La lune du Levant éclaire le final du festival Archipel

Arts et scènesXavier Dayer présente un opéra inspiré d’un film du Japonais Kenji Mizoguchi. Une création attendue

Une scène des «Contes de la lune vague après la pluie», film réalisé en 1953 par le Japonais Kenji Mizoguchi. Le scénario a servi de canevas pour la version musicale représentée ce dimanche au festival Archipel.

Une scène des «Contes de la lune vague après la pluie», film réalisé en 1953 par le Japonais Kenji Mizoguchi. Le scénario a servi de canevas pour la version musicale représentée ce dimanche au festival Archipel. Image: DR

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C’est une histoire à entrées multiples, équitablement réparties entre Extrême-Orient et Occident européen. Pour en saisir la genèse et son développement, il faut d’abord regarder au loin, là où surgissent des noms que les passionnés de lettres japonaises et du septième art n’ignorent sans doute pas: l’écrivain Ueda Akinari et le cinéaste Kenji Mizoguchi. Puis, en rivant le regard vers nos latitudes, deux autres figures surgissent. Celles du compositeur et professeur à la Haute Ecole des arts à Berne Xavier Dayer et du dramaturge et librettiste Alain Perroux, qui évolue au festival d’Aix-en-Provence. Qu’est-ce qui unit ce petit monde aux horizons éclatés? Une œuvre au titre énigmatique, dont le titre plane avec douceur dans les esprits tel un haïku de Bashô: Les contes de la lune vague après la pluie. Création d’abord cinématographique issue de l’adaptation de deux nouvelles d’Akinari, le joyau rebondit dans un étrange ricochet au festival Archipel dimanche, en version théâtrale, grâce à l’opéra qu’a conçu le duo Dayer (musique) Perroux (livret).

Point d’orgue d’une manifestation qui aura fêté pendant dix jours les multiples facettes de la musique contemporaine, l’œuvre est attendue. Avant de pouvoir en apprécier la teneur, on dira d’elle qu’elle a eu le mérite de réunir deux amis de longue date sur un projet saisissant. «Cette collaboration naît au moment où Xavier Dayer m’a passé la commande pour l’écriture d’un livret, note Alain Perroux. Nous nous connaissons depuis l’école obligatoire. Le travail qui a suivi a pris forme dans la pleine entente.» Immergés dans ce chantier il y a cinq ans, les deux Genevois ont exploré, chacun de son côté, les méandres du film de Mizoguchi.

Pourquoi cette œuvre précisément? Xavier Dayer dit avoir avant tout cédé aux souvenirs qu’avait laissés derrière lui le premier visionnage du film, il y a longtemps déjà. Plus tard, ces images en noir et blanc ont ressurgi. «Un jour, la Fondation Rayaumont m’a demandé de travailler sur un opéra pour jeune public. Je me suis alors lancé à la recherche d’un thème et d’une œuvre dotée d’éléments narratifs forts. Par le passé, ma musique s’est souvent appuyée sur des écrits poétiques. Avec ce projet, j’ai eu envie de réaliser autre chose.» Les contes… de Mizoguchi se sont alors imposés, «parce qu’ils sont traversés par un souci de clarté et par une grande force narrative». La suite ressemble, à s’y méprendre, à un procédé de déconstruction, par lequel le compositeur s’est débarrassé de quelques tentations. Celle, par exemple, de tomber dans l’exotisme facile, en transposant littéralement l’univers que décrit à l’écran Mizoguchi. Xavier Dayer a préféré avancer sur un territoire personnel: «Dans mon opéra on ne croise aucune allusion au Japon, ni dans la partition ni dans les instruments convoqués. Tout au plus on trouvera une attention pour l’épure, qui rappelle l’Extrême-Orient, notamment du côté orchestral, qui compte une dizaine de pupitres seulement.»

A la démarche figurative, à la musique narrative, le compositeur a préféré opposer des touches impressionnistes et des atmosphères particulières qui charpentent de bout en bout l’opéra. Au spectateur alors d’en faire l’usage qu’il entend, en partant d’un point éloigné du Japon. «Ce qu’il y a de particulier pour moi dans cette expérience, c’est la durée relativement importante de l’œuvre (une heure et vingt minutes) et la nécessité de conserver pendant ce temps une épure constante, en gardant à la fois la dimension méditative et une tension. Au fond, toutes mes recherches musicales vont dans cette direction.»

Et sur le versant du livret? Il a fallu bien sûr faire l’économie de plusieurs plans présents dans le film, procéder parfois par ellipses tout en préservant la linéarité du récit. Une affaire corsée. «Pour certaines séquences, je me suis inspiré des procédés en vogue dans les comédies musicales, qui empruntent beaucoup aux films, explique Alain Perroux. Dans ce domaine musical, le déroulé scénique avance avec fluidité et n’enlève rien à la richesse des décors.» Alternant scènes longues (de dix à quinze minutes) et petits tableaux, le livret repose sur une langue que l’auteur a voulu placer «sur une ligne médiane, ni trop châtiée ni trop populaire. J’ai eu envie de lui donner une certaine grandeur et une noblesse de l’expression», note Alain Perroux.

Créé une première fois à l’Opéra de Rouen, le spectacle a joui de l’apport de figures incontournable de l’art théâtral, comme celle du scénographe Richard Peduzzi, longtemps complice de Patrice Chéreau. Hélas, cette caution d’envergure n’aura pas suffi à trouver à Genève les moyens pour proposer le même spectacle. Il faudra se contenter alors d’une version concert. Ce qui est regrettable.

«Les contes de la lune vague après la pluie», en version concert, sur une musique de Xavier Dayer et un livret d’Alain Perroux, Victoria Hall, di 29 mars à 17 h. Rens. www.archipel.org

Créé: 27.03.2015, 16h02

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