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L’art au secours des droits humains

La lauréate du Prix Croix-Rouge HEAD pointe les dérives que permet l’intelligence artificielle.

Le travail d’Anne-Soorya Takoordyal (à gauche) a été salué par le public, celui de Marta Revuelta par le jury du Prix Art Humanité.
Le travail d’Anne-Soorya Takoordyal (à gauche) a été salué par le public, celui de Marta Revuelta par le jury du Prix Art Humanité.
Maurane Di Matteo

Une «réflexion artistique relative à l’humanité», voilà ce que le Prix Croix-Rouge HEAD salue. Décernée jeudi soir pour la quatrième fois, cette récompense montre du doigt, par l’entremise de sa lauréate Marta Revuelta, les dérives rendues possibles par l’intelligence artificielle et ses superpouvoirs. «Profilage facial», son installation, met en évidence à quel point il est aujourd’hui facile de ranger les êtres humains dans des boîtes en soumettant leur visage à des algorithmes. Et évidemment, de séparer le bon grain de l’ivraie selon des a priori idéologiques. En braquant sur le visiteur une caméra en forme de pistolet chargé de capteurs, la jeune femme montre que, escortée de son intelligence artificielle, elle s’avère capable de classer les individus en deux catégories: ceux qui possèdent un haut potentiel dans le maniement des armes à feu et ceux qui sont davantage doués pour le jardinage, le parapente ou la poésie.

«Notre visage est accessible à tous»

«La reconnaissance faciale est une technologie extrêmement intrusive. Or elle est utilisée partout, à notre insu. Notre visage est accessible à tous, chacun peut s’en servir: les états pour repérer les terroristes ou évaluer le potentiel de récidive d’un criminel; les entreprises privées pour trouver le meilleur collaborateur», résume Marta Revuelta. «L’intelligence artificielle est géniale, mais elle peut être détournée à des fins les plus basses et pour perpétuer tous les préjugés.» Son installation, à l’état de prototype pour l’instant, placera celui qui tente l’expérience dans un état d’inconfort susceptible de stimuler sa réflexion.

Si le jury a primé le travail de Marta Revuelta, le public a plébiscité celui de Anne-Soorya Takoordyal. Elle a créé une application pour téléphone portable permettant aux femmes d’identifier, de localiser et de traiter leurs douleurs sexuelles. L’écran tactile et les jolis dessins rendent le dépistage du problème précis et ludique. «Une sexualité qui va mal, c’est tabou, relève la conceptrice de «The Pussy Talk». Les douleurs féminines liées au sexe sont peu étudiées, voire niées par le corps médical. Les femmes se renseignent sur Internet, où les informations sont incomplètes.» «The Pussy Talk» fournit aussi un choix de traitements et une liste de professionnels à consulter si on le souhaite. Anne-Soorya Takoordyal espère la commercialiser rapidement.

Fret maritime, Asperger et manipulations génétiques

Trois autres diplômées de la HEAD étaient en lice pour le Prix. Christelle Currat a détourné le code des signaux flottants maritimes afin de sensibiliser le public à l’intensité et à l’opacité du transport par mer. Via la compagnie MSC, Genève en est l’un des pôles. Par sa vidéo et sa publication «Différences invisibles», Sarah Fauriel nous laisse entrevoir le quotidien des personnes atteintes du syndrome d’Asperger, ce trouble du développement neurologique qui affecte la perception de ce qui les entoure. Louise Hastings a conçu pour sa part le délicieux «Toujours plus d’Orteils», un recueil de dessins aux traits fins. Sur le mode des strips de BD et avec de petits textes amusants, elle attire l’attention sur les manipulations génétiques dont l’homme est capable, technologies porteuses d’un «mélange d’espoir, de peur et de questions».

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