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Arturo Brachetti : «Je suis devenu diplômé en aspirateur!»

Il aurait dû se produire à Genève et Lausanne récemment. Le coronavirus a contraint le maestro de l’illusion à renoncer à tous ses spectacles. Depuis son domicile turinois, il explique comment il vit le confinement.

Arturo Brachetti chez lui, à Turin. L’artiste italien observe un confinement strict.
Arturo Brachetti chez lui, à Turin. L’artiste italien observe un confinement strict.
PAOLO RANZANI

Son précédent spectacle s’intitulait «Che sorpresa!» («Quelle surprise!») C’est pourtant bien avec «Solo», son actuel one-man-show, qu’Arturo Brachetti a connu le plus grand étonnement de sa carrière. Alors qu’il se produisait à Palerme début mars, le directeur du Teatro al Massimo lui a expliqué qu’il se voyait forcé de fermer avec effet immédiat. Plus question de jouer au moment où le coronavirus frappait l’Italie de plein fouet. Dans la foulée, tous les contrats du maestro de l’illusion ont été annulés. La plupart des dates agendées se voient reportées à des jours meilleurs, à l’image des séances prévues récemment à Genève (Théâtre du Léman) et Lausanne (Salle Métropole), repoussées en janvier 2021. De retour chez lui à Turin, le célèbre artiste transalpin âgé de 62 ans observe désormais un confinement strict. Contraint à l’immobilité, le maître du mouvement demeure pourtant serein. Coup de fil.

«Quand je ne joue pas, je m’emmerde», disiez-vous dans une interview en 2018. Comment vivez-vous cette période surréaliste?

J’avais vraiment peur de ce sentiment d’ennui. Je passe ma vie en voyage, dans les avions, en voiture, à lutter contre le temps. Dans mon spectacle, c’est pareil. Je ne dispose que de deux ou trois secondes pour changer de costumes, tout doit se se passer ultra-rapidement. Là, c’est le contraire. J’ai du temps à perdre, je peux m’organiser calmement. Et vous savez quoi? Je trouve ça franchement très agréable.

Pas de sentiment de frustration, d’énervement ou d'angoisse?

Pour le moment, non. La journée, j’effectue des petits travaux, notamment des fleurs en papier, à la main, des sortes d’origamis. J’en ai besoin dans mon spectacle, il m’en faut 200. Alors au lieu de déléguer ces tâches à d’autres personnes, je m’en charge moi-même. J’ai aussi découvert les joies du nettoyage. En l’absence de ma femme de ménage, je suis presque devenu diplômé en aspirateur!

Les soirées que vous passiez sur scène ne vous paraissent pas trop longues?

Je regarde des séries sur Netflix. J’aime bien partager ça avec des amis. D’une manière générale, j'accorde une plus grande place aux conversations. Souvent, en temps normal, on n’a pas réellement le temps d’échanger. Désormais, par téléphone ou en vidéo, je parle beaucoup plus avec ma mère, mes frères, mes copains. Mon neveu m’a raconté qu’il avait passé récemment une soirée à danser avec ses potes jusqu’à deux heures du matin. Mais chacun chez lui, dans sa maison ou dans son appartement, avec la musique diffusée comme pour une conférence téléphonique. On s’organise. Et finalement, le temps passe plus vite qu’on l’imagine.

Votre appartement est bourré de passages secrets et de miroirs qui parlent. Cela vous permet de vous évader un peu?

Oui, d’autant que je me suis organisé un parcours de footing sur les deux étages que j’occupe. En ouvrant toutes les portes, je peux courir environ 200 mètres. Une boucle à répéter jusqu’à ce que je m'essoufle. L’important, c’est de bouger. Outre la course dans la maison, je suis des cours de gym virtuel avec un coach. Depuis chez lui, il me donne ses instructions via Skype ou une autre plate-forme.

Je sais qu’ordinairement, vous rendez volontiers déguisé dans certains commerces. Impossible désormais....

J’avais envie de sortir déguisé en prêtre, en imaginant bien que la police n’allait pas arrêter un homme d’église pour lui demander où il allait. Mais j’ai renoncé en pensant que cela n’allait pas être très apprécié. Quand je sors de chez moi, je mets un masque sur lequel j’ai dessiné un grand sourire. Le masque, ce n’est pas pour éviter d’attraper le virus, mais plutôt pour ne pas contaminer les autres au cas où je serais positif. En ce moment et depuis quelques mois, j’ai une petite toux provoquée par un reflux gastrique. Actuellement, dès que tu tousses, les gens te regardent bizarrement. C’est mieux de porter un masque.

Avez-vous effectué un test médical?

Non. Ici, il y a assez peu de matériel de test, et ce dernier est destiné en priorité aux gens qui en ont vraiment besoin. En plus, tu peux le faire un jour et te retrouver contaminé le surlendemain. Personnellement, quand je sors pour faire des courses, je mets des gants en plastique afin de ne pas toucher directement les objets. Quand je rentre du supermarché, je passe les objets avec un chiffon et un désinfectant avant de les ouvrir. Quand on commence à prendre ce genre de précautions, on a l’impression de se trouver dans un film de science-fiction, au milieu d’une guerre bactériologique. Mais après on s’habitue.

Des bons côtés à cette situation exceptionnelle?

Dans la rue, le bruit permanent a disparu. Corollaire, la pollution automobile a diminué. J’ai vu des photos par satellite: le Nord de l’Italie est beaucoup plus propre qu’avant la crise. L’apathie générale me rappelle l’époque de mon enfance. J'habitais déjà Turin. Dans les années 60, c’était une ville terne, sans fantaisie. On allait au cinéma une fois par année. Cela poussait le môme que j’étais à utiliser son imagination pour sortir de cette grisaille. C’est un peu pareil maintenant.

Pour garder en main votre spectacle, vous astreignez-vous à un entraînement quotidien?

Chaque année, je m’arrête durant l’été. Pour ne pas l’oublier, je me repasse de temps en temps à voix haute le texte du spectacle, en français, en anglais ou en italien. Pour certains numéros d’ombres chinoises, ou d’autres durant lesquels je dessine avec du sable, je dois entraîner mes mains. Cela, je peux le faire seul chez moi. Il faut aussi rester en bonne forme physique. A défaut de me rendre trois fois par semaine au fitness, je suis donc des cours de gym avec un coach, par internet.

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