Audre Lorde (1934-1992)

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Audre Lorde, à gauche.

Audre Lorde, à gauche. Image: DR

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Audrey Geraldine Lorde se définissait comme «Noire, lesbienne, féministe, mère, guerrière et poétesse». Troisième et dernière fille de parents agents immobiliers précarisés et immigrés de la Barbade et de Grenade, elle grandit à Harlem et se met à la poésie vers l’âge de 12 ans. Durant les années 60, Lorde, féministe et pacifiste, est libraire et prend une part active dans les mouvements pour les droits civiques. À cette époque, sa poésie paraît dans des revues afro-américaines ainsi qu’au sein d’anthologies telles que «The Black Woman», éditée par Toni Cade Bambara et publiée en 1970.

C’est néanmoins à partir de 1976, et son recueil de poèmes «Coal», que Lorde obtient une reconnaissance littéraire, renforcée deux ans plus tard avec le recueil «The Black Unicorn». Entre 1970 et 1980, alors qu’elle est professeure d’anglais à la City University of New York, elle se mobilise pour la mise en place d’un département d’études noires. En 1980, elle participe à la fondation de la maison de presse Kitchen Table: Women of Color Press, aux côtés de Barbara Smith et de Cherie Moraga.

Inspiration pour la lutte antiraciste

La même année, elle publie «The Cancer Journals», œuvre basée sur son combat contre cette maladie qui la contraindra à subir une mastectomie radicale. Son recueil «Sister Outsider: Essays and Speeches», publié en 1984 et qui sera traduit en plusieurs langues, servira d’inspiration à des femmes à travers le monde investies dans la lutte antiraciste, féministe et lesbienne.

Dans les années 80, Audre Lorde effectue plusieurs voyages en Europe, principalement à Berlin, mais aussi aux Pays-Bas, en Grande-Bretagne et en Suisse, où elle contribue à la politisation et la mobilisation de femmes racisées, de même qu’à la conscientisation de féministes et lesbiennes blanches. À travers ses textes, ses lectures et ses rencontres, elle véhicule ses idées sur la nécessité de reconnaître les différences sociales entre individus, ainsi que sur les forces du langage, de la colère, de la solidarité et de l’érotisme.

En 1984, elle séjourne à Bâle pour faire suivre une rechute de cancer puis donne une série de lectures entre 1986 et 1988 à la Paulus-Akademie de Zurich. C’est dans le cadre de ces lectures qu’elle rencontre et inspire Zeedah Meiherhofer-Mangeli et Carmel Fröhlicher-Stines, deux femmes afrodescendantes qui créent l’association suisse Women of Black Heritage en 1988, puis le Centre de ressources pour femmes noires, à Zurich, au début des années 90.

C’est également à cette époque que Lorde est invitée à Genève par Rina Nissim, spécialiste en santé des femmes et fondatrice de la maison d’édition Mamamélis qui traduira et diffusera, dès la fin des années 90, l’œuvre de la poétesse dans le monde francophone.

Mobilisation contre l'apartheid

L’Europe n’est pas la seule destination de Lorde. Elle voyage et réseaute également aux Caraïbes, en Australie, en Nouvelle-Zélande et en Afrique. Elle se mobilise par ailleurs contre l’apartheid en Afrique du Sud, notamment par la mise en place de l’association Sisterhood in Support of Sisters (SISA).

En 1992, Audre Lorde meurt d’un cancer du foie aux îles Vierges, où elle résidait avec sa partenaire, Gloria Joseph. Durant sa vie, elle aura obtenu de multiples prix, dont l’American Library Association Gay Caucus Book of the Year en 1981 pour «The Cancer Journals», le Lauréat de poésie de l’État de New York en 1991, ainsi que le Bill Whitehead Award for Lifetime Achievement en 1992.

Les rues au féminin: https://100elles.ch

Créé: 17.08.2019, 17h09

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