Guillaume Chenevière raconte «Rousseau, Une histoire genevoise»

LIVRE L’homme se fait historien Il montre la manière dont Rousseau, influencé par les idées républicaines, est devenu après 1760 le moteur des révolutions locales.

Guillaume Chenevière fut on le sait homme de théâtre, puis de télévision.

Guillaume Chenevière fut on le sait homme de théâtre, puis de télévision. Image: Eric Aldag

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Le XVIIIe siècle genevois, qui vit naître Rousseau en 1712 à l’actuel 40, Grand-Rue, fut on le sait d’une agitation politique extrême. Jean-Jacques a donc vu le jour au bon endroit et au bon moment. L’homme eut été différent ailleurs. Le «citoyen de Genève» en constitue le parfait produit. Et, en bonne logique, ses essais sur l’éducation ou le contrat social y ont trouvé un écho plus direct qu’ailleurs.

Sur cette base, Guillaume Chenevière a donc pu écrire un énorme livre intitulé, «Rousseau, Une histoire genevoise». Si le nombre de pages, 413, peut encore sembler normal, l’interligne adopté par l’éditeur se révèle en revanche exceptionnel. Chaque page de cet ouvrage paru chez Labor et Fides en prendrait deux dans un roman ordinaire de Flammarion ou de Grasset.

Une histoire de famille

Chenevière, qui descend de deux des vedettes de la Révolution genevoise, le chansonnier et le major, fait partir son ouvrage en 1696. Il met ainsi en vedette un méconnu, François Delachana. L’homme deviendra ensuite le moteur de ce qui est resté dans les annales comme «l’affaire Pierre Fatio» en 1707. Jusque dans les années 1790, les revendications resteront en fait les mêmes. Genève est dirigée, sans base légale, par une oligarchie de nantis locaux. Elle se maintient au pouvoir par cooptation. Or le pouvoir appartient sinon au peuple entier, du moins au Conseil général.

On sait ce qui s’en suivra. Un coup de pétard en 1707. Des troubles sérieux dans les années 1730. L’affaire Rousseau en 1762. Les révolutions de 1782, de 1792 et enfin de 1794. L’énumération se limite aux dates essentielles. Dans cette cité prospère, instruite, mais dominée par la France dans la mesure où le patriciat compte sur elle pour dompter les autres classes sociales, tout bouge sans cesse. Quand il n’y a pas explosion dans la République, le feu couve sous la cendre.

Un silence gêné

La grande nouveauté, à partir des années 1750, c’est que le Genevois, qui refera une dernière fois surface dans sa ville natale en 1754, devient le moteur de la contestation. On le lit avec émerveillement. Il supplante Calvin, voire Voltaire, dans les bibliothèques alors formées par des gens étonnamment modestes. «Rousseau n’a rien inventé, mais il a tout enflammé», dira plus tard Germaine de Staël, qui savait aussi jouer les pétroleuses.

L’ouvrage reste plus ou moins chronologique. Guillaume Chenevière a beaucoup lu. Sa bibliographie (qui aurait eu intérêt à se voir assortie d’un index des noms cités…) le prouve. L’argumentation choisit clairement son camp. De méchants aristocrates oppressent de gentils artisans. L’aventure populaire, accélérée en 1792 et 1794, se terminera en 1798, lors de l’annexion française. Suit un silence gêné, dicté par une opinion réactionnaire. C’est pourquoi cette histoire chaleureuse a laissé peu de traces.

Pire encore, à suivre l’auteur. On lui en a substitué une autre. Rejeté sous l’Empire et la Restauration, Rousseau aura de la peine à s’épanouir, même dans le régime radical d’après 1846. L’Esprit de Genève, pour Guillaume Chenevière, reste celui de ses banquiers. Une des expressions les moins démocratiques serait la création du Comité de la Croix-Rouge dans les années 1860.

Un sentiment enfoui

«Le côté sombre de l’esprit genevois, qu’on attribue à l’influence calviniste, reflète plutôt la défaite historique, enfouie dans la conscience collective, de la démocratie participative genevoise du XVIIIe siècle (à partir en fait de 1794, NDLR) et de ses hautes aspirations morales magnifiées par Rousseau.» Bigre!

Notons au passage que Guillaume Chenevière épouse les idées de Rousseau jusque dans son abhorration du théâtre. Il a pourtant dirigé celui de Carouge. C’était, il est vrai, à une autre époque.

Pratique

«Rousseau, Une histoire genevoise», de Guillaume Chenevière, aux Editions Labor et Fides, 413 pages.

(TDG)

Créé: 12.03.2012, 10h28

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