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Le blues, sous le sceau de l’esclavage

Le chorégraphe d’origine sud-africaine Rudi van der Merwe crée un «Blue Moves» radical à l’ADC.

József Trefeli et Marthe Krummenacher dans «Blue Moves».
József Trefeli et Marthe Krummenacher dans «Blue Moves».
GREGORY BATARDON

Elle regarde son bras se mouvoir sous ses yeux comme s’il ne lui appartenait pas. Chantonnant sotto voce un air de blues, il semble absent à lui-même. Cet autre se poste face au public et scrute, pendant qu’une quatrième va machinalement chercher son seau parmi l’alignement à cour. Bien avant que Rudi van der Merwe («Trophée», «Buzz Riot») s’assure de la lisibilité de son propos, le spectateur a repéré les fines allusions aux gestes répétés, aliénants, bientôt révoltés, d’esclaves au travail dans les champs de coton du Mississippi.

Marthe Krummenacher, József Trefeli, Rudi van der Merwe et Kylie Walters, vêtus de sorte à former un camaïeu de bleus, se livrent ensuite à un exercice des plus techniques, balançant chacun son récipient, porté à bout de bras, en direction l’un de l’autre, se les échangeant tels des acrobates, dans un chassé-croisé mathématiquement délinéé. Plus loin, ils brimbaleront à l’identique leurs propres bras noués par la main. Jusque-là, «Blue Moves» chorégraphie délicatement l’agilité, la cadence, bientôt la solidarité, des ouvriers afro-américains. «’Cause my house fell down and I can’t live there no more», fredonne Bessie Smith avec eux.

Mais la rue et son naturalisme font irruption par la bande-son. On entend les inflexions noires, que les danseurs syncopent en projetant leurs épaules vers le sol. Les seaux sont disposés à distance égale sur toute la surface du plateau, avant de figurer, ici, en coulissant, un trop explicite coït nocturne, ou là, en se remplissant d’eau, une trop transparente miction. L’histoire de l’esclavage et de la colonisation a été subtilement couverte: place, hélas, à une libération facile à déchiffrer, sous la lumière du Sud, par le biais de bassins renversés, de corps trempés et de mélodies émancipatrices.

«Blue Moves» ADC, jusqu’au 16 déc., 022 320 06 06, www.adc-geneve.ch

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