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Bob Dylan: après le Nobel, la Parfumerie

La codirectrice du Théâtre Spirale applique ses talents de traductrice à la poésie de Robert Allen Zimmerman.

Jusqu’à fin mars, ni les comédiens, ni les musiciens du Théâtre Spirale ne reproduisent Dylan: ils se l’approprient.
Jusqu’à fin mars, ni les comédiens, ni les musiciens du Théâtre Spirale ne reproduisent Dylan: ils se l’approprient.
RICCARDO WILLIG

Pour sa longue chevelure et sa dégaine hippie, on aurait volontiers imaginé Michele Millner épouser l’univers de Joan Baez. Raté. C’est son contemporain à la voix rocailleuse, successeur de Woodie Guthrie, inspirateur de Tom Waits, défricheur d’une brousse à la croisée du folk, du rock et de la pop, versificateur de tonnerre gratifié en 2016 du Prix Nobel de littérature, en un mot c’est l’irréductible Bob Dylan que consacre la cheffe de troupe avec un «Dylandit» créé ce mardi à la Parfumerie.

Plus grand que nature

«Je ne suis même pas certaine d’aimer la personne qu’est Robert Allen Zimmerman, nuance la metteure en scène à la veille de sa première. Je tiens en tout cas à garder ma distance de l’individu, pour me focaliser exclusivement sur sa langue.» L’envie de s’immerger dans cette matière poétique démangeait Michele Millner depuis des années déjà: le Nobel l’a réactivée. «J’essaie d’équilibrer mon trilinguisme (anglais, espagnol, français) d’une production à l’autre, explique l’artiste australo-chilienne basée à Genève depuis trente ans. Après plusieurs spectacles hispanophones, tels «Amores de Cantina» et «Le Chœur des femmes», j’avais besoin de revenir à l’anglais. Dylan s’est immédiatement imposé. En relisant ses textes, y compris ceux qui remontent aux années 60 ou 80, j’ai redécouvert leur actualité. En disant aujourd’hui ses mots, on mesure à quel point il parle du monde. Alors qu’il poursuit son «Never ending Tour» à bientôt quatre-vingts ans, Dylan reste plus grand que nature.»

«Don’t think twice, it’s alright», «The Times they are a changin’», «Tangled up in Blue»… Par quels stratagèmes transmettre la parole dylanienne à un public francophone? Michele Millner commence par se demander comment dire la poésie sur scène, en général. Elle arrive à la conclusion que «pratiquer le théâtre, c’est toujours traduire». Avec son expérience de polyglotte des plateaux, on s’en remet les yeux fermés aux clés qu’elle s’est forgées. «Dans le cas présent, on fait de tout: chanter en anglais et dire en français, chanter dans les deux langues successivement, glisser d’une langue à l’autre à l’aide d’un franglais de mon crû… Tous les codes sont permis, pourvu que personne ne soit frustré et qu’on entende la langue originale. Quant à la musique, elle traduit, elle aussi, en servant de liant aux paroles, au-delà des langues».

La parole devient chant

«Notre point de départ consiste à dire Dylan, pas à reproduire ses chansons, enchaîne la codirectrice des lieux. Or il se trouve que le dire mène automatiquement au chant, selon un processus naturel.» D’où le titre de la création, qui accole le verbe au nom selon la logique d’un mot-valise: «Dans «Dylandit», c’est aussi nous qui disons. On saisit l’occasion de s’approprier Dylan, de le porter au-delà de ses chansons. Il ne s’agit pas de l’imiter, mais de l’expérimenter. On extrait la musique de la métrique du chant, pour la placer là où elle n’est pas attendue.»

Un concert, alors? Oui, «mais spectaculaire, voire même théâtral», précise la conceptrice qui rechigne à ces «catégorisations compliquées». Un ami invité à assister à une répétition lui a suggéré la «comédie musicale poétique». Millner assure seulement que «la parole devient chant». Une heure dix suffit à «prendre le temps pour cela». Du chanteur américain, elle n’a en revanche assisté à aucun concert. Mais «je l’écoute depuis mes 14 ans, j’ai vu d’innombrables vidéos sur YouTube, et je me suis évidemment plongée dans le film de Martin Scorsese, «Rolling Thunder Revue».

Conformément à son habitude, Michele Millner s’entoure de fidèles. En plus des guitaristes Christian Graf et Andrei Pervikov, ainsi que du percussionniste Sylvain Fournier, elle fait appel à son compagnon, le saxophoniste Yves Cerf, de même qu’à son fils Leo Mohr, lequel assure à la fois le jeu, le chant, la basse et la guitare. «Il est très important pour moi de jouer avec des intimes. Parfois, cette intimité préfigure le travail collectif, parfois elle en découle, comme avec la comédienne et chanteuse Naïma Arlaud. Affectivement, mon équipe constitue une famille. Les liens sont très riches, mais pas pour autant faciles – il faut continuellement en redessiner la géographie. Au fond, nous exerçons notre métier comme le faisaient les boulangers, en se transmettant les savoir-faire de père en fils, de mère en fille.»

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«Dylandit» Théâtre de la Parfumerie, jusqu’au 29 mars, 022 341 21 21, www.theatrespirale.com. Les vendredis et samedis, 6 Cabarets poétiques feront suite aux représentations.

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