L’assassin massacré

CritiqueEn directeur des lieux, metteur en scène et rôle-titre, Valentin Rossier livre à l'Orangerie sa version de «Macbeth». Un fiasco qui donne raison à Shakespeare.

Dans sa suite de Hilton ou de Sofitel, le Macbeth de Valentin Rossier (cajolé ici par sa Claire Bodson de Lady) a soif de scotch autant que de sang.

Dans sa suite de Hilton ou de Sofitel, le Macbeth de Valentin Rossier (cajolé ici par sa Claire Bodson de Lady) a soif de scotch autant que de sang. Image: Marc Vanappelghem

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L’oracle mène droit au chaos. Défier la linéaire succession des jours, c’est l’assurance d’une perdition. En filigrane, sous les thèmes de l’ambition, de la folie meurtrière ou de la culpabilité dévorante que le seul nom de Macbeth évoque, l’inviolable loi du temps s’inscrit au cœur de la tragédie ciselée en 1605 par William Shakespeare. L’anticipation du futur tuerait le présent, occulterait le passé – n’en déplaise au lecteur d’horoscopes. «Demain, et puis demain, et puis demain» ne s’aborde que pas à pas, après hier et aujourd’hui. Le crime du tyran consiste précisément à ne pas se soumettre à cette cosmique ordonnance.

Quoiqu’un fiasco, la lecture du monument par Valentin Rossier dans son royaume de l’Orangerie – qui avait, en 2013, vu interner Hamlet chez les fous – accrédite la leçon de sagesse: attendant trop de la nouvelle création de l’Helvetic Shakespeare Company, le public est déçu. La prophétie se retourne contre son bénéficiaire. Tout comme les prédictions des trois sorcières shakespeariennes à l’endroit du régicide Macbeth (Rossier), «l’homme qui a tué le sommeil» en vue d’accéder au trône d’Ecosse, ont valu au serial killer de finir assassiné, mortellement aveuglé par ses illusions.

Doublement massacré. Car au parc La Grange, la mise en scène prête main-forte à la fatalité. Transporter le tyran et sa suite dans un Sofitel promu siège du pouvoir contemporain? Inonder les hantises de l’antihéros sous des flots de scotch? Actionner à tout va les portes automatiques d’un ascenseur indistinctement social, psychologique ou moral? Sexuer à outrance les rôles féminins tout en ménageant des travestissements ici et là? Pourquoi pas. Mais servir ces propositions sans justification ni intention organisatrices, dans un sempiternel râle neurasthénique qu’alourdissent les redondances d’un jeu tautologique, voilà qui laisse dans la bouche un goût amer d’inachevé. Rossier et son équipe sont allés trop vite en besogne. Ils se sont projetés rois sans prendre le temps de mûrir leur Macbeth.

Macbeth Théâtre de l’Orangerie, jusqu’au 16 juillet, 022 700 93 63, www.theatreorangerie.ch (TDG)

Créé: 29.06.2017, 18h35

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