Des artistes rebattent les cartes

ExpositionDans les galeries du Forum Meyrin, «La fabrique du monde» invite à l’exploration de nouveaux espaces imaginaires.

Véritable cabinet de curiosités, une «cabane du géographe» se présente comme le lieu d’un récit imaginaire autour du monde.

Véritable cabinet de curiosités, une «cabane du géographe» se présente comme le lieu d’un récit imaginaire autour du monde. Image: Thierry Ruffieux

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Résolument artistiques, ces cartes-là bousculent les codes du genre. À Meyrin, dans les galeries du Forum, une vingtaine d’artistes internationaux réinventent la topographie. Visionnaires davantage que savants, ils jouent avec les formes, les lieux. Des continents imaginaires apparaissent, bordés de frontières improbables. Nouvelles routes, nouvelles rues, dépaysement garanti. Poétique, ludique, critique aussi parfois, «La fabrique du monde» rebat littéralement les cartes. Une exposition collective où dessins, peintures, gravures et illustrations font bon ménage avec différentes installations, photographies et vidéos.

Pluridisciplinaire, cette représentation du monde brouille volontairement les pistes. «De toutes parts, les repères changent. À Meyrin, la cartographie se modifie avec l’écoquartier des Vergers. Ailleurs, plus loin, des terres se divisent, se fracturent. Des enjeux de territoire renaissent. La question des frontières économiques, politiques, sociales et culturelles est plus que jamais d’actualité», constate Thierry Ruffieux, curateur de «La Fabrique du monde» avec Floriane Facchini.

Cartes marines imaginaires

Conçue dans une optique grand public par le service de la culture de Meyrin, l’exposition ne s’adresse ni aux spécialistes de la géographie, ni aux passionnés d’urbanisme, même si l’un et l’autre peuvent y trouver du grain à moudre. «La dimension artistique et émotionnelle des cartes offre une lecture originale du monde d’aujourd’hui», souligne Thierry Ruffieux en déambulant parmi les œuvres présentées, réparties en quatre grands volets.

Dans le premier, on s’arrêtera notamment devant les cartes marines imaginaires dessinées par Mirjana Farkas. Suite à son passage à bord du voilier Fleur de passion, un voilier menant un ensemble de programmes scientifiques, socio-éducatifs et culturels à l’enseigne de The Ocean Mapping Expedition, l’illustratrice jeunesse genevoise présente une série de cartes colorées riches en anémones et coraux stylisés. Splendide!

Plus loin, des «cartes en colère» évoquent une topographie de la guerre. Impossible de tout citer, mais arrêtez-vous devant l’immense «Géographies perdues», réalisée en juin dernier par François Burland dans le cadre d’une résidence artistique au Cairn, à Meyrin. L’artiste plasticien vaudois a œuvré avec un groupe de cinq jeunes migrants mineurs, arrivés en Suisse depuis quelques mois. Dessinée sur des sacs à papiers, leur carte pointe les chemins de l’exil et s’enrichit de témoignages forts, tel celui de la jeune Érythréenne Zebib, 14 ans: «20 jours dans le désert, 7 jours sans manger (…) je ne souhaite à personne de vivre mon histoire.»

Effaçant les frontières, le peintre et illustrateur Martin Jarrie s’établit pour sa part dans un romanesque cabinet de curiosités. Entre réel et fabuleux, il réinvente le monde, imaginant des territoires dont aucun géographe n’avait parlé avant lui: la plaine des pins perdus, les îles molles ou la principauté d’Octogonie.

Carto-photographies

Pas moins originale, la photographe française Céline Boyer présente sa série «Empreintes» sur la galerie reliant les deux salles d’exposition. Des cartes projetées sur la main de différents anonymes racontent des histoires singulières, de Lima à Dehli, en passant par Casablanca, Alger ou Naples.

Interprétant l’espace avec sensibilité à l’intérieur de la deuxième grande salle de l’exposition, une étonnante installation du Genevois Alexandre Joly dresse quant à lui une cartographie sonore et visuelle d’une contrée imaginaire. Au même endroit, l’Université de Neuchâtel présente une carte topographique connectée. Avec du sable et des projections de niveaux, on peut y modeler montagnes, lacs ou rivières. Et même simuler la pluie au-dessus de ces territoires mouvants. Ébouriffant!

«La fabrique du monde», jusqu’au 2 février 2019, galeries du Forum Meyrin, 1, place des Cinq-Continents. Me-sa 14h-18h

(TDG)

Créé: 31.10.2018, 11h10

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