Martha Argerich, une étoile constante pour illuminer Verbier

Verbier Festival OrchestraLa pianiste reste fidèle au Verbier Festival et pratique son pèlerinage alpestre avec assiduité. Quand elle est là, le reste n'a plus d'importance. Critique.

Image: NICOLAS BRODARD

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C’est un rituel quelque peu fébrile qui se répète depuis deux décennies, et les habitués des lieux en connaissent et maîtrisent toutes les subtilités. A quelques dizaines de minutes du lancement officiel du Verbier Festival, l’heure est comme toujours aux retrouvailles, sur cette esplanade qui jouxte l’imposante structure blanche où prend forme l’essentiel des concerts à l’affiche.

De ce carrefour exhale un brouhaha ouaté, fait de récits lyophilisés entre mélomanes qui résument sommairement, autour d’un verre, une année qui s’est écoulée vite, sans qu’on s’en aperçoive vraiment. Le ballet discret et sobre des mondanités forme ainsi un prologue léger à une ouverture qu’on ne pourrait imaginer plus somptueuse.

Car pour commencer, il y a elle, oui, la lionne funambule du piano, celle qui demeure, décennies après décennies, la référence et le guide inatteignable pour une cohorte d’amoureux des touches noires et blanches. Martha Argerich reste donc fidèle au Verbier Festival; elle pratique son pèlerinage alpestre avec assiduité, ce qui lui vaut d’ailleurs les remerciements du maître des lieux, le directeur Martin Engström qui, tout de blanc vêtu et perdu dans l’immensité d’une scène au format seize-neuvième, fait son traditionnel discours inaugural.

Dans la foulée, on tamise l’éclairage et l’attente de la pianiste ne fait dès lors que grandir. Puisque quand elle est là, Martha, le reste n’a pas vraiment la même importance. A-t-elle déçu les attentes? Non. Après un regard complice échangé avec le chef Charles Dutoit, à qui elle semble dire «je suis prête, je n’attends que toi», la pianiste se lance avec fougue dans le célèbre Concerto pour piano N° 1 de Tchaïkovski.

Son envie d’en découdre est telle que, d’entrée, elle se retrouve face à un décalage patent avec l’orchestre. Martha Argerich va vite, trop vite, et il lui faudra quelques mesures pour calmer ses ardeurs. Le reste, tout le reste, n’a été que la confirmation d’une étoile qui ne cesse de briller. Alors bien sûr, ici et là, la pianiste génère quelques déchets faits de fausses notes et de petits décalages. Tout n’est pas propre, en particulier dans l’«Allegro con fuoco».

Mais la technique demeure prodigieuse et le toucher d’une finesse renversante. Il suffirait de considérer sa lecture du «Andantino semplice», empreint de délicatesse, coulant avec une légèreté sublime, pour mesurer le génie intact de la musicienne. Qui, sans doute épuisée par l’exercice, ne concède le bis que sous les implorations très démonstratives de Charles Dutoit. Puis elle finit par quitter la scène, comme toujours, accompagnée par les ovations et les dithyrambes.

La carrure imposante du personnage finirait presque par faire oublier une facette toute aussi rayonnante de la soirée: celle proposée par le Verbier Festival Orchestra, qui a été impérial sous la baguette inspirée de Charles Dutoit, tant dans la mise en bouche de la Rapsodie espagnole de Ravel, que dans la Symphonie N° 3 de Brahms.

Créé: 20.07.2014, 18h34

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