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Aldo Bakker, la poésie de l’épure

Le designer néerlandais a choisi le Mudac à Lausanne pour dérouler son monde jouant avec les apparences.

Le pot «Pitcher» (2014)
Le pot «Pitcher» (2014)
DR

Impossible de la contourner. L’ambiguïté saisit d’emblée le visiteur, avec cette envie irrépressible de toucher, de suivre cette sensualité faite contour et presque jamais arête, de longer du bout des doigts ces formes, parfois sans nom, mais toujours veinées de références. Sauf que… pièces de musée le temps d’une Pause/Lausanne au Mudac (Musée de design et des arts appliqués contemporains), ces verseurs, ces salières, ces calices, ces meubles, bref, ces tentateurs se refusent à toute caresse.

J’aimerais que ces pièces fassent sens pour toujours

De l’art? De l’utilitaire ordinaire? Même leur créateur, Aldo Bakker, assume ses propres contradictions face à ses flacons qui font parler la forme avant la fonction: «J’ai toujours été attiré par l’art, mais au final, ce qui m’en détourne, c’est le côté artificiel. En même temps, là, je mets des gants pour les manipuler.»

Poésie des formes

Au fil de cette histoire d’un trouble permanent dans des espaces totalement transcendés par le designer néerlandais, cette dualité s’installe. Eloquente et souveraine. Parfois, les créatures donnent quelques indices du geste qui les fera s’animer – remplir, verser, s’asseoir, assaisonner. Parfois, elles se défilent, neutralisées par un titre comme… Objet. Un récipient? Une boîte à mystères? La matérialisation de l’inutilité? Nul doute que l’auteur fera valoir la seule envie de créer devenue réalité.

Les références sont là, libérées par chacune des pièces. Il y a ce silence, le même que celui posant l’esthétique de la forme dans les natures mortes de Giorgio Morandi. Il y a ce sens de la permanence identique à celui habitant les sculptures de Brancusi. Mais Aldo Bakker s’est avant tout constitué une banque d’images avec son regard éveillé à la poésie des formes. «Les images, c’est ce qui me fait avancer, glisse-t-il. Je regarde tout le temps dehors, en voyage ou pas, je regarde les contours et les géométries pour les capturer. Mais attention, je ne les vole pas, je ne fais que les capturer. Et ces formes, je les ai toujours avec moi, en attendant que l’une d’elles choisisse son heure pour sortir. C’est là que je commence à dessiner, alors impatient.»

L’ADN du design acquis – ses parents étaient à l’avant-garde de la création de bijoux – Aldo Bakker a osé le choix radical de ne pas passer par les écoles pour n’écouter que sa voix intérieure. Depuis, le quadragénaire a travaillé pour Vuitton, Dior, Sèvres, Swarovski. Mais pour qui œuvre avec le temps comme une composante essentielle, le besoin de le prendre pour se remémorer est devenu impératif. Alors, il y a eu Pause au Centre d’innovation et de design en Belgique, précédant Pause/Lausanne au Mudac. «J’avais besoin de voir ce que j’avais fait pour, explique-t-il, l’appréhender comme un ensemble.» Le tout, depuis les premières créations jusqu’à la dernière version d’une table, raconte l’histoire du temps avec… une nuance.

Le temps de la réflexion

Les pièces du Néerlandais sont silence! Déliées d’appartenances strictes, affranchies des modes, elles ne courent pas après leur temps mais s’inscrivent dans une notion de durée. Aldo Bakker est dans ce même tempo, avouant avoir le temps comme allié de ses créations, qu’il le remonte en choisissant l’historique étain pour réaliser une chope ou qu’il compose avec ses effets modifiant la tonalité d’une laque.

Ce temps, c’est encore celui de la réflexion. Le designer crée et recrée plusieurs fois le même objet, comme pour lui offrir plusieurs vies ou pour assurer cette envie existentielle de résister au temps! «J’aimerais beaucoup que ces pièces fassent sens pour toujours, j’aime l’idée qu’elles vivent à côté de moi, mais surtout qu’elles vont me survivre.»

«Pause/Lausanne» Aldo Bakker, Musée de design et d’arts appliqués contemporains (Mudac), Lausanne, jusqu’au 30 avril. Infos sur www.mudac.ch

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