Christiane Grimm aime les histoires d’eau

L’été des photographes genevois (2/6)La photographe plasticienne a capté lumière et couleurs au bord du Léman en été et les fait résonner avec le thème de la pollution des mers par les plastiques.

«La bitte d’amarrage» (série «L’eau et ses histoires», 2002, 154 x 115 cm).

«La bitte d’amarrage» (série «L’eau et ses histoires», 2002, 154 x 115 cm). Image: Christiane Grimm

Signaler une erreur

Vous voulez communiquer un renseignement ou vous avez repéré une erreur ?

L’eau. Une histoire de sens pour Christiane Grimm, mais aussi de conscience. «Un élément vital, essentiel, sensuel, qui joue merveilleusement avec mes éléments favoris: lumière et couleurs», commente la photographe plasticienne genevoise. «Un thème qui m’interpelle également: que fait-on de l’eau?» On la met en bouteilles. Résultat? Huit millions de tonnes de plastique finissent chaque année dans les océans. Un camion à ordures par minute jeté à la mer. «Je ne fais pas de politique ni de discours militant, s’empresse-t-elle de préciser, mais la plastification des océans me préoccupe. Et je ne suis pas la seule: l’ONU a placé cette année sous le signe de la dépollution des mers.»

Pour illustrer l’été, Christiane Grimm a choisi de mettre en regard «L’eau et ses histoires», une série de prises de vues qu’elle a réalisée à Genève, au bord du lac, en 2001-2002, et «Transfiguration», un travail photographique complexe, effectué dix ans plus tard, dans son atelier de la SIP, sur des bouteilles en plastique d’une marque spécifique, étranglées à la main pour être compressées. «Elles m’évoquent des figures humaines malmenées, maltraitées par l’homme. Il y a une sorte de morbidité dans ces formes tordues…» De la beauté aussi, car Christiane Grimm a choisi de procéder à son propre recyclage du plastique, par l’art et par la lumière. «La beauté attire le regard. Elle permet de faire un premier pas vers le thème que l’on souhaite exposer. Mais ensuite, il s’agit d’éviter qu’elle n’occulte le problème.»

Avec Christiane Grimm, nous voyageons aux antipodes du photoreportage ou du cliché documentaire. «Ce qui m’intéresse, c’est la durée, dit-elle. Je ne suis pas une photographe de l’instantané. Mon travail se rapproche de la photo plasticienne, picturale.» Pendant quinze ans, elle a mené par ses images une réflexion sur le fil entre art et science, et rédigé, avec Libero Zuppiroli, un «Traité de la lumière», en 2009, et, deux ans plus tard, un «Traité des couleurs», suivi d’un «Traité de la matière» en 2015. À propos de leur premier ouvrage: «J’ai souhaité comprendre le mécanisme de la lumière pour la représenter de façon consciente.»

Née à Bâle en 1952, d’une mère médecin et d’un père théologien, qui, tous deux, ont pratiqué l’art assidûment, Christiane Grimm a commencé par la danse, puis étudié la sculpture et les beaux-arts classiques, avant de se consacrer à la photographie. «Je ressens depuis toujours une attirance pour la lumière et me suis beaucoup intéressée au cinéma.» Elle a notamment travaillé aux côtés de Francis Reusser. «Je n’ai pas décidé de devenir photographe. Je prenais des images sur le tournage d’un film, se souvient-elle, et quelqu’un m’a dit: «Tu devrais postuler pour une bourse fédérale.» C’est ce que j’ai fait.» La décrocher a fait d’elle une artiste qui a toujours vécu de sa passion.

Depuis deux ans, Christiane Grimm explore la matière et ses transformations. «Je monte des mises en scène dans mon atelier, des installations. Tout est en gestation pour le moment. La matière, c’est difficile pour moi: je n’ai pas tellement les pieds sur terre.»

Photo: Christiane Grimm

«Bleus» (série «L’eau et ses histoires», 2001, 154 x 115 cm). «Cette image a été prise en plein été, au lever du soleil, au Reposoir, près du bord: on distingue des algues en transparence. Cet endroit est fortement connoté pour moi, car j’ai réalisé un travail sur Konrad Witz et sa «Pêche miraculeuse», exposée au Musée d’art et d’histoire. Il s’est traduit par une installation de caissons lumineux à la Maison Tavel. Or on pense que le peintre s’est placé au Reposoir pour effectuer ses croquis préparatoires. Le rayonnement solaire vient de la droite et nous y attire. Lorsque la réflexion de la lumière sur l’eau est totale, tout devient blanc. C’est la lumière absolue.»

Photo: Christiane Grimm

Avec la série «Transfiguration» (ici «X», 2009-2013, 167 x 70 cm), je capte les changements d’état d’une bouteille sous l’effet d’une lumière violente. Je la pose au soleil et j’attends. Tout à coup, elle se met à rayonner. Ici, on dirait de la glace. C’est ma manière, un peu idéaliste, de recycler ce plastique devenu inutile et encombrant.»

Photo: Christiane Grimm

«Transfiguration IX» (2009-2013, 167 x 70 cm) est différente de «X»: fine, légère, elle évoque l’état gazeux. Son plissé rappelle un voile. Je lui trouve un air de féminité, alors que «X», plus massive, me laisse une impression de masculin. Pour ces prises de vues, je me place avec mon appareil en face du soleil. Soudain, il illumine de l’intérieur la bouteille comprimée; c’est cette lumière polarisée que je montre, celle qu’utilisent les abeilles pour s’orienter.»

Photo: Christiane Grimm

«La bitte d’amarrage» (série «L’eau et ses histoires», 2002, 154 x 115 cm). «Cette photo a été prise à la Perle du Lac. Les algues sont vertes grâce à la lumière, par photosynthèse, le bleu du ciel se reflète dans l’eau. Le bleu, c’est ma couleur, celle que m’avait attribuée ma mère; nous étions cinq enfants à la maison, chacun avait la sienne. La bitte d’amarrage signale une intervention humaine qui raconte l’histoire du lac. L’ombre du pieu est encore une allusion à la lumière.

Créé: 21.07.2018, 11h37

Christiane Grimm, photographe

Articles en relation

Carole Parodi, entre claire nature et théâtres obscurs

L’été des photographes (1/6) Elle se voyait arpenter le monde quand elle a rencontré l’opéra. Pour notre série d’été, la photographe de scène prouve, en quatre images, qu’elle reste avide d’espaces. Plus...

L’été d’Aline Kundig met les roses en lumière

L’été des photographes genevois (5/6) La photographe amie du désert cueille et photographie les fleurs chez elle et ailleurs. Plus...

Publier un nouveau commentaire

Nous vous invitons ici à donner votre point de vue, vos informations, vos arguments. Nous vous prions d’utiliser votre nom complet, la discussion est plus authentique ainsi. Vous pouvez vous connecter via Facebook ou créer un compte utilisateur, selon votre choix. Les fausses identités seront bannies. Nous refusons les messages haineux, diffamatoires, racistes ou xénophobes, les menaces, incitations à la violence ou autres injures. Merci de garder un ton respectueux et de penser que de nombreuses personnes vous lisent.
La rédaction

Caractères restants:

J'ai lu et j'accepte la Charte des commentaires.

No connection to facebook possible. Please try again. There was a problem while transmitting your comment. Please try again.

Caricatures

Les grands partis désemparés
Plus...