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Architectes et artistes explorent la frontière

L’équipe genevoise retenue pour réaliser l’exposition du Pavillon suisse a mené un passionnant projet participatif aux confins du pays. Rencontre.

Mounir Ayoub, Vanessa Lacaille, Fabrice Aragno et Pierre Szczepski se sont longuement penchés sur le tracé des frontières suisses.
Mounir Ayoub, Vanessa Lacaille, Fabrice Aragno et Pierre Szczepski se sont longuement penchés sur le tracé des frontières suisses.
ÉQUIPE DU PAVILLON SUISSE 2020 À LA BIENNALE DE VENISE

Elle n’est parfois jalonnée que de quelques bornes, parfois marquée d’un mur infranchissable. Elle peut se trouver au milieu d’un lac, courir sur l’éminence d’une montagne ou traverser une ville. Quelquefois même, l’esprit humain floute simplement son existence. Dotée d’un caractère universel, la frontière s’avère être bien davantage qu’une simple ligne. Elle constitue une zone complexe et fluctuante, souvent dotée d’une épaisseur, et où s’exerce la subjectivité de chacun.

C’est ce vaste thème qu’a choisi d’explorer l’équipe choisie par la fondation pour la culture Pro Helvetia afin de représenter la Suisse à la Biennale d’architecture de Venise. Constitué de Vanessa Lacaille et de Mounir Ayoub, du Laboratoire d’architecture à Genève, ainsi que du cinéaste Fabrice Aragno et de l'artiste Pierre Szczepski, le quatuor – auquel collaborent également l’architecte Noémie Allenbach et l’artiste Annabelle Voisin – réalisera l’exposition du Pavillon helvétique qui s’ouvrira le 23 mai prochain. Il y présentera le fruit de près d’un an de recherches et de rencontres. «Nous souhaitions procéder à une étude expérimentale du territoire de la frontière mêlant art et architecture au moyen de plusieurs médiums, dont la vidéo, la maquette et le dessin», expose Vanessa Lacaille.

Récolter des témoignages

Pour mener à bien son projet, la petite troupe est partie quatre mois sur les routes en camion, dans le but de récolter des témoignages de voisins et d’usagers de ces contours qui définissent la Suisse, dans les quatre régions linguistiques. Une étude préliminaire lui avait permis de déterminer 29 lieux comme particulièrement intéressants, ou rendus singuliers par la topographie, l’histoire, la loi, les infrastructures ou une problématique particulière «en vue d’une lecture constructive du territoire» (lire encadré). À Genève par exemple, les jeunes chercheurs ont choisi l’angle de la mobilité.

La grande originalité de la proposition réside dans la dimension participative et subjective de la démarche. «Nous avons mené des entretiens biographiques avec les habitants, afin de révéler leur vécu de la frontière, détaille Mounir Ayoub. Ensuite, nous les avons aidés à élaborer une maquette mentale de leur représentation du territoire.»

Le produit de la récolte, soit une quarantaine de croquis en trois dimensions réalisés en mousse polystyrène, est désormais abrité dans les locaux que la Ville de Genève a alloués à l’équipe à Châtelaine pour travailler. L’empreinte de ces perceptions personnelles dans l’espace, où les distorsions d’échelle indiquent le ressenti, se révèle passionnante.

Musique et Voie verte

Par exemple, une jeune femme habitant dans l’Ain prend fréquemment le train pour Genève, où elle étudie. Si le trajet est relativement long, la maquette manque paradoxalement de paysage. «Elle écoute de la musique et se concentre peu sur le panorama, explique Pierre Szczepski. Pour elle, la réalité de la frontière est liée au réseau téléphonique: lorsqu’il change, elle ne peut plus envoyer de messages.» Ce n’est qu’au départ et à l’arrivée que des éléments de construction apparaissent – on reconnaît notamment la fresque lumineuse représentant un jaguar et un serpent qui ornent la façade borgne d’un immeuble des Grottes.

Résidant derrière le Salève, une autre dame emprunte la Voie verte à vélo jusqu’à Cornavin, où elle travaille; elle a représenté la montagne, beaucoup d’arbres et la rade avec son Jet d’eau, parce que son parcours la met au cœur de la verdure.

Les chercheurs entament désormais la deuxième phase de leurs travaux, en menant des entretiens avec une dizaine d’experts, dont le préposé à la frontière nationale, un géologue, un juriste ou un anthropologue. Durant cette période, ils s’emploieront aussi à transformer la masse de données collectées en une véritable installation pour l’exposition du Pavillon suisse, sur laquelle ils demeurent discrets. Tout au plus apprend-on qu’elle «mélangera vidéos, images et objets».

Enfin, un troisième épisode débutera au printemps. Pendant le temps de la Biennale, Vanessa, Mounir, Pierre et Fabrice repartiront en tournée avec un pavillon mobile: «Notre but est de revenir vers les gens et les lieux de notre premier voyage, afin de leur restituer la matière qu’ils ont participé à créer.»

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