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Artdynasty exalte le nu dans tous ses arts

La galerie sise au 23 de la Grand-Rue, en Vieille Ville, offre un très bel accrochage aux corps et à l’intime.

«Ensueno», tirage jet d'encre, 2012. Via la Fondation Auer.
«Ensueno», tirage jet d'encre, 2012. Via la Fondation Auer.
© Rafael Navarro
Baryté épais, papier Hahnemühle.
Baryté épais, papier Hahnemühle.
© Gérard Pétremand
«L'oeil de l'amour», photographie, platinum-palladium. Via la Fondation Auer.
«L'oeil de l'amour», photographie, platinum-palladium. Via la Fondation Auer.
© René Groebli
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Les satyres libidineux peuvent passer leur chemin. Ils ne trouveront pas leur compte à visiter «Éros, le nu dans tous ses états». Mais ceux que les corps dans ce qu’ils ont d’émouvant, d’authentique, voire de primesautier bouleversent ont intérêt à s’embarquer pour ce voyage dans les méandres de l’intimité. Présentée par Artdynasty, l’exposition fait converser avec justesse des œuvres peintes, sculptées et photographiques – pour ces dernières, en collaboration avec la Fondation Auer – autour d’un propos qui hante l’art depuis qu’il est art: le nu. «L’idée était d’instaurer un dialogue sur ce thème entre artistes qui pratiquent différents médiums, explique Myriam Bongard, directrice de la galerie. Au fil des recherches, les choix se sont beaucoup portés sur les photographies. J’y ai trouvé plus d’originalité et de surprise.»

S’accrocher et caresser

C’est effectivement un grand nom genevois du 8e art qui accueille le spectateur. Deux séries de Gérard Pétremand offrent une entrée en matière résolument ludique. L’une d’entre elles montre, en noir et blanc, deux jeunes femmes folâtrant avec un immense morceau de papier clair. Le contraste entre les courbes fermes des premières et les froissures rectilignes du second permet à la lumière de s’accrocher et de caresser tour à tour, dans un subtil jeu de textures.

Aux turbulentes demoiselles répondent deux dessins plus rêveurs de Qiu Jie. Comme à son habitude, le Chinois établi à Genève confronte, de la pointe de son habile mine de plomb et sur grand format, réalité et fiction en usant des standards du réalisme socialiste à des fins de satire. Minois mutin et sein résolu, une nymphe orientale y figure notamment en compagnie de l’artiste, autoreprésenté en chat doté d’un appareil photo. Le face-à-face créatif est fort réussi lorsque l’on sait que Gérard Pétremand trace tous ses projets au crayon avant d’en imprimer la pellicule et que le trait naturaliste de Qiu Jie décrit le monde aussi adroitement qu’un cliché.

Le discours se poursuit entre sculpteurs. Un homme et une femme taillés dans la serpentine par Jo Fontaine répliquent à un couple de bronze et de verre imaginé par Fanny Gagliardini: deux visions minimalistes et essentielles des corps, qui trouvent un écho frappant dans une huile tirant vers l’abstraction géométrique peinte par Jean-Bernard Butin. Une belle place est également aménagée au nu masculin. Myriam Bongard a tenu à s’éloigner de l’esthétique agressive qui domine souvent le genre: «J’ai cherché des choses sensibles, où règne une certaine fragilité.» Ainsi de deux ensembles photographiques réalisés il y a trente ans par Aline Kundig. Son objectif tendre se pose par exemple sur des hommes recroquevillés dans des intérieurs un peu délabrés, où le désordre poussiéreux des lieux contraste avec la perfection veloutée de la peau des modèles.

Lit défait par la passion

Deux œuvres constituent le point d’orgue de cet accrochage. D’abord «L’œil de l’amour», un époustouflant poème photographique datant de 1953 dans lequel le Zurichois René Groebli met en scène son épouse dans un lit manifestement défait par la passion – bien que tout à fait décente aujourd’hui, la création fut taxée de pornographie à l’époque. «Le théâtre des corps», ensuite, exécuté en 1993 par Christiane Grimm. L’artiste suisse y photographie avec tact et sans aucune outrance un couple faisant l’amour, cadrant au plus près diverses parties de leur corps qui ressortent sur un vaste fond noir. Jambes entremêlées, main sur une hanche, ventres soudés: le spectateur observe ces bribes d’amants sans visage comme à travers le trou d’une serrure. Et à son imagination de fantasmer le reste.

Enfin, tout au fond de l’espace, trois pans de mur sont consacrés à l’Anglais Nicolas Tucker, auteur des clichés les plus osés de l’exposition. Dans ce boudoir, à l’abri des âmes prudes, quelques vulves s’arrogent le droit de révéler au monde leurs flexuosités florales et des ombres jouent à entraver les chairs comme le feraient des rubans de bondage.

Éros, le nu dans tous ses états Jusqu’au 2 juin à la galerie Artdynasty, 23 Grand-Rue. artdynasty.ch. Lecture et discussion avec Jean-Bernard Butin le 26 avril à 19 h.

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