Un artiste bâlois plante une forêt dans un stade

AutricheKlaus Littmann a installé 300 arbres sur la pelouse du Wörthersee, à Klagenfurt.

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Il s’agit de la plus grande installation artistique jamais réalisée dans l’espace public en Autriche, et c’est à un Suisse qu’on la doit. Une forêt a en effet poussé dans l’enceinte du stade de Wörthersee, remplaçant temporairement les joueurs du SK Austria Klagenfurt. Conçu par Klaus Littmann, ce monumental projet végétal, baptisé «For Forest», a été inauguré dimanche et sera visible jusqu’au 27 octobre prochain.

Par cette intervention vertigineuse, l’artiste et curateur bâlois concrétise un vieux rêve, surgi dans les années 80 de sa rencontre avec un dessin du peintre autrichien Max Peintner, intitulé «Die ungebrochene Anziehungskraft der Natur» (ndlr: «La force d’attraction invaincue de la nature»). «Cette œuvre au crayon m’a immédiatement fasciné, raconte Klaus Littmann. On y voit des arbres enclos dans un stade de foot. Des spectateurs les contemplent du haut des tribunes comme s’il s’agissait d’animaux en voie de disparition dans un zoo. Je porte cette image visionnaire en moi depuis plus de trente ans.» La dimension écologique du propos marque alors beaucoup le jeune Helvète: Max Peintner a réalisé ce dessin en 1970, à une époque où la disparition des espèces et des forêts occupait peu le débat public.

Le devenir de la nature

Lorsque Klaus Littmann fait part à l’artiste autrichien de sa velléité de matérialiser cette dystopie, il reçoit un accueil cordial mais sceptique. «Max a pensé que j’étais fou, sourit-il. Jamais il n’aurait pensé que ça pourrait réellement se faire!» À travers «For Forest», le galeriste bâlois ambitionne de remettre en question la manière dont nous percevons la nature et interroger son devenir. Il espère faire naître une «image radicale» de ce bouquet de grands arbres présenté en un lieu inhabituel: «Il existe un contraste fort entre la végétation et l’architecture très contemporaine du stade, construit en verre, métal et béton. Cela peut susciter une prise de conscience.» D’autant que le projet, dont la gestation a duré six ans, trouve un écho dramatique dans l’actualité, avec la mobilisation internationale sur l’urgence climatique et les tragiques incendies qui ravagent la forêt amazonienne.

Les visiteurs peuvent contempler gratuitement cette évocation miniature d’une forêt d’Europe centrale tous les jours de 10 h à 22 h, à la lumière du jour ou sous les projecteurs. Pas question toutefois de s’y promener: Klaus Littmann tient à conserver à «For Forest» un statut d’œuvre d’art. «Je la considère comme une sculpture forestière, explique-t-il. La distance enjoint le public à conserver un certain respect face à cette nature.»

Pour mener à bien ses ambitions, Klaus Littmann a fait appel à l’architecte paysagiste zurichois Enzo Enea, fondateur du musée de l’arbre à Rapperswil-Jona (SG) et spécialiste de la transplantation de végétaux. Parce qu’on n’arrache pas un arbre d’une trentaine d’années de son sol natal avec une binette, les 300 mélèzes, bouleaux, trembles ou chênes de «For Forest», hauts d’une quinzaine de mètres, ont été habitués au stress du déracinement. «Il n’existe que trois ou quatre pépinières en Europe où l’on élève les plantes dans cette optique, souligne le créateur bâlois. En outre, le plus important pour moi demeurait que cette forêt puisse continuer à vivre de façon pérenne.» À l’issue de l’exposition, le 27 octobre, l’ensemble des essences sera ainsi définitivement replanté sur un autre terrain à Klagenfurt, et l’histoire de cette forêt documentée à long terme.

Vives réticences

Bien que soutenu par la Municipalité de la capitale de la Carinthie, le projet a rencontré de vives réticences, liées notamment aux coûts et aux moyens mis en œuvre. «Politiquement, la progression de l’extrême droite en 2018 a rendu les choses très difficiles, révèle Klaus Littmann. J’ai été l’objet de remarques désagréables et même d’agressions physiques dans la rue. Des raisons pécuniaires ont été soulevées, alors que tous les financements sont privés et proviennent majoritairement de Suisse.» L’artiste refuse d’évoquer un quelconque montant. Néanmoins, le quotidien autrichien «Kleine Zeitung» avance une facture globale de deux millions d’euros.

L’équipe résidente du Wörthersee Stadion a, quant à elle, été hébergée temporairement dans un stade voisin. Une enceinte bigrement plus modeste, puisqu’elle peut accueillir jusqu’à 1250 spectateurs, contre près de 32 000 au Wörthersee – lequel avait été agrandi et rénové afin d’y recevoir les matches de l’Euro 2008. Mais une taille probablement plus adaptée à l’audience de ce club de deuxième division, qui dépasse rarement les 500 supporters…

forforest.net

Créé: 09.09.2019, 17h23

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