Francis Traunig prend un bain de lumière quotidien

L’été des photographes genevois (4/6)Cet homme au formidable appétit de vivre fait une photo par jour, par tous les temps et en tous lieux. Une image qu’il partage sur un site, avec ou sans commentaires.

«J’ai toujours un livre sur moi. Lors de cette balade en solitaire, c’est Henri Michaux qui me tient compagnie. Soudain, je suis transporté par le bleu, le vert, le jaune qui s’offrent ainsi à moi. Comment faire participer le poète à tant de splendeur? Je jette «À distance» en l’air. Une fois, deux fois, cinquante fois. C’est un jet poétique. Les mots s’envolent librement. Ça vibre bien, un livre papillon! Une promeneuse me dit: «Bonjour, monsieur. Est-ce que ça va?»

«J’ai toujours un livre sur moi. Lors de cette balade en solitaire, c’est Henri Michaux qui me tient compagnie. Soudain, je suis transporté par le bleu, le vert, le jaune qui s’offrent ainsi à moi. Comment faire participer le poète à tant de splendeur? Je jette «À distance» en l’air. Une fois, deux fois, cinquante fois. C’est un jet poétique. Les mots s’envolent librement. Ça vibre bien, un livre papillon! Une promeneuse me dit: «Bonjour, monsieur. Est-ce que ça va?» Image: Francis Traunig

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Ce photographe n’est pas du genre à se cacher derrière son objectif. C’est un être de partage et de conviction. Quand il vous parle, il souligne son propos par de grands gestes, avant de vous saisir le poignet pour s’assurer que le courant passe. Ses photos sont comme lui. Elles racontent des bribes de vie, des émotions, des rencontres. Les quatre images rassemblées ici sont tirées de son travail au long cours «Une photo par jour». Depuis des années, Francis Traunig capte le temps qui passe, l’effet des saisons sur la nature, les gens qui l’entourent, amis, famille, parfaits inconnus, plus tout ce qui pimente une existence. Comment en est-il venu à pratiquer cette discipline exigeante qui demande d’avoir l’œil toujours aux aguets? «C’était avant la naissance de mon fils, qui a 27 ans aujourd’hui. Je voulais lui faire un tapis d’images, pour lui montrer dans quel monde il arrivait. Cette première expérience a duré une année. Après, ça devenait plus difficile de trouver un sens à cette démarche, compliquée du côté technique.» L’homme a voulu faire à nouveau une photo par jour pour la venue de sa fille, mais il n’a pas réussi à tenir le rythme. Et puis les années ont filé, occupées à développer d’autres projets. L’arrivée du numérique a changé la donne, tout comme la rencontre avec d’autres personnes intéressées à participer à cette aventure. Il crée ainsi, avec Max Jacot, un site pour héberger les photos prises chaque jour par des amateurs ou des professionnels venus d’horizons variés. «Cette émulation collective a été très importante pour moi, tout comme l’exposition que nous avons faite devant le château de Nyon.» Le site a pris de l’ampleur. Mais il y a eu de la friture sur la ligne, et Francis Traunig a relancé son projet avec d’autres. À l’heure où cet article est écrit, «Une photo par jour» (www.unephotoparjour.ch) compte exactement 23 photographes et 13 963 images.

Photo: Francis Traunig

«On était au milieu du lac. Il fallait guetter le bon moment, celui où la lumière rentre de manière rasante dans l’eau, quand la surface du lac est légèrement agitée, mais pas trop. L’ami nageur était épuisé d’attendre cet instant. Mais il est arrivé. Et là, quel bonheur! C’est le retour aux origines…»

Photo: Francis Traunig

«Nous sommes invités à une fête d’anniversaire en pleine campagne, dans un champ. Je ne résiste pas au spectacle de ces herbes qui ondoient, de ces nuages qui prennent si bien le soleil couchant, de cette nature si vivante et cette lumière qui se faufile partout et grésille. Il faudrait qu’elle soit habitée. Je demande alors à mon amie d’y entrer. Elle prend son élan, court dans les herbes hautes et plonge tout d’un coup en avant pour se redresser, épanouie, les bras levés au ciel. Dans ce mouvement, ses longs cheveux lui font comme une corolle. C’est un moment de grâce.»

Photo: Francis Traunig

«Après une longue marche à contre-courant au bord du lac, où nous croisons des gens qui font la Via Jacobi avec une grande détermination, la coquille Saint-Jacques en bandoulière et le bâton à la main, nous arrivons sur la plage de sable blanc de Préverenges. Je vois d’abord la lumière incroyable de cette fin de journée. Les gens qui profitent d’être encore dehors ensemble. Je les regarde tout en prenant mon bain de lumière. Les choses se mettent en place naturellement. Je fais plusieurs photos pour capter ce moment à part, cette quiétude estivale. Et c’est seulement le soir, de retour chez moi, que je réalise que la grosse libellule est en fait un drone.»

Créé: 21.07.2018, 12h45

Francis Traunig, photographe

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