Un gros livre paraît sur l’homosexualité en Suisse après 1942

HISTORE Le nouveau Code pénal fédéral aplanit alors les différences entre cantons. Il opte face à l’Allemagne nazie pour une décriminalisation. Thierry Delessert a fait des recherches.

L’armée suisse. La grande exception à la tolérance. Photo prétexte.

L’armée suisse. La grande exception à la tolérance. Photo prétexte. Image: DR

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En 1942, la Suisse adopte enfin un Code pénal unifié. Il entre en vigueur dès le 1er janvier. Il aura fallu du temps! Ce fameux code, on en parlait depuis 1918. Sa particularité reste bien sûr d’uniformiser des pratiques cantonales pour le moins différentes.

Ainsi en allait-il, jusque-là, de l’attitude adoptée face à l’homosexualité. Masculine, cela va de soi. Comme ce fut le cas dans l’Angleterre de la reine Victoria, les lesbiennes n’étaient pas prises en compte. Elles se voyaient passées sous un silence voulu pudique. Ou plutôt, elles n’existaient pas.

Genève assez laxiste

Comment était-ce, avant 1942? Certains cantons, pour la plupart alémaniques, voyaient là des actes criminels passibles d’emprisonnement. L’influence germanique jouait à plein. En Suisse romande, on s’inspirait en revanche du Code napoléonien, très laxiste à l’égard de l’homosexualité. Genève protégeait les mineurs de moins de quinze ans. Le Valais ceux en dessous de treize. A part cela faites ce que vous voulez. La censure restait en fait l’opprobre social.

Le Code de 1942 adopte la décriminalisation générale, mais entre adultes consentants. Il intervient pourtant au pire moment. L’Allemagne hitlérienne multiplie alors les triangles roses dans les camps de concentration. Il y aura même en pays alémanique une association homosexuelle tolérée, Der Kreis (Le Cercle), alors unique en Europe. A condition de rester discrète, bien sûr.

Vérité distordue

Une exception, mais de taille. Le Code pénal militaire réprime les rapports sexuels entre membres de l’armée. En Suisse, on ne vit pas comme dans la Sparte antique. C’est sur ces cas litigieux que s’est penché Thierry Delessert pour son gros livre, intitulé «Les homosexuels sont un danger absolu», pour reprendre un anathème conservateur de l’époque. L’universitaire lausannois détaille donc les «affaires». Et il n’y en a pas tant que ça! Quant aux fichiers, ils ont été détruits il y a deux ou trois décennies.

Le lecteur de ce pavé a donc l’impression d’une vérité distordue. On prend l’exception pour énoncer des règles. L’étude se révèle certes honnête et détaillée. Mais rien ne vient raconter la vie de tous les jours. L’ouvrage, qui a donc toute la sécheresse académique, arrive bien trop tard pour cela. C’est dans les années 1980, au moment des premières luttes des gays que l’enquête aurait dû se voir conduite à base d’entretiens avec de vraies gens.

Pratique

«Les homosexuels sont un danger absolu», de Thierry Delessert, aux Editions Antipodes, collection histoire, 400 pages.

(TDG)

Créé: 10.07.2012, 11h12

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