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«Béatrice» enchante, dans une ambiance à la Amélie Poulain

Joris Mertens signe un premier album totalement maîtrisé, sans texte et avec des images au charme fou.

Les images muettes de «Béatrice» parlent d’elles-mêmes, dans une mise en couleurs tout en nuances.
Les images muettes de «Béatrice» parlent d’elles-mêmes, dans une mise en couleurs tout en nuances.
Ed. rue de Sèvres

Il était inconnu, mais à l’évidence il ne va pas le rester longtemps. Avec «Béatrice», Joris Mertens signe un premier album totalement maîtrisé, dont l’ambiance à la «Amélie Poulain» dégage un charme fou. Directeur artistique indépendant, graphiste et photographe, ce Belge de 52 ans aime montrer plutôt que de s’égarer en de vaines paroles. Lumineux et séduisants, ses dessins évoquent parfois ceux de Jean-Pierre Gibrat ou de Nicolas de Crécy. Il y a pire, comme références… Surtout, et c’est la particularité de ce récit, l’auteur tente un pari fou. Inspiré, il livre une centaine de pages… sans texte.

Pas un mot, pas un phylactère, non, dans cette petite merveille graphique aux cadrages incitatifs et à la narration parfaitement fluide. Les images parlent d’elles-mêmes, fourmillant de détails mis en valeur à travers une mise en couleurs tout en nuances. Dans un camaïeu de gris, de brun et de violet, Mertens éclaire ses scènes avec des taches de rouge. Rouge comme le tailleur de son héroïne, Béatrice; rouge comme le bâton à lèvres utilisé par la jeune femme, ou le tapis du grand escalier des Galeries La Brouette (sic), où elle officie comme vendeuse.

Chaque jour, cette solitaire qui partage son quotidien avec deux chats et dévore la version livre de poche de «Bonjour Tristesse», chaque jour donc Béatrice affronte la cohue pour prendre le train de banlieue qui va l’emmener à son travail. En pleine gare, appuyé contre un pilier, un sac à main écarlate attire son attention. Elle emporte l’objet chez elle et découvre à l’intérieur un album photos. Un couple inconnu figure sur la plupart des images prises à la fin des années 1920. La femme lui ressemble, avec de grands yeux et une coupe à la Louise Brooks. Fuyant sa routine quotidienne, Béatrice part sur ses traces, à la recherche d’un monde disparu…

Elle-même évolue au sein d’un univers vintage finement restitué par Joris Mertens. Au cours des années 1960 mises en scène par l’auteur, les Citroën DS, les Renault 4 et autres Simca 1000 polluent joyeusement des rues où les passants fument encore comme des pompiers.

Entre mélancolie et valse musette, charleston et fox-trot, une petite musique semble sourdre des pages muettes imaginées par Mertens. Une illusion qui renforce ce récit «feel good» sur le temps qui passe, le mythe de Faust et la fugacité des souvenirs. Si l’on en croit son éditeur, l’auteur s’est inspiré de l’histoire d’une de ses amies, qui a réellement trouvé un vieil album photos dans une friche. Son projet a mûri des années avant qu’il ne se lance. Coup d’essai, coup de maître.

«Béatrice», par Joris Mertens. Ed Rue de Sèvres, 112 p.

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