Le photographe Marcel Imsand est décédé

Suisse Artisan humble et discret, grand portraitiste, le célèbre photographe s'est éteint samedi à Lausanne, à l'âge de 88 ans.

Marcel Imsand laisse quelque 50 livres derrière lui. (Dimanche 12 novembre 2017)

Marcel Imsand laisse quelque 50 livres derrière lui. (Dimanche 12 novembre 2017) Image: Archive/Keystone

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Le photographe gruérien Marcel Imsand est décédé samedi à Lausanne à l'âge de 88 ans. Il laisse le souvenir d'un grand artiste resté humble, simple et discret.

Il était «pour moi un aussi bon papa qu'il était un grand photographe», raconte dimanche à l'ats sa fille Marie José Imsand Popescu. «Il avait cette capacité à s'approcher des autres. Des plus pauvres aux plus riches. Il savait se faire petit, discret», poursuit-elle.

Le décès de Marcel Imsand intervient peu après la mort de sa femme en septembre. Il s'est alors laissé mourir. «Il avait envie de la rejoindre», ajoute sa fille.

Près de 80 livres

Grand photographe, portraitiste et poète de la lumière, Marcel Imsand pratiquait le reportage social et journalistique. Il a participé à quelque 80 livres, deux pérennisent la Fête des Vignerons.

Homme intègre, patient et discret, cet artisan avait le regard du coeur. Lors d'un entretien avec l'ats, il avait confié: «Je me suis toujours senti un homme dans la vie et non un photographe dans la vie».

Maître dans son art, cet observateur ne truquait pas ses photos,n'usait d'aucun flash. Il se passionnait autant pour la prise de vue que pour les pour les travaux de laboratoire.

Rencontre avec des grands

Autodidacte, Marcel Imsand avait su convaincre par la force de son talent. Et rencontré des grands noms. Photographe officiel du Théâtre de Beaulieu à Lausanne, photographe pour le Comité international olympique, il avait immortalisé Nina Simone, Jacques Brel, Cindy Crawford ou encore Barbara.

De sa rencontre avec la chanteuse française était née une profonde amitié. «Ils étaient très proches. Elle se sentait soutenue par sa présence», se souvient son ami Bertil Galland, éditeur, journaliste et écrivain vaudois.

«Il avait aussi tissé des liens étroits avec le chorégraphe et danseur Maurice Béjart». Proche, il l'était également de Léonard Gianadda et avait photographié plusieurs des oeuvres de sa fondation.

Tous ces anonymes

Mais Marcel Imsand était aussi le photographe des anonymes. Dès 1970, il réalise chaque jour un instantané saisi dans le quotidien de Romands. Un instantané qui sera publié dans la Feuille d?avis de Lausanne. Le Sillon Romand, devenu Terre et Nature, poursuivra l'exercice à raison d'une photographie hebdomadaire.

Trois livres majeurs

Trois ouvrages-clé témoignent de sa capacité à s'approcher des gens: «Paul et Clémence», «Luigi le berger» et «Les frères».

Des clichés en noir et blanc qui relatent le quotidien hors du temps d'un homme et de sa servante, de jumeaux fantasques dans une ferme fribourgeoise et d'un berger nomade et isolé. «Il avait un profond respect pour les gens solitaires et marginaux», se remémore avec tendresse Bertil Galland.

Autodidacte

Fils d'ouvrier et d'une employée de chocolaterie, Marcel Imsand est né le 15 septembre 1929 à Pringy (FR). Il quitte sa famille pour livrer le pain dans le canton de Vaud puis effectue un apprentissage de mécanicien de précision à St-Aubin (NE) et exerce sa profession dans divers ateliers.

A 35 ans, marié, père de trois enfants, il prend le risque de vivre de la photographie et s'établit au coeur de Lausanne. «Mon père avait remercié ma mère car avec personne d'autre il n'aurait osé se lancer en indépendant. Elle était très sensible à la beauté et l'a toujours soutenu», raconte leur fille Marie José Imsand Popescu, artiste et auteure.

Son fils Jean-Pascal avait suivi ses traces. Il s'est faitrapidement un prénom, notamment grâce à des photo-montagessurréalistes et ténébreux. Au printemps 1994, cet espoir de laphotographie suisse choisit de s'ôter la vie.

Hommages nourris

A l'annonce de la disparition de Marcel Imsand, les témoignages de tristesse et d'hommage sont nombreux. Pour la directrice du Musée de l'Elysée à Lausanne, Tatyana Franck, «c'est une des figures majeures de la scène photographique suisse qui s'en va».

Sur les réseaux sociaux, la conseillère d'Etat vaudoise en charge de la culture Cesla Amarelle écrit que l'homme «incarnera à jamais l'authenticité et la force de la photographie sociale et humaniste». Pour Nicolas Bideau, directeur de Présence suisse, «c?est Lausanne qui devient orpheline de sa mémoire. Tristesse». (ats/nxp)

Créé: 12.11.2017, 12h15

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