Se baigner dans une œuvre d’art

Les piscines dans l'art 2/5Dans les années 60, Genève se dote d'importantes installations aquatiques. Dont celle de Lancy, un joyau architectural.

La piscine de Lancy joue avec les contrastes: formes courbes et droites, aspect minéral du béton et végétation du parc.

La piscine de Lancy joue avec les contrastes: formes courbes et droites, aspect minéral du béton et végétation du parc. Image: Lucien Fortunati

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De l’extérieur, rien ne laisse deviner la présence d’une piscine. Seul émerge du parapet d’enceinte le plongeoir de 10 mètres, véritable sculpture qui permet d’identifier la fonction du lieu. «Cette implantation au-dessous du niveau du terrain constitue une des particularités de la piscine de Marignac, explique l’architecte Christian Bischoff. Cela permet de réunir parc et piscine dans un espace restreint, comme le souhaitait la Ville de Lancy. On peut admirer les frondaisons des arbres depuis les bassins. En outre, la structure encaissée protège les baigneurs du vent, du bruit de la circulation et des regards.»

Construite par Georges Brera, Pierre Nierlé et Paul Waltenspühl entre 1967 et 1968, cette piscine constitue l’une des œuvres majeures des architectes, qui travaillaient souvent ensemble. Brera et Waltenspühl ont notamment construit une partie de l’ensemble des tours de Carouge. Leurs grandes fontaines en béton utilisées comme pataugeoires les ont peut-être inspirés pour cet ouvrage.

Pour la santé des citoyens

La plupart des grandes piscines du canton, dont celles de Carouge, de Varembé, des Vernets et du Lignon, datent également des années 60. En cette période d’après-guerre, villes et communes rattrapent le temps perdu en investissant dans des équipements destinés à la population. Santé et épanouissement corporel sont à l’ordre du jour. Le sport fait partie de la vie quotidienne, d’autant qu’il permet aux citoyens soldats de garder la forme… «Cela fournit aussi des loisirs aux personnes qui ne peuvent pas partir en vacances», précise Christian Bischoff.

Mais par rapport au reste de la Suisse, ce développement des structures aquatiques reste très tardif. «Même de modestes villages comme Heiden, en Appenzell, construisent des piscines dans les années 30, souligne l’architecte. L’influence de Calvin – et son rapport au corps – serait-elle passée par là?»

Matériau moderne, le béton est souvent utilisé dans les installations de bains, qui représentent elles aussi la modernité. Il est résistant, polyvalent, facile à utiliser et à nettoyer. Accumulant la chaleur, il permet de maintenir les surfaces chaudes pendant l’entre-saison. Et sa surface, qui peut être striée, évite les glissades lorsqu’elle est mouillée.

Entre minéral et végétal

A Lancy, les architectes jouent du contraste entre la végétation luxuriante du parc alentour et l’aspect minéral de la piscine, entièrement en béton. Seuls quelques pins, qui donnent un côté méditerranéen, procurent de l’ombre aux baigneurs. Les jardinières servent surtout à séparer les différentes parties du site.

Autre dialogue, celui entre les droites et les courbes qu’on découvre dans tous les éléments de la piscine, ou presque. Chacun des trois bassins rectangulaires est disposé au centre d’une enceinte arrondie. Le plongeoir combine planches à l’horizontale et escaliers tout en courbes. Juste à côté, une rampe en hélice mène sur le toit des vestiaires, construction faite de lignes et d’angles droits.

Ce toit terrasse sert de solarium, comme les gradins arrondis disposés le long des murs. «C’est une sorte de mise en scène de la vie sociale», relève Christian Bischoff. Car à l’époque déjà, on ne venait pas à la piscine uniquement pour faire de l’exercice, mais aussi pour voir et être vu en prenant le soleil. Sur le toit, des surfaces de gazon prolongent la pelouse du terrain de football qui le jouxte. Entre les deux, une faille de lumière amène de l’éclairage naturel aux vestiaires.

