La Genève de 1850 revit grâce à la réalité virtuelle

InnovationCoproduite par la Fondation Artanim et le Musée d'art et d'histoire, une fascinante expérience immersive est proposée jusqu'au 14 juillet à la Maison Tavel.

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Parcourir, en tenue d’époque, la Cité de Calvin telle qu’elle était il y a près de deux siècles alors que grondaient les canons, voilà la formidable aventure qu’offre «Genève 1850. Un voyage révolutionnaire». Coproduite par la Fondation Artanim et le Musée d’art et d’histoire (MAH), cette expérience de réalité virtuelle catapulte le spectateur en l’an 1846, tandis que le radical James Fazy fomente la révolution qui changera à jamais le visage de la ville. Rendu possible grâce à l’opération de numérisation puis de modélisation du Relief Magnin réalisée en 2017, ce projet immersif est à découvrir à la Maison Tavel jusqu’au 14 juillet.

Comme toute expédition, l’entreprise nécessite un brin de préparation. S’effectuant par groupes de quatre et sur réservation, le périple dure une quinzaine de minutes et se vit au deuxième sous-sol du musée. Après avoir choisi son avatar – Rose et son élégante redingote mauve, par exemple – chaque utilisateur se voit harnaché d’un casque de réalité virtuelle, d’un sac à dos contenant un PC embarqué ainsi que de capteurs de mouvements aux poignets et aux pieds. Cet équipement lui permet de voir son propre corps et de se déplacer dans un environnement de synthèse.

Dans la cité couve la révolte

Une fois la porte passée, changement d’époque. Les participants, désormais vêtus de leurs atours XIXe, se retrouvent en haut du Salève. Sous un soleil radieux, Genève apparaît au loin, splendide mais minuscule en comparaison de ce que l’on connaît aujourd’hui. Le cocher invite le groupe à prendre place dans la diligence qui le mènera à la porte de Rive. Le véhicule s’ébranle et tout en étant secoué par de véritables cahots, on apprend que dans la cité couve la révolte, conduite par un certain James Fazy.

De la calèche, on aperçoit du bétail qui patiente à l’entrée de la ville – ça sent d’ailleurs indubitablement le crottin! – puis des artisans travaillant le long des trottoirs; au Bourg-de-Four, un homme en béquilles monte les marches du Palais de justice, encore Hôpital général, et une poignée de jeunes femmes s’affaire à la fontaine. En se penchant à la fenêtre, on observe la croupe des chevaux, les bâtiments, les arbres, comme si on y était. Le réalisme est absolument saisissant.

Le quatuor de visiteurs est débarqué au «Journal de Genève», où Fazy et le général Dufour discutent du démantèlement des fortifications. La suite se déroule à pied, dans un dédale de ruelles jusque sur les berges du Rhône, d’où l’on contemple, en face, Saint-Gervais s’embraser et la soldatesque courir sur le pont des Bergues: Genève est sur le point de basculer dans la modernité. Peu habitués à de telles violences, les évadés du XXIe siècle échapperont au feu des canons par les airs, en s’envolant dans une montgolfière, avec, en prime, un panorama vertigineux et une brise délicate sur le visage. On revient en 2019 tout à fait ébloui par ce voyage à la fois audiovisuel, olfactif et tactile, et riche d’un savoir historique sur Genève.

Comédiens et chimistes

Véritable «révolution conceptuelle pour les musées», selon Jean-Yves Marin, directeur du MAH, ce projet a impliqué de nombreux spécialistes et près de neuf mois de travail. Des designers 3D, évidemment, mais aussi «des scénaristes et des comédiens pour jouer les personnages ou des chimistes afin de créer les odeurs», au dire de Caecilia Charbonnier, directrice de recherche chez Artanim, fondation genevoise vouée au développement et à la promotion de la capture de mouvements. Son élaboration a été rendue possible grâce à des fonds privés, notamment octroyés par la Fondation Ernst Göhner.

S’il s’agit d’une expérience fort ludique, elle n’en demeure pas moins scientifiquement étayée. «Les musées ne sont pas des parcs d’attractions, rappelle le maire Sami Kanaan. On fait se rencontrer histoire et prouesse technologique, en valorisant notre patrimoine.» Quant aux données numérisées de la maquette conçue par l’architecte Auguste Magnin, elles ont été mises en accès public, afin que créateurs et chercheurs puissent se réapproprier ce splendide ouvrage.

À la pointe de ce qui se fait actuellement dans le domaine de la réalité virtuelle, le dispositif «Genève 1850» provoque déjà la curiosité d’autres musées. Très exigeant en termes de ressources humaines (trois membres du personnel sont nécessaires à son bon déroulement), il ne restera à la Maison Tavel que trois mois. Après le 14 juillet, il pourrait déménager dans d’autres institutions.

Genève 1850 Dès 12 ans, 10 fr. par personne. Versions française, anglaise et sous-titrée. Accès aux handicapés. Réservations: etickets.infomaniak.com/shop/VoyageVirtuel/

Créé: 09.04.2019, 17h37

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