Bal de troquets historiques

Bicentenaire genevoisLa Vieille-Ville recèle plusieurs des plus vieux estaminets de la Cité de Calvin, aux souvenirs étonnants.

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La Crémière, Le Radar, Le Cristallina: Genève voit peu à peu disparaître ses bistrots historiques. Mais une poignée d’anciens troquets, à l’abri dans les dédales de la Vieille-Ville, parviennent à braver les siècles. Trésors de la mémoire genevoise, ces estaminets fourmillent d’anecdotes. Départ au pied de la Taverne de la Madeleine. La légende raconte qu’il s’agit du plus ancien bistrot de Genève, avec des origines remontant au XIe siècle. «Mais c’est faux, assure Karin Megzari, guide et membre du comité de Patrimoine suisse. A cette époque, les lieux abritaient encore un cimetière.» En revanche, des fouilles permettent d’attester de la présence d’un marchand de vin gaulois. Puis, dès le XVIe, d’une auberge, la Mule, qui héberge des réfugiés protestants, dont Francesco Turrettini. Par la suite, un pressoir, des encaveurs, un bistrot et même un fabricant de vermouth s’y succèdent. Difficile d’imaginer qu’au début du XXe siècle, des dames charitables de la haute société protestante décident d’y installer un restaurant sans alcool. Succès immédiat et durable: la Taverne échappe aux démolitions, traverse les décennies pour continuer, encore aujourd’hui, à servir ses repas sans alcool.

Une cloche

Cap sur les hauteurs de la Vieille-Ville. Au Bourg-de-Four, le visiteur tombe sur La Clémence, autre illustre troquet établi depuis 1942. Cette année-là, Giuseppe Remor (père de l’établissement du même nom et dont une horloge lui appartenant trône toujours derrière le bar) en fait un glacier tea-room. Un concept à succès à l’époque, puisque les femmes pouvaient y venir non accompagnées! Le tenancier italien renomme son café du nom de la plus grosse cloche de la cathédrale, elle-même baptisée en l’honneur de Clément VII, antipape genevois installé à Avignon dès 1378. Son café vient remplacer celui des Ormeaux, qui trônait au Bourg-de-Four depuis 1835. Et avant cela? «La place, qui accueillait déjà un marché aux bestiaux au temps des Romains puis les foires du Moyen Age, a toujours possédé ses tavernes et auberges afin de loger les marchands», explique Karin Megzari. On y trouvait aussi la Coquille d’Or, qui abritait les pèlerins sur leur chemin vers Saint-Jacques. Son seul vestige? Une enseigne en bois datée de 1631 et déplacée pour des raisons inconnues sur la façade du 21, place du Bourg-de-Four.

La grue, le sauvage et le chamois

A la rue du Soleil-Levant, baptisée d’après une ancienne auberge, le visiteur tombe sur le très chic Hôtel des Armures et son restaurant. «Mais ça n’a pas toujours été le cas», raconte Karin Megzari. Pendant la Seconde Guerre mondiale, les lieux abritaient, en plus d’un café, une salle de spectacle, le Moulin à Poivre. Celui-ci sert de scène à de nombreux comédiens français ayant fui l’occupation. Certains comédiens genevois, comme Michel Simon et Bernard Haller, y font aussi leurs premières armes. Après la guerre, l’établissement fait la part belle au jazz, comme d’autres bars et caves du secteur, donnant à la Vieille-Ville un petit air de Saint-Germain-des-Prés. Petit détour par la Maison Tavel. Le Sauvage, A la Grue ou Les Trois Rois: au premier étage, sept enseignes d’auberges aujourd’hui disparues, mais aux couleurs encore intactes, égaient les murs du musée. Un peu plus haut, le promeneur aperçoit la terrasse du Café-Restaurant de l’Hôtel-de-Ville. Sans doute le plus vieux bistrot genevois intra-muros, selon Karin Megzari. Ouvert sans interruption depuis 228 ans, l’établissement se trouve dans les locaux de l’ancien corps de garde de l’Hôtel de Ville, la milice armée de la cité. Quand celle-ci est remplacée par des soldats de métier lors des révolutions de la fin du XVIIIe siècle, les lieux se transforment en café-restaurant. Au XIXe, ceux-ci offrent aussi une salle de rafraîchissement pour les dames et une salle de billard au premier étage, un must à l’époque! Son voisin, le Café Papon, ouvert vers 1808 par Antoine Papon et baptisé alors Café de la Treille, est lui aussi un haut lieu de la Vieille-Ville. Au fil des ans, il connaît quelques péripéties. Vers le milieu du XIXe siècle, les vieux papiers remplacent les agapes: le troquet ferme pour accueillir les Archives d’Etat. Avant de rouvrir en 1983, en ne proposant que des mets sans alcool. «Une résolution qui n’a pas tenu bien longtemps», note la guide.

A la rencontre des artistes

Au bas de la Treille, le Lyrique, ouvert en 1881, et son luxueux décor Second Empire valent le détour. «Au-dessus du bistrot, une pension hébergeait les artistes du Grand Théâtre lorsque celui-ci possédait encore une troupe lyrique permanente, explique Karin Mezgari. Le public venait les rencontrer après les représentations.» Le Kiosque des Bastions naît la même année sur demande des sociétés musicales, à la recherche d’un lieu pour organiser des concerts. Remplaçant l’ancien théâtre, démoli en 1879 au profit du Grand Théâtre, les lieux abritent une buvette estivale et un abri pour orchestre, avant de devenir un restaurant ouvert toute l’année. Fin de la balade? Pas forcément. Le visiteur a encore de quoi satisfaire sa curiosité du côté du Musée Rath, de la Bibliothèque de Genève ou de l’Hôtel de Ville. Pour se remettre de son périple, il ne lui reste qu’à faire une halte dans un des troquets visités.

Créé: 30.05.2014, 22h18

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