Comment les artifices ont conquis Genève

Sélection de cadeaux beaux livresL’historienne Corinne Walker fait paraître «Une histoire du luxe à Genève» à la Baconnière.

Corinne Walker note la présence sur cette gouache de fringants équipages et de personnages richement vêtus devant la porte Neuve.

Corinne Walker note la présence sur cette gouache de fringants équipages et de personnages richement vêtus devant la porte Neuve. Image: BIBLIOTHÈQUE DE GENÈVE

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«J’ai voulu rassembler dans un seul volume plusieurs études publiées par moi ces dernières années sur la richesse et l’art de vivre aux XVIIe et XVIIIe siècles», explique l’historienne genevoise Corinne Walker. «J’ai adapté mes textes à un nouveau support destiné à un plus large public que des articles rédigés pour des revues spécialisées. Un effort particulier a été porté sur les illustrations, dont plusieurs sont inédites», se réjouit la «dix-huitièmiste». «C’est à la graphiste Julie Schneider que revient le mérite d’avoir si bien présenté ma prose», ajoute-t-elle.

Le volume est souple, d’une belle couleur lilas foncé sur laquelle court une bande de dentelle gris argent. Ni carton fort ni papier glacé, mais une élégance moderne et sympathique. La dentelle n’est pas là par hasard. Elle est depuis 1646 dans le collimateur de la Chambre de la Réformation. Cette instance a été créée pour traquer les entorses faites aux lois somptuaires. «Il faut savoir que celles-ci ne sont pas une invention de Jean Calvin», précise Corinne Walker. «Il en existait ailleurs qu’à Genève en ce temps-là. D’ailleurs, pour le réformateur il n’était pas réaliste de réglementer le mode de vie des Genevois dans les plus petits détails.»

L’époque est aux privilèges

La Chambre de la Réformation se montrera plus tatillonne que lui, mais cela dépend avec qui. Recrutée dans les rangs du gouvernement, elle est composée de riches patriciens de Genève. Corinne Walker démontre, exemples à l’appui, que le luxe est de mieux en mieux toléré au sein de ces familles, même si les censeurs de la Chambre de la Réformation en font partie. Eux-mêmes en possession d’appartements bien décorés, de voitures et de vêtements à la mode de Paris, ils sont censés tancer ceux dont la place dans la société ne justifie pas le même déploiement. L’époque est aux privilèges, même à Genève.

«Malheureusement, les registres de la Chambre de la Réformation de 1747 à la Révolution genevoise ont disparu», déplore Corinne Walker. L’historienne s’est abreuvée à d’autres sources, comme les correspondances, les inventaires après décès et l’étude de portraits de famille comme ceux des Tronchin, des Lullin ou des Pictet. Certains appartements et maisons de campagne en mains privées lui ont ouvert leurs portes. Dans ces intérieurs bourgeois, l’avancée du luxe et de ses artifices est évidente au fil du XVIIIe siècle. Corinne Walker y voit l’influence de Voltaire, dont la présence aux Délices dès 1755 a modifié les mœurs de la haute société. Le choix de son mobilier, en grande partie français, le raffinement de sa table et de son jardin, font des émules chez ses invités. L’apparition du chocolat, que l’on boit chaud dans de la jolie porcelaine, fait sensation.

Équipages et vaisselle d’argent

Quels sont les principaux signes extérieurs de richesse à Genève au XVIIIe siècle? Les bâtiments, les domestiques, les équipages et la vaisselle d’argent. Une opulence qui aurait horripilé le tailleur François Delachenaz, dont Corinne Walker a retrouvé les écrits condamnant les perruques en vogue chez les pasteurs dès la fin du XVIIe siècle. Les pages consacrées à ce rouspéteur impénitent sont parmi les plus savoureuses de ce bel ouvrage.

«Une histoire du luxe à Genève» par Corinne Walker, Éditions de la Baconnière, 263 pages. Présentation à Payot Rive Gauche dans le cadre des Cafés de l’Histoire le jeudi 24 janvier de 18 h à 19 h 30.


