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Quand l’art relit la Genèse

Un ouvrage époustouflant met en résonance la peinture abstraite et les onze premiers chapitres du texte sacré.

Max Ernst,«À la manière des colombes»,1955, exposé au Tokushima Modern Art Museum et reproduit dans «La Genèse de la Genèse, illustrée par l'abstraction».
Max Ernst,«À la manière des colombes»,1955, exposé au Tokushima Modern Art Museum et reproduit dans «La Genèse de la Genèse, illustrée par l'abstraction».

«Alors que la terre était étourdissante et vide, et que l’obscurité régnait sur la face de l’abîme et que le souffle d’élohim voletait sur la face des eaux, alors élohim dit: «Que soit lumière!» et il fut lumière.»

Lire, ou relire la Genèse dans la traduction qu’en donne le rabbin et philosophe Marc-Alain Ouaknin pour les Éditions Diane de Selliers, c’est accepter de remettre en question ces phrases toutes faites qui trottent dans la tête de ceux qui ont reçu une éducation judéo-chrétienne.

C’est découvrir les onze premiers chapitres de la Genèse en français, en hébreu et en translittération, et ainsi percevoir les sonorités et le rythme de la langue, même sans la connaître. Juste pour cela, «La Genèse de la Genèse, illustrée par l’abstraction» est déjà un livre extraordinaire.

Soulages et Max Ernst

Mais lorsqu’en regard de ces deux passages cités plus haut, une main habile place «Peinture 202x125, 12 janvier 2015» de Pierre Soulages, puis «Miracle #64» d’Ed Ruscha (1975), le livre qu’on tient sur les genoux – vu son poids! – devient époustouflant. La rencontre entre les 108 toiles abstraites de 71 artistes des XXe et XXIe siècles, et les versets du texte sacré est tellement pertinente qu’on en reste saisi. Nul besoin d’être érudit ni religieux pour capter la beauté de cette résonance, pour apercevoir grâce à l’émotion suscitée par l’œuvre d’art un sens des mots jusque-là obscur.

La création du monde, les délices partagés dans le jardin d’Eden, le dialogue avec le serpent ou le Déluge prennent une signification nouvelle. Max Ernst évoque avec limpidité la naissance de l’homme – «poussière du sol de la terre» devenu «âme vivante» – dans «À la manière des colombes». Wassily Kandinsky, avec son «Aquarelle pour Madame Toni Kirchhoff», convoque le serpent comme une évidence malicieuse et perverse.

«L'abstraction s'est imposée»

«La parole ne communique pas, ne nomme pas, n’énonce pas: elle appelle», souligne l’homme de théâtre Valère Novarina dans la préface. La peinture abstraite fait pareil, avec une autre grammaire et un lexique différent. «L’abstraction s’est imposée pour illustrer ce poème près de trois fois millénaire», confie Diane de Selliers, dans l’introduction de ce livre inspirant. «Elle nous projette dans cet «espace où se joue la pensée», nous fait arpenter l’invisible, suggère l’indicible…»

«La Genèse de la Genèse, illustrée par l’abstraction» de Marc-Alain Ouaknin, Éditions Diane de Selliers (environ 425 fr.), 372 pages, 108 peintures de 71 artistes.

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