Dans «Les neiges de Damas», Aude Seigne narre le désir inassouvi

LittératureL'auteure genevoise signe un deuxième roman, dans lequel elle explore origine de la civilisation et malaise personnel.

La Genevoise Aude Seigne signe un deuxième roman avec «Les neiges de Damas». Image: STEEVE IUNCKER-GOMEZ

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Aude Seigne, oiseau rare de la littérature romande, découverte en 2011 avec le Prix Bouvier pour ses Chroniques de l’Occident nomade, n’est décidément pas un mouton. La Genevoise, qui publie à l’aube de ses 30 ans un deuxième roman, nous le prouve dans Les neiges de Damas. Ce récit autofictionnel nous entraîne en Syrie avec Alice — parfait double d’Aude Seigne — une étudiante en civilisation de la Mésopotamie partie en 2007 en fouilles archéologiques. «Alice a toujours aimé ce qui est incongru, nouveau, indépendant, elle aime ce qui se distingue», lit-on. Allergique au mainstream, Alice est fière d’être la seule étudiante de sa volée. Elle préfère les Mèdes aux Perses, «trop célèbres à son goût», fascinée par la plus ancienne écriture du monde, le cunéiforme.

Ticket de caisse millénaire

Un beau jour, le doctorant parti à Damas avec Alice et leur professeur arrache des mains de l’étudiante une tablette d’argile qu’elle s’apprêtait à ranger avec les autres: il ne s’agit pas d’une énième inscription en sumérien indiquant «un mouton acheté à untel». Cette fois, le «ticket de caisse» vieux de près de quatre mille ans indique «un oiseau acheté à Oubaram». Or si le commerce de moutons est commun en 1770 avant J.-C., celui des volatiles ne l’est pas. Acheter un oiseau rare pour la beauté de son plumage est le signe d’une civilisation raffinée… «Ce fameux Oubaram aurait pu faire partie d'une de ces mystérieuses corporations d'oiseleurs, nous explique Aude Seigne au téléphone depuis la Finlande, où elle passe ses vacances. Quand j’ai eu cette tablette dans les mains, je n’avais encore jamais fait de cours de sumérien. J’étais encore en bachelor et n’avais étudié que les six dialectes de l’akkadien. Mon rôle était plutôt de préparer les tablettes, d’en enlever la poussière…»

Aussi anecdotique soit-elle, la découverte de cette tablette permet à l’auteure de passer d’une époque et d’un genre à l’autre dans le récit. On est tantôt dans la  fiction avec Oubaram au XVIIIe siècle avant J.-C., tantôt avec Aude-Alice dans les années 2000. Cette dernière est aux prises avec un vertige existentiel difficile à cerner: «J’étais condamnée à être heureuse à Damas», analyse l’auteure-narratrice, évoquant tour à tour le plaisir de marcher dans les rues d’une ville en paix où personne n’aurait pu présager qu’une guerre éclaterait sous peu et le «malaise» d’être passée à côté de quelque chose. Affrontant une déprime qui n’est jamais nommée, la jeune Alice laisse des plumes dans ce voyage.

Au calme pour écrire

Ecrire l’insatisfaction, le désir inassouvi de quelque chose que l’on ignore encore, est-ce un exercice ardu? «Ce livre a effectivement été beaucoup plus difficile à rédiger, témoigne Aude Seigne. Mais pas en raison de la part personnelle. La structure était plus élaborée. Il a aussi fallu que l’enthousiasme autour des Chroniques retombe pour que je retrouve un rythme calme pour pouvoir écrire.»

Si Les neiges de Damas est original par sa forme hybride mêlant autofiction, récit et analyse, le tout porté par une belle plume, on peut aussi se lasser d’un récit qui cherche constamment son sujet et tourne finalement en rond.

«Les neiges de Damas», d’Aude Seigne, Ed. Zoé, 189 p. (TDG)

Créé: 13.01.2015, 18h10

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