde et Franklin D. Roosevelt, il faut démarrer du point de départ de la ligne. Les scènes dans le magasin ont elles aussi posé problème. Comment fabriquer de la tension dans une simple attente? J’ai mis des jours à trouver la solution. Quoi qu’on pense, un film se fait au tournage. Essentiellement.»

De Hemingway à Nick Drake

Lorsque Bonello a tourné Nocturama, qui s’appelait encore Paris est une fête, en signe de clin d’œil à Hemingway, les événements du 13 novembre n’avaient pas eu lieu. «Ce qui m’a inspiré, c’est le climat qui sévit à Paris. Je vis dans cette ville et je trouvais qu’il y avait une tension palpable, comme si quelque chose était sur le point d’exploser. Après, j’ai décidé de changer de titre, car l’expression «Paris est une fête», au-delà du récit de Hemingway, devenait une sorte de symbole du rassemblement. Et ce n’est pas ce que je voulais ni ce que le film raconte. Et puis j’ai fini par adopter ce nouveau titre de Nocturama, référence à un album de Nick Cave. Un titre un peu abstrait qui me plaît bien et qui convient à un film mêlant l’ultraréalisme à l’abstraction, justement.»

En revanche, le montage financier du film a été très simple. Sans doute à cause du précédent Bonello, ce Saint Laurent qui reste le plus grand succès personnel du cinéaste. «Pour la plupart des partenaires financiers, ce que je racontais comportait quelque chose d’essentiel.»

(TDG)

Créé: 20.03.2017, 17h48

Le Web a amplifié le succès du Festival

Rendez-vous incontournable, public toujours plus nombreux et plus jeune. Ces termes, qui parsèment notamment le communiqué de presse final du FIFDH (Festival du film et forum international sur les droits humains), qui s’est achevé dimanche soir, résonnent comme des évidences tant le succès de l’événement fut palpable durant cette édition anniversaire (la quinzième). Plus de 34 000 spectateurs sont venus suivre une manifestation dont la raison d’être n’a plus besoin d’être prouvée. Ce qu’il y a en revanche de plus inédit, c’est le rôle des réseaux sociaux et plus largement du Web durant toute cette semaine. Les débats du forum étaient ainsi visibles en streaming live. Impact considérable. Le flux a avoisiné les 800 000 personnes durant ces dix jours. L’intervention de Dilma Rousseff, qui a attiré 1351 personnes, a parallèlement été vue plus de 77 000 fois sur le Web. Au point que le FIFDH s’est plusieurs fois retrouvé en TT (trending tropic) sur Twitter. Cet impact, relativement nouveau pour un festival genevois, va de pair avec l’engouement que suscite la manifestation depuis quelques années. Sa directrice, Isabelle Gattiker, avait des paillettes dans les yeux en donnant leurs prix aux films récompensés samedi. Parmi les lauréats, le Genevois Nicolas Wadimoff, vainqueur du Prix de la Brenaz pour son documentaire Jean Ziegler, l’optimisme de la volonté. Tous les débats qui ont eu lieu entre le 10 et le 19 mars sont encore visibles sur le site du festival.
www.fifdh.org

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