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Au bar où s’accoude Bardamu, Polier hoquette

Le directeur du Grütli joue des extraits du «Voyage au bout de la nuit» sous la direction d’Eric Salama. Ça titube!

Fred Polier en Bardamu avant d’endosser l’uniforme.
Fred Polier en Bardamu avant d’endosser l’uniforme.
ISABELLE MEISTER

Ah, ça, on ne saurait reprocher à Frédéric Polier de s’assoupir sur sa dernière saison à la tête du Grütli! Depuis la rentrée, le comédien enchaîne les rôles: de celui d’un directeur de salle dans le récent Un Métier de rêve à celui du présent protagoniste de La Ballade du soldat Bardamu; le metteur en scène, lui, s’affaire coup sur coup, dans une course contre la montre, sur un opéra, Le Viol de Lucrèce, et sur une comédie tirée d’Aristophane, Las Piaffas, à découvrir entre ses murs dès février. Que l’intellectuel est dévoré par la passion du texte et de sa transmission ne constitue pas une nouveauté. Que l’ogre lésine si peu sur l’énergie investie, son actualité, fût-il besoin, en atteste à nouveau. Que l’artisan s’approprie le répertoire avec une humilité qui frise la timidité, voilà qui achève de le rendre estimable.

Si ces valeurs ne suffisent cependant pas à sauver Bardamu, c’est à cause d’une erreur de conception. La «monstrueuse entreprise» semble en effet désigner non seulement la Première Guerre mondiale sous la plume de Céline, mais aussi son adaptation récurrente pour la scène!

Afin d’instaurer une familiarité tant avec le début du XXe qu’avec le public d’aujourd’hui, le metteur en scène Eric Salama a fait intégrer le bar du 2e étage du Grütli sur le plateau qui le jouxte. Les spectateurs composent ainsi la clientèle d’où se détache ce poilu insurgé contre une folie sanguinaire qui fait littéralement «perdre les têtes», et emporté par la lave de son verbe. Ce verbe à la fois brut et imagé, puissant et immédiat, qu’un jeu vériste, hélas, est condamné à trahir. Pas plus que le Voyage au bout de la nuit n’est une pièce de théâtre, Bardamu n’est-il un personnage à endosser: plutôt une sorte d’amalgame pionnier entre narrateur et auteur. Aussi sa parole ne se laisse pas restituer comme un monologue vraisemblable – sur lequel vient crocher la mémoire de l’acteur, entre deux mimiques de poivrot inspiré et deux inflexions de parler popu. Elle conviendrait mieux, à la rigueur, au dispositif d’une lecture poétique, qui suçoterait chaque syllabe au lieu de ramer pour lui donner vie. Même de façon si attachante.

«La Ballade du soldat Bardamu» Théâtre du Grütli, jusqu’au 3 déc. avant une tournée dans les bistrots, 022 888 44 88, www.grutli.ch

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