Klimt sans lassitude

Klimt, star de Vienne à Paris 100 ans après sa mort, ne lasse pas. Sans doute parce qu’il règne sur une période aussi faste que son génie, car la Sécession (1897-1905) a révolutionné la capitale de l’Empire austro-hongrois. Mahler, Schönberg, Klimt ou Hoffmann y imaginent le concept d’art total. Un trio d’experts analyse le «Gesamtkunstwerk» avec une puissance colossale, où la richesse des textes se combine à 1200 illustrations. Sans complaisance à l’air du temps, les auteurs éclairent le rôle crucial des femmes dans ce mouvement. Brillantissime. C.LE

«Vienne 1900» par Christian Brandstätter, Daniela Gregori, Rainer Metzger, Éditions Citadelles & Mazenod, 544 p.


40 ans de cinéma

Parmi les revues de cinéma généralistes, le magazine «Première» est l’une des rares qui a réussi à se maintenir. À l’occasion de ses quarante ans, un livre revisite son histoire. La quasi-totalité de l’ouvrage ressuscite chronologiquement et en fac-similé ses meilleures pages d’interviews et de reportages. Il a connu une évolution graphique relativement discrète. Les stars se sont succédé, la plupart se sont maintenues, d’autres ont disparu. Sylvia Kristel fit la première une du magazine, qui sacrait quelques mois plus tard Sydne Rome! Un beau pavé contre l’oubli. P.G.

«Première - 40 ans de cinéma» de Jean-Philippe Guerand, Éditions Hors Collection, 336 pages.


Orchidées savantes

«Hier, je cueillis une orchidée pour ma boutonnière. C’était une adorable fleur tachetée, aussi perverse que les sept péchés capitaux.» Dans «Le Portrait de Dorian Grey», Oscar Wilde célèbre une fleur qu’il choisissait, paraît-il, souvent de couleur verte pour signaler son homosexualité. Pascale de Trazegnies cite dans «Ô Orchidées!» cent auteurs de la littérature qui tressent des lauriers à l’exquis végétal protégé, star des serres pour sa beauté délicate. L’artiste Djohr signe les cent illustrations, superbes, réalisées à partir de gravures du XIXe siècle. P.Z.

«Ô Orchidées!» par Pascale de Trazegnies, illustrations de Djohr, Éditions Flammarion, 224 p.


Visages de l'horreur

Le film d’horreur a la cote, mais on le connaît mal. On ignore surtout qu’il peut arborer des centaines de visages différents, de la peur suggestive au massacre sanglant. «Le cinéma d’horreur» en fait le tour sans prétendre analyser le genre en profondeur. Davantage destiné au grand public qu’au cinéphile pur et dur, cet ouvrage sur papier glacé, magnifiquement illustré, se veut aussi un tour d’horizon historique. Les classiques y figurent tous et y ont même la part belle. L’occasion de compléter ce cadeau avec quelques DVD du genre, en rappelant qu’il en existe absolument pour toutes les sensibilités.

P.G.

«Le cinéma d’horreur» de Michael Mallory, Éditions Hoëbeke, 228 pages.


Quand le cinéma danse

Le genre renaît périodiquement de ses cendres et «La La Land» de Damien Chazelle, en 2016, l’a considérablement relancé. «Comédies musicales - la joie de vivre au cinéma», qui est le catalogue de l’exposition du même nom à la Philharmonie de Paris, est suffisamment beau pour exister par lui-même. Les différents âges d’or du genre - Fred Astaire, Gene Kelly chez Minnelli ou Stanley Donen, «West Side Story» dans les années 60, Demy en France - y cohabitent avec bienveillance. L’ouvrage est rédigé par N.T. Binh, critique et réalisateur à la culture cinéphilique immense, ce qui est loin d’être négligeable. P.G.

«Comédies musicales - la joie de vivre au cinéma» de N.T. Binh, Éditions de La Martinière, 216 pages.

Créé: 14.12.2018, 17h58

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