L’Ariana cède à la folie de la porcelaine de Meissen

ExpositionDes collectionneurs suisses ont prêté des pièces du XVIIIe siècle tarabiscotées.

Détail d'une pendule française sur un éléphant en porcelaine de Meissen. Prêt d’un collectionneur privé.Cliquez sur l'image pour l'afficher dans son ensemble.

Détail d'une pendule française sur un éléphant en porcelaine de Meissen. Prêt d’un collectionneur privé.Cliquez sur l'image pour l'afficher dans son ensemble. Image: MUSEE ARIANA

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«Auguste le Fort appelait sa passion pour la porcelaine une maladie. Dans l’intitulé de l’exposition qui commence demain, j’ai préféré le mot folie, dit Isabelle Payot Wunderli, c’est plus positif et cela convient très bien à cet art un peu délirant et à son histoire étonnante.»

La commissaire de «Folies de porcelaine» a rejoint l’équipe du Musée de la céramique et du verre il y a trois ans et demi. Plutôt branchée peinture et sculpture d’époques plus récentes, elle est devenue folle à son tour de la porcelaine de Meissen. Elle a découvert avec ravissement les trésors de la collection permanente de l’Ariana, qui sont nombreux, et ceux prêtés par des collectionneurs privés suisses, visibles jusqu’au 6 septembre à Varembé.

«Ce sont des pièces exceptionnelles que leurs propriétaires chérissent. Elles font partie de leur vie. S’en priver pendant quelques mois est loin d’être évident pour eux, car ils aiment les contempler quotidiennement.»

L’or blanc

La fascination qu’une porcelaine fine, délicatement modelée et peinte, peut éveiller chez l’amateur a traversé les siècles. «Avant la découverte de la recette de la porcelaine en Europe, sa fabrication était l’apanage exclusif des Chinois» rappelle Isabelle Payot Wunderli. «Le prince-électeur de Saxe, Auguste le Fort, aurait tout donné pour connaître ce secret de fabrication jalousement gardé. Il l’obtint grâce à l’alchimiste Johann Friedrich Böttger, qu’il séquestrait dans l’espoir de s’approprier la recette de la pierre philosophale. Ne trouvant rien de semblable, Böttger allait payer cet échec de sa vie, quand un conseiller du prince le dirigea vers le mystère de la porcelaine, qu’il finit par percer en 1708. Le précieux kaolin, véritable or blanc des fabricants de porcelaine, était la clef de ce succès. Auguste le Fort eut enfin en 1710 sa propre manufacture à Meissen, non loin de sa capitale Dresde.»

Le prince électeur Auguste de Saxe vécut jusqu’en 1733. Les splendeurs exposées à l’Ariana datent de l’âge d’or de Meissen, qui se prolonge encore plusieurs années après la mort du fondateur.

L’exposition se prête à un parcours en toute liberté. Les pièces sont très bien mises en valeur par la scénographie de Patricia Abel, qui évite le piège du foisonnement. Aucune ne fait de l’ombre à l’autre, dans le vaste sous-sol de l’Ariana transformé non pas en magasin de porcelaine, mais en faire-valoir d’un art puissamment tarabiscoté. Quant à l’éléphant, il y est quand même, non pas comme une menace contre les fragiles chefs-d’oeuvre, mais pour soutenir telle pendule française alliant le bronze et la porcelaine dans le plus pur style rococo.

«La maîtrise des modeleurs et des décorateurs de Meissen s’affine sous l’impulsion d’artisans de grande qualité comme le peintre Johann Gregorius Hörolodt, le modeleur Joachim Kändler et leurs émules» précise Isabelle Payot Wunderli. «Les thèmes décoratifs concernent d’abord la Chine, qui détenait depuis le VIIIe siècle le secret de la porcelaine. Des scènes assez fantaisistes où la consommation du thé occupe la première place. Par la suite, les décors deviennent d’inspiration européenne. Le savoir-faire des fabricants de Meissen brille dans les figurines représentant des galanteries, singeries et références franc-maçonnes de plus en plus détaillées et élégantes. Les carlins qui figurent sur plusieurs des statuettes exposées sont des allusions à la franc-maçonnerie. Celle-ci ayant été excommuniée par Rome, l’Ordre des Mopses s’y substitua discrètement, «mops» signifiant carlin en allemand.»

Flamboyante folie

Isabelle Payot Wunderli a tenu à montrer le lien entre les décors des porcelaines et les sources d’inspiration artistique de leur époque. «Le Cabinet d’arts graphiques a fourni des gravures anciennes évocatrices des tableaux de Boucher ou Chardin. Ce qu’on y voit se retrouve exactement sur les groupes de porcelaine de Meissen, du pli Watteau de la robe d’une élégante à la tasse de chocolat miniature qu’elle porte à ses lèvres.»

Parmi les huit collections d’où proviennent les pièces exposées, six sont privées et deux appartiennent aux musées historiques de Bâle et de Berne. Venant du privé, le service aux cygnes de la collection genevoise Pierre et Deniz Darier joue les stars, témoin flamboyant de la folie Meissen. L’exposition est dédiée au défunt banquier à l’origine de ce beau projet.

«Folies de porcelaine», jusqu’au 6 septembre au Musée Ariana, www.ariana-geneve.ch

Créé: 06.02.2020, 20h23

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