Une prouesse technique

L’ensemble du bâtiment est couronné d’une grande dalle en béton armé, tenue presque exclusivement par de fins piliers d’acier. Une vraie prouesse technique! Sur toute la longueur, les panneaux coulissants en verre permettent de fermer les vestiaires. A l’origine, ceux-ci étaient chauffés, de même que l’eau de la piscine, permettant de prolonger la durée d’utilisation. Un canal menant au bassin principal permettait d’y rentrer directement depuis les vestiaires. Le choc pétrolier de 1973 mit fin au système.

Ce programme élaboré fait de la piscine de Lancy une construction majeure des années 60. Son importance patrimoniale a d’ailleurs été reconnue, puisqu’elle est inscrite à l’inventaire. Cela signifie que toute intervention architecturale doit être menée sous la surveillance de l’Office du patrimoine et des sites.

Lors de la récente rénovation, l’idée d’un pont-promenade au-dessus du toit a ainsi été abandonnée et le nombre de panneaux solaires réduit pour ne pas dénaturer le site. Mais de légères modifications ont été apportées, comme l’installation de voilages pour dispenser de l’ombre. «C’est dommage, cela porte atteinte aux qualités architecturales du lieu», juge Christian Bischoff. Pas facile de concilier contraintes pratiques, demandes des usagers et respect de l’esprit d’origine…

(TDG)

Créé: 10.07.2017, 17h51

Le mot du jour: béton

C’est le matériau de construction par excellence, utilisé dès la fin du XIXe siècle. D’abord dissimulé dans les structures, le béton apparaît au grand jour dans les années 60, comme symbole de la modernité. Le Corbusier, en particulier, met le béton brut en valeur dans ses créations.

Un site naturel mis en valeur

Première du canton, la piscine de Carouge est construite en 1963-1964 par Arthur Bugna et Jean-Pierre Cottier sur le site de la Fontenette. C’est également la première à posséder un bassin olympique, alimenté par pompage direct dans la nappe phréatique. Une grande nouveauté.

Le bâtiment, sur un seul niveau, s’intègre discrètement dans le beau cadre naturel formé par l’Arve et les falaises de Champel. L’installation reste simple et fonctionnelle: gardien, caisses, toilettes, douches, cabines et restaurant sont abrités par une dalle de béton posée sur des structures en T, également en béton. Les murs des vestiaires ne montent pas jusqu’au toit, ce qui permet d’assurer une aération naturelle et donne une impression de légèreté à l’ensemble.

D’ici à la fin de l’année, un concours d’architecture va être lancé pour ajouter un bassin couvert à l’installation existante, afin qu’elle reste ouverte toute l’année. C’est d’ailleurs ce qui a été fait à la piscine de Varembé, dont la partie couverte, qui existe depuis 1991, complète un bassin extérieur datant de 1965, et à celle du Lignon, construite en 1968 et agrandie en 1997. Pour les Vernets, inaugurés en 1966, il s’est produit l’inverse: la piscine extérieure a été ajoutée quatre ans plus tard.

Des pavillons hauts en couleur

En plein développement dans les années 60, Meyrin décide de se doter d’une piscine, tout comme les autres grandes communes du canton. C’est le jeune bureau ACAU, Atelier coopératif d’architecture et d’urbanisme, qui est sélectionné sur concours en 1969 pour ce travail. Mais l’argent manque, et l’infrastructure aquatique des Vergers n’ouvrira qu’en 1979.

Cette construction se distingue par les couleurs vives, jaune et orange, qui ornent les différents pavillons, s’accordant à l’esprit ludique du lieu. Ceux-ci reposent sur une structure métallique à la fois robuste, légère et économique. Certains des murs en briques de béton, non porteurs, sont décorés de personnages en céramique dessinés par des enfants, tandis qu’une sculpture pyramidale trône au centre. Le tout en accord avec les architectes.

Ceux-ci ont composé avec la déclivité naturelle du terrain en jouant sur les niveaux, dans et autour des bassins. Ils se sont également employés à dégager la vue sur la campagne environnante. Comme la plupart des grandes piscines genevoises, celle de Meyrin est associée à d’autres équipements sportifs, réalisés en plusieurs étapes. Cela évite à la population de quitter le territoire meyrinois pour pratiquer ce type de loisirs.

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