Attaque de zombies à Balexert

ReportageSamedi après les courses, cadavres et survivants se sont poursuivis dans les couloirs du centre commercial. Des rires, des frayeurs: une réussite du festival Antigel.

Comme un petit air de «Dawn of the dead» samedi soir, dans le centre commercial de Balexert.

Comme un petit air de «Dawn of the dead» samedi soir, dans le centre commercial de Balexert. Image: PIERRE ALBOUY

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«Vite, il y en a un qui arrive!» Cris, bruits de course. Lampes sur le front, un groupe de survivants tente de s’échapper, consulte fébrilement le plan du site, immense, sur deux niveaux. Pénombre, fumigènes, stroboscopes: le hall de Balexert, les couloirs du centre commercial, tout baigne dans une ambiance de fin du monde. Une musique inquiétante résonne dans l’édifice, évoquant les battements du cœur qui accélèrent. Encore des cris. Il faudra bien aller voir. Mais dans l’immédiat, prenons nos jambes à notre cou! Par ici, la voie semble libre. On avance. Cul-de-sac! «Viens, viens!» Trop tard, le piège se referme, les zombies sont là. Démarche lente, gestes désarticulés, les visages couverts de plaies, la bouche ouverte émettant de lugubres gargouillis. «Heeeiiiiaaaarrrr...» Pitié, je ne suis qu'un aimable journaliste.

Photo: PIERRE ALBOUY

Hommage à Romero

Des morts-vivants à Balexert: il fallait oser. La proposition émane d’Antigel, qui a rameuté la foule samedi. En soirée, on a vu des dizaines de visiteurs se rendre à l'entrée du centre: 75 personnes toutes les demi-heures se lanceront dans ce terrain de jeu inédit. Il s’agit d’une course d'orientation, il faut retrouver dix balises, résoudre deux énigmes, dans un temps imparti de 45 minutes. En tâchant de ne perdre aucune «vie», ces deux rubans accrochés à la ceinture, que les zombies auront un malin plaisir à attraper.

Photo: PIERRE ALBOUY

Dans un sas, les visiteurs, alias les «survivants», trépignent d'impatience. Beaucoup d’habitués du festival, friands de ces «made in» immersifs. Des esprits emballés par la perspective ludique qui s’offre à eux. Comme un jeu de rôle géant. Ainsi encore de ces autres participants qui, eux, ont opté pour le masque effrayant des créatures en décomposition: 35 par vagues de deux heures. Plus deux troupes de comédiens en renfort, CIA et 3G, venus de France voisine, costumés en loubards avec blousons, casques et masques à gaz.

Préparation des zombies. Photo: PIERRE ALBOUY

Courir le zombie: ce concept est à la mode depuis une dizaine d’années. Nombre de participants croisés samedi s’y sont déjà frottés, notamment dans le cadre du Printemps Carougeois en 2012: «Une expérience intense», confie ce trio de quadragénaires. Christelle, Alba et Jean-Pierre ont été maquillés en un temps record par une équipe rodée à cet exercice. Les vêtements déchirés, boueux, le visage parcouru de plaies béantes, pas de doute sur leur identité: «Frais sortis de terre ce matin. On a été survivants. Cette fois, on voulait faire peur. C’est un challenge.» Aussi difficile que de faire rire, d’ailleurs. Ce qu’explique Paul, de la société Argémie, de Lyon, spécialisée dans ce type d’événements, mandatée par Antigel: «La figure du zombie mêle l’horrifique et le ridicule. C’est de la culture populaire.» Cinématographique il va sans dire. Une pensée pour George A. Romero, disparu en 2017, dont le film «Zombie», en 1978, se déroulait dans un centre commercial. Chez Romero, la critique du consumérisme était de mise. Pour Argémie? «C'est la première fois qu’on visite un tel lieu. D’habitude, on investit des bâtiments désaffectés - un immeuble de bureaux, une base militaire. C’est l’occasion de découvrir des sites particuliers.»

Mortelle condition

On cause tant qu’on oublierait les vivants. Comment vont-ils? «Bien sûr que j'ai peur! Une autre question?» Morgane, Romane et Louis sont biologistes à la ville. Férus de science-fiction, dit l’un à propos de l'autre. «Beaucoup trop d’ailleurs!» «C'est pas la pleine lune?» s’inquiète l’un. «Tu verras comment les instincts les plus cachés se révèlent lorsqu'il s'agit de survivre...» De vrais scientifiques. Qui font écho aux blouses blanches, complètement farfelues celles-là, cachées à l'intérieur... Avec les premiers, en attendant le coup d’envoi, on discute parasitologie, maladie tropicale. Leurs voisins ont jugé bon de porter des masques sanitaires. Le coronavirus est dans l’air du temps. La saga des morts-vivants décérébrés vient à point dans l’actualité, suscitant bons mots et autres pensées spirituelles à l’endroit de notre mortelle condition.

Photo: PIERRE ALBOUY

Mais il est tard. Loin, les bavardages. Essoufflés, le rouge aux joues - ou serait du sang? - les survivants retrouvent enfin la sortie. Balexert, énorme bâtisse en bordure du monde urbain. Balexert dans la lumière blafarde. Mais non! on a déjà quitté le jeu! Il est des paysages qui suggèrent rêve ou cauchemar. Celui-là constituait un morceau de premier choix.

Créé: 09.02.2020, 20h04